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Faut-il aller voir la grande exposition Napoléon à La Villette ?

Mis à jour : juin 3


Coupe-File Art s’est rendu pour vous à la Grande Halle de La Villette pour visiter la grande exposition Napoléon. Dans l’ambiance délétère qui a régné autour des commémorations de la mort de Napoléon Ier, où des vagues d’incultes idéologues ont tenté de calquer leur modèle de vertu contemporain sur le souverain né en 1769, nous avions quelques appréhensions à l’idée de visiter une exposition destinée au grand public. Mais qu’il a été rassurant de voir que le monde de la culture n’a pas hésité à rendre son hommage à l’Empereur !


La salle du trône reconstituée avec le siège provenant du Sénat, Chalgrin et Jacob-Desmalter, 1804-1805

Une fois n’est plus coutume, les commissaires d’exposition ont décidé d’appliquer au parcours de visite un plan chronologique suivant la vie de Napoléon Bonaparte, de Brienne à l’exil. Autour de cette ligne principale qu’est la vie de l’Empereur, quelques digressions sur des sujets méconnus comme le « rêve américain » de Napoléon, ou mal connus, comme le rétablissement de l’esclavage prennent place. Cette dernière question, qui a tant fait débat dernièrement est particulièrement bien traitée tant dans un court métrage de Mathieu Glissant que dans le catalogue de l’exposition.


Ponctuant le parcours, de nombreuses petites animations numériques expliquent tantôt l’organisation de la France impériale, de l’armée ou le déroulé de telle campagne ou telle bataille. Bien sûr, cela apporte vraiment de la fluidité à l'exposition, parce qu'un bon schéma vaut mieux que de longues explications et qu'une carte dynamique clarifie un contexte déjà complexe. Cependant, au milieu de beaucoup d'animations originales, il est à regretter que certaines (les batailles notamment) ne soient que des reprises de celles diffusées dans les collections permanentes du Musée de l’Armée.


Dans son ensemble, l’exposition s’organise autour d’une section centrale spectaculaire mettant en scène une salle du trône, autour de l’exemplaire habituellement conservé au Sénat et réalisé en 1804 par Jacob-Desmalter d’après un dessin de Chalgrin (architecte de l’Arc de Triomphe).


Perspective sur l'exposition depuis l'entrée... Avec déjà trois œuvres remarquables.

Avant cet espace, sont présentés la jeunesse de Bonaparte, les premières campagnes (Italie, Egypte) et le Consulat. Chacune des époques, bien différenciée par des couleurs, retrace les événements et créations, militaires ou civiles, s’y afférant. Des « period room », jalonnent régulièrement l’exposition pour montrer différents styles d’ameublement du temps, de l’égyptomanie au style Empire en passant par un intéressant remontage de la tente de campagne de l’Empereur et de son mobilier obéissant à l’ordre de Napoléon lui-même : « Mon intention est que ma tente soit toujours contenue dans un seul fourgon. C’est en cela que consiste l’art du Garde Meuble. Dépensez le double s’il le faut, mais faites une chose commode, forte et légère ». En effet, Napoléon le grand réformateur est aussi et surtout un grand général. Pour lui en campagne pas de Palais comme les autres souverains d’Europe, un simple lit pliant en fer est présenté (du modèle de celui qui accueillera son dernier souffle à Sainte-Hélène), invention du serrurier Desouches et ancêtre du lit parapluie.


Bivouac de l'Empereur, modèle 1808. Luxueuse sobriété.

La guerre a évidement les honneurs de l’exposition. Le visiteur aura le loisir de se perdre dans les détails foisonnants (et relevant de vraies anecdotes) des toiles du baron Lejeune, témoin oculaire de la plupart des scènes qu’il représente. Ces œuvres sont ici parfaitement mises en valeur et l’occasion est belle pour découvrir ou redécouvrir leur richesse. Ces tableaux de très grandes dimensions sont présentés au milieu d’autres toiles plus célèbres, comme Bonaparte au pont d’Arcole de Gros ou Bonaparte, Premier consul, franchissant le Grand-Saint-Bernard, le 20 mai 1800 de David.

Pièce d’artillerie, caisson, uniformes mais aussi reliques de champs de bataille et vidéo complètent cette section guerrière qui se traverse au son du martèlement des sabots d’un régiment de cuirassier chargeant, issu du film d’Yves Angelo Le colonel Chabert (1994). Si le traitement de cette section n'est pas inintéressant, il est dommage de n'avoir pas tenté d'expliciter la révolution militaire inventée par Napoléon. Certes, la vie quotidienne du soldat, son rapport à la mort, ses équipements présentent quelque intérêt mais vu l'intitulé de l'exposition, un peu de théorie militaire selon Napoléon aurait été bienvenue. Les visiteurs insatisfaits à ce propos peuvent se rabattre sur la riche librairie de la boutique de l'exposition et sur les ouvrages de Stéphane Bréraud s'y trouvant.


Quelques détails d'un tableau de plusieurs mètres du Baron Lejeune.


Somme toute, les expositions à La Villette étant vouées au spectaculaire et au grand public, c’est-à-dire destinées à être accessibles aux néophytes, nous redoutions quelques peu ce que nous allions voir. La scénographie théâtrale et la présentation aérée des œuvres, dont un certain nombre (comme celles de Lejeune par exemple) ont un caractère spectaculaire inhérent, rendent bien entendu grandiose cette exposition. Mais, d’un autre côté, on peut regretter que le développement des propos soit parfois un peu court et que les espaces dédiés aux vidéos, qui amènent plus de fond, ne soient que de simples réduits où peu de personnes peuvent accéder en simultané. Nous notons cependant l’effort qui est fait par les commissaires d’exposition pour montrer des objets variés, de pièces du service particulier de l’Empereur à la berline de son mariage avec Marie-Louise en passant par le manteau de cour de l’impératrice Joséphine : c’est un condensé des collections françaises sur le Premier Empire qui est présenté. Bien que l’exposition soit finalement assez rapide (1h30-2h) compte tenu de son prix (20€ en plein tarif), elle mérite le déplacement. Pour ceux qui n’auront pas la chance de la découvrir, ou pour ceux qui resteront un peu sur leur faim de connaissance après l’avoir visitée, vous pouvez acquérir sans hésiter le qualitatif catalogue de l’exposition qui en approfondit tous les aspects.



Paul Palayer

Photographies de l'auteur