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Camille-Auguste Gastine (1819-1867), le regard vers les maîtres de la Renaissance


À l’occasion de la semaine du dessin à Paris, la galerie Le Cloître de l’Art, fondée par la dynamique Salomé Fischer, expose au Quartier Drouot une vingtaine d’œuvres graphiques de Camille-Auguste Gastine (1819-1867). Riche, cette présentation permet d’aborder plusieurs axes de la carrière de celui qui fut l’élève de Delaroche et de Picot, notamment son regard ininterrompu vers les maîtres de la Renaissance.


Camille-Auguste Gastine (1819-1867) d'après Albrecht Dürer, Vierge allaitant l'Enfant Jésus. Crayon noir sur papier calque, 21,5x17 cm. Galerie Le Cloître de l'art.


Si Camille-Auguste Gastine reste aujourd'hui un artiste confidentiel, sa carrière fut pourtant longue. Dès l’âge de dix-sept-ans, il débute sa formation auprès de Nicolas-Auguste Hesse. Après avoir étudié aux Beaux-Arts auprès de Paul Delaroche, il est reçu au Salon en 1844 puis part en Italie. Il peut alors admirer et copier les chefs-d’œuvre des maîtres italiens du XVIe siècle. Lors d’un second voyage en 1850, il est chargé par les Gobelins de faire des relevés des fresques de Raphaël au Vatican. C’est lors de ces voyages qu’il tisse des liens avec une partie de la sphère gravitant autour d’Ingres, en premier lieu les frères Balze. Au milieu des années 1850, il se rapproche d'Hippolyte Flandrin et participe à ses côtés à la réalisation du décor de l’église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés. Peinant à s’imposer comme artiste indépendant mais néanmoins remarqué par Ingres, il œuvre sur d’autres grands chantiers : il assiste ainsi Sébastien Cornu sur celui de l’église Saint-Séverin à Paris. A Bordeaux, il aide son ami Savinien Petit à la décoration de la chapelle Saint-Joseph dans la cathédrale Saint-André, décor pour lequel nous avons redécouvert un modello signé de la main de Savinien Petit en 2022.

Logiquement marqué par son entourage ingresque, Gastine montre tout son intérêt pour la ligne, comme en témoignent plusieurs études d’anges en prière présentées par la galerie Le Cloître de l’Art. Point d’orgue de cette influence, une grande étude (43x34 cm) réalisée d’après le célèbre Martyre de saint Symphorien peint par Ingres en 1834 et aujourd’hui conservé dans la cathédrale d’Autun.


Camille-Auguste Gastine (1819-1867) d'après Jean-Auguste-Dominique Ingres, Saint Symphorien. Crayon noir sur papier calque contrecollé sur carton, 43x34 cm. Galerie Le Cloître de l'art.

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), Le Martyre de saint Symphorien. 1834, huile sur toile, 4,07x3,3,39m. Autun, Cathédrale Saint-Lazare


Ces études cohabitent au catalogue avec plusieurs feuilles très intéressantes, directement copiées d’après les grands maîtres de la Renaissance. Il y a d’abord les italiens bien sûr, avec en premier lieu un fragment du Jugement de Salomon directement copié d’après le décor peint par Raphaël dans la Chambre de la Signature. Le Primatice est aussi une source pour Gastine, comme en témoigne une Uranie s’inspirant d’une feuille du maître italien conçue pour le château de Fontainebleau et aujourd’hui conservée au musée du Louvre (Inv. 8553.), tout comme Fra Bartolomeo que l’artiste cite vers 1845 en reprenant le figure du Christ de la Pietà Pitti, conservée à Florence.


Camille-Auguste Gastine (1819-1867) d'après Le Primatice, Uranie. Crayon noir, 27,5x25 cm. Galerie Le Cloître de l'art.

Le Primatice (1503-1570), Uranie assise de profil, une sphère à ses côtés. Plume et encre brune, lavis beige rehauts de blanc, 18,7x16,2 cm. Musée du Louvre


Mais loin de se contenter des maîtres italiens, Camille-Auguste Gastine va puiser chez les allemands, Albrecht Dürer et Hans Baldung Grien en tête. L’une des belles feuilles de cette sélection donne à voir une Vierge à l’Enfant dessinée par l’artiste d’après celle gravée en 1505 par Baldung Grien, présentée dans un beau cadre Néo-Renaissance. De même, le peintre reprend au crayon noir sur papier calque La Vierge allaitant le Christ de Dürer (1503), en inversant la composition.

 

Camille-Auguste Gastine (1819-1867) d'après Hans Baldung Grien (1484-1545), Vierge à l'Enfant. Crayon noir sur calque, 26x21,5 cm. Galerie Le Cloître de l'art.

Hans Baldung Grien (1484-1545), Vierge à l'Enfant. Vers 1505, gravure sur bois, 23,5x15,9 cm.


Camille-Auguste Gastine (1819-1867) d'après Albrecht Dürer (1471-1528), Vierge allaitant l'Enfant Jésus. Crayon noir sur papier calque, 21,5x17 cm. Galerie Le Cloître de l'art.

Albrecht Dürer (1471-1528), Vierge allaitant l'Enfant Jésus. 1503, burin, signé du monogramme de l'artiste au centre, 10,8x7 cm.


À l’image de Savinien Petit avec qui il partage un parcours artistique proche, Camille-Auguste Gastine, artiste très pieux ayant beaucoup œuvré à des grands décors d’églises - mais pas que, à l'image de la décoration de la villa Pompéienne du Prince Jérôme Napoléon vers 1860 -, est rapidement tombé dans un relatif oubli après son décès survenu le 3 avril 1867. Cette exposition réunissant des feuilles d’intérêt, met en lumière quelques aspects de sa production. Nous vous conseillons donc de vous rendre au 10 Passage Verdeau, du 21 au 27 mars, pour les admirer.


 

Galerie Le Cloître de l'Art

Catalogue Gastine disponible en ligne, ici

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