• Adriana Dumielle

L'Inde au miroir des photographes, au musée national des arts asiatiques - Guimet


Sans titre, Udaipur, Le palais de Jag Mandir sur le lac Pichhola, Studio Bourne & Shepherd, Épreuve sur papier albuminé, 1873 © MNAAG, Paris, RMN-Grand Palais / musée Guimet

Alors que Paris Photo déploie ses 213 exposants de photographie ancienne et contemporaine au Grand Palais, c’est en partenariat avec cet événement que le musée national des arts asiatiques - Guimet dévoile une sélection de quatre-vingt-dix tirages originaux de ses collections photographiques, présentés pour la première fois au public. Cette virée onirique au coeur des Indes britanniques, ponctuée de paysages, d’architectures, de portraits et de scènes prosaïques du troisième quart du XIXème siècle, prend place au premier étage de la rotonde. On y découvre des images auxquelles notre oeil n’est plus habitué : plans d’eau vitrifiés, torrents vaporeux et cieux éthérés.


Les lumières de l'Inde rencontrèrent le chemin de la photographie peu après son invention en 1839, par le biais de la presse britannique. Avec elle, l’on rapporte des images extraites du réel, qui, si elles ne sont peut être pas conformes à l’imaginaire commun, n’en sont pas pour le moins subjuguantes. Ce sont les années 1850 qui ont été décisives pour la photographie du sous-continent indien. Madras et Calcutta en deviennent des foyers éminents, ainsi que Ceylan qui se trouve sur les routes commerciales et abrite le studio W.L.H Skeen & Co. La présence britannique encourage ce développement en soutenant de grandes campagnes de prises de vue pour constituer la documentation archéologique et ethnographique du pays. C’est ainsi que des militaires se saisissent de l’objectif, à l’instar de Linnaeus Trip, un officier nommé au poste de photographe officiel du gouvernement. La plupart des photographes alors actifs en Inde sont d’origine britannique et plus largement européenne. Formés à cette pratique luxueuse dans leurs pays d'origine, ils s’en vont en quête de ces nouveaux espaces qui émerveillent autant qu’ils renouvellent l’imagerie populaire, façonnant de leur regard occidental les contours d'un continent encore inconnu du plus grand nombre.

Sans titre. Agra. Le Fort Rouge. La Musamman Burj. Samuel Bourne (1834-1912) Épreuve sur papier albuminé, 1863-1870 © MNAAG, Paris, RMN-Grand Palais / musée Guimet

Cette exposition nous permet notamment de découvrir les oeuvres de Samuel Bourne (1834-1912) qui, passionné par le nouveau médium, quitta l’Angleterre pour s'installer à Simla (actuel Himachal Pradesh) et travailler en Inde de 1863 à 1870. À l’occasion de trois importantes expéditions vers l'Himalaya, le Cachemire et la source du Gange, il fixe les tout premiers paysages d’exception de cette région. Les extraordinaires vues qu’il rapporte sont un fait notable dans l’histoire de la photographie de paysage. Il narre ses expéditions dans des ouvrages tel Ten weeks with the camera in the Himalayas, The British Journal of Photography où il raconte que parfois, la difficulté de la pratique l'emporte sur le plaisir de photographier. Accompagné de pas moins d’une trentaine de porteurs, il transporte avec lui sa tente-laboratoire et photographie à l’aide d’une chambre imposante de 23x28cm (boîtier dans lequel est insérée une surface photosensible, précédant l’existence de l’appareil tel que nous le connaissons depuis les années 1880). En effet, la technique photographique majeure en ces années est celle du collodion humide, pratiquée sur des plaques de verre qui, si de leur transparence résultent des effets de lumière inouïs, demeurent lourdes et fragiles, peu adaptées à de telles expéditions. Ces plaques ne peuvent être préparées à l’avance car l’émulsion doit être encore humide au moment de la prise de vue, nécessitant de transporter tout son matériel et d’avoir à proximité des sources d’eau. Samuel Bourne observa d'ailleurs que la qualité de l’eau pure de certaines rivières de la vallée du Sutlej lui permit des contrastes saisissants. La technique est contraignante mais le procédé au collodion humide est très sensible à la lumière. Il crée des images d’une grande netteté et d’une richesse de détails exceptionnelle. De ces conditions de prise de vue extrêmes résultent des photographies d’une pureté magistrale, les temps de pose longs (15 à 30 secondes dans le cas de Samuel Bourne) engendrant par exemple ces étendues d'eau vitrifiées dont témoigne la vue du palais de Jag Mandir sur le lac Pichhola.


Les tirages originaux présentés par le musée national des arts asiatiques - Guimet montrent un état de conversation exemplaire, permettant à notre oeil de découvrir dans des conditions idéales, cette esthétique propre au collodion humide, ces paysages si touchants par la pureté de leur grain et la richesse de leurs détails. Les collections du musée regorgent de ces trésors rarement présentés au regard du public et souvent négligés  par l’Histoire de la Photographie, faisant de cette exposition un événement à ne pas manquer.


Adriana Dumielle-Chancelier


Sans titre, Charmeurs de serpents Shepherd (actif 1858-1878) & Roberston (actif vers 1862-1864), Épreuve sur papier albuminé, 1862-1864 © MNAAG, Paris, RMN-Grand Palais / musée Guimet


L’Inde, au miroir des photographes

06 novembre 2019 au 17 février 2020


Musée national des arts asiatiques - Guimet

6, place d’Iéna, 75016 Paris


Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h. Les archives photographiques sont ouvertes sur rendez-vous les lundi, mercredi, jeudi et vendredi de 14h à 17h.


Tarifs

Billet combiné (collection permanentes et exposition temporaires). 

Plein tarif : 11,50 - Tarif réduit : 8,5 €

Gratuit pour les moins de 25 ans.

Chaque premier dimanche du mois, l’accès aux collections permanentes et aux expositions temporaires est gratuit.


 
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©2020 Coupe-File Art - ISSN  2647-5871