• Alban Pitault

La Collection Torlonia exposée à Rome au Palazzo Caffarelli al Campidoglio

Première salle de l'exposition Torlonia, photo : Le Quotidien de l'art


Quand l’on se rend dans la Ville Éternelle qu’est Rome et que l’on s’intéresse à l’Antiquité, on ne peut échapper à une visite des Musées du Capitole sur la colline éponyme.

De plus, il s’avère qu’aujourd’hui, ce musée, qui abrite l’une des plus vastes et belles collections d’antiquités, accueille temporairement dans le Palazzo Caffarelli la plus grande collection privée d’antiquités au monde : La Collection Torlonia.

Cette exposition visible jusqu’au 29 juin 2021, présente 91 chefs-d’œuvre sculptés en marbre et un bronze, sur les 620 pièces contenues dans la collection formée par cette famille d’origine française. Cette dernière, naturalisée italienne et incorporée au sein de la haute société romaine, connut son apogée au dix-neuvième siècle.

La collection Torlonia trouve son origine dans les activités bancaires et de vente de tissus du français Marin Tourlonias, vivant dans la région lyonnaise et qui décide de s’expatrier en Italie.

Cette collection est véritablement née au dix-huitième siècle avec le fils de Marin, Giovanni Torlonia, puis s’est principalement formée au dix-neuvième siècle avec Alessandro Torlonia et fait l’objet d’un projet de muséalisation unique en son genre. Celui-ci se concrétise notamment suite à l’achat d’un bâtiment dédié à cet effet en 1864 qui permet une ouverture en 1893.

La présente exposition s’appuie sur ce qu’était l’ancien Museo Torlonia situé en plein Rome sur la via della Lungara avant sa fermeture en 1976.

Les 92 œuvres restaurées pour l’occasion grâce au financement de la maison de luxe Bulgari, ont été sélectionnées par Salvatore Settis et Carlo Gasparri, pour leur intérêt historique et artistique mais aussi en vue d’exposer au visiteur, ce que fut la genèse et le développement d’une telle collection au travers des siècles. Car cette dernière est à la fois l’expression d’une histoire du goût et du collectionnisme, mais elle est aussi représentative de la façon dont étaient restaurées les pièces antiques aux dix-huitième et dix-neuvième siècles.


Trois Athlètes de l'exposition de la Collection Torlonia. photo : Alban Pitault

Trois moments significatifs ont permis à la collection de se distinguer et d’être le plus grand rassemblement particulier d’antiquités.

Premièrement l’achat de pièces à la mort du sculpteur et restaurateur Bartolomeo Cavaceppi (1716-1799), célèbre en son temps et ami de Johann J. Winckelmann. Dans un second temps, le rachat de la Villa Albani, Via Salaria et d’une partie de la collection du cardinal Alessandro Albani qui était conservée et étudiée par ce même Winckelmann. Enfin, du rachat de celle de Vincenzo Giustiniani suite à son décès en 1816 et aux nombreuses dettes cumulées lors d'une crise financière qui a affecté les nobles familles romaines tout en profitant aux Torlonia.

Mais ce sont aussi les fouilles archéologiques menées dès 1820 par Giovanni et accélérées durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle par ses deux fils Carlo et Alessandro Torlonia sur les différentes propriétés acquises aux alentours de la « Roma Vecchia », Caffarella ou Anzio, qui ont permis dans un dernier temps d’enrichir cette collection.


Catalogue original de la Collection Torlonia / photo : Alban Pitault

Ce catalogue produit par Carlo Ludovico Visconti (un descendant du plus célèbre des Visconti : Ennio Quirino) est intéressant dans la mesure où il est l’exemple du remplacement de la gravure par la photographie durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle. En l’occurrence, c’est la technique du phototype qui est employée, afin d’illustrer les notices constituant ce catalogue raisonné de la collection.

Cette façon d’utiliser la photographie s’inscrit dans une démarche qui possède un précédent ; celui du catalogue de la collection du marquis Campana par Henry d’Escamps.



Exposition Torlonia, au premier plan est visible la statue de bouc restaurée par Le Bernin et à l'arrière-plan au centre l'Hestia Giustiniani. photo : Alban Pitault

Concernant la présentation, lorsque l'on rentre dans la première salle de cette exposition, le ton est déjà donné. Cette dernière présente le seul bronze de la collection, un nu héroïque restauré en Germanicus. Mais cette salle met aussi en avant une présentation horizontale de 20 bustes d'empereurs et d'impératrices fraîchement restaurés et lumineux de toute leur blancheur que leur accorde le marbre, et répartis sur trois niveaux.

Parmi les œuvres exposées, certaines sont d'un intérêt particulier, que ce soit pour leur histoire, l'iconographie du sujet ou leur facture.

Notons parmi celles-ci, La statue d'un bouc au repos, dont la tête fut restaurée par Le Bernin lui-même. L'Hestia Giustiniani, réplique en marbre d'après un modèle en bronze et qui remonte aux années 460-470 av. J.-C..

Ou encore la présence de deux sculptures identiques du type du Satyre au repos, élaboré par Praxitèle au IVème siècle av. J.-C.,

témoignant d'un goût pour les paires dans les collections d'antiques.



Le Nil Torlonia, précédemment Albani, époque impériale (IIème siècle ap. J.-C. ?), marbre gris, Collezione Torlonia, Rome.

L’exposition « I Marmi Torlonia. Collezionare capolavori », traduisible en français par « Les Marbres Torlonia. Collectionner des chefs-d’œuvre » est censée être itinérante. Elle doit notamment passer par le musée du Louvre selon certaines sources médiatiques ; la crise sanitaire ayant remis en question le calendrier voire la faisabilité d’une telle possibilité de faire voyager la collection.


Le devenir de la collection est par ailleurs en suspens, son actuelle exposition est le fruit de longs débats qui font suite à des conflits internes entre les actuels propriétaires de la Collection Torlonia.

Certains prétendent que cette exposition serait une stratégie commerciale afin de faire monter encore davantage le prestige de la collection en vue d’une éventuelle vente à venir ; la famille ayant déjà refusé une offre culminant à l’astronomique somme de 1,2 milliard d’euros formulée par l’État italien. Mais la solution la plus probante semble être la fondation d’un nouveau « Musée Torlonia » à Rome qui pourrait s’installer dans le Palazzo Silvestri près du Colisée, avec l’appui d'un financement du Ministère italien des Biens culturels et du tourisme, afin que le plus grand nombre de ces sculptures puissent retrouver la lumière du jour et un public ravi de les fréquenter.




Alban Pitault



Bibliographie :


TUCCINARDI Stefania, SETTIS Salvatore, I Marmi Torlonia. Collezionare Capolavori., Roma éd. Electa, 2020.


VISCONTI P. E. Catalogo Del Museo Torlonia Di Sculture Antiche. Roma: tip. ed. romana, 1876.


Museo Torlonia Rome. I Monumenti Del Museo Torlonia Di Sculture Antiche Riprodotti Con La Fototipia. Roma: Stabilimento Fotografico Danesi, 1884.