• Nicolas Bousser

La Rochepot : des préemptions et initiatives mais un goût amer

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Il y avait une ambiance particulière ce week-end à La Rochepot. Pour la première fois depuis 2018, les vénérables salles du château accueillaient de nouveau du « public », dans le triste contexte de la vente de son mobilier. Habitants révoltés, curieux et futurs acheteurs se sont pressés au sein de la bâtisse dans un singulier tohu-bohu. Le village n’avait pas connu telle agitation depuis bien longtemps.


Les salles du château ouvertes pour la première fois depuis trois ans / Photo : Olivier Morand


« Un château sans meubles est un tas d’os sans chair » : du bas du village aux ruines du château-vieux surplombant l’ancienne propriété des Carnot, de nombreuses pancartes et messages confectionnés par les locaux étaient accrochés. Une pétition contre la vente du mobilier circulait même depuis plusieurs jours, notamment relayée par le maire de Beaune Alain Suguenot et le sénateur de Côte-d’Or Alain Houpert.


L’entrée dans le château, par une passerelle en bois posée à même le pont-levis devenu trop fragile, fut un moment particulier. Les salles semblaient figées dans le temps. L’instant le plus fort resta indubitablement l’entrée dans la chambre chinoise et la vue de l’auguste bouddha qui aurait été offert par l’impératrice de Chine Tseu-Hi à Sadi Carnot, veillant sur les lieux depuis plus de 100 ans. Mais voilà, il ne veillera plus.




Lot phare de la vente, non-classée et estimée entre 5000 et 10 000 €, la sculpture a fort logiquement décuplé son estimation pour atteindre 52 000 €. Côté bibliothèque, il est regrettable de voir l’ensemble de manuscrits du local François Pasumot (1733-1804), adjugé 2000 € sur internet, quitter le pays beaunois.


Bouddha en bois sculpté, laqué et doré assis en padmasana sur une base lotiforme, 100 x 60 x 43 cm. Adjugé 52 000 €. Photo : Me Grégoire Muon


L’État a cependant, et c’était très attendu, fait valoir son droit de préemption. Quatre pièces classées au titre des monuments historiques, à savoir deux sujets en plâtre et deux culs-de-lampes du dijonnais Xavier Schanosky rejoignent les collections publiques et seront, comme l’écrit Thibault Simonnet dans le Bien Public, exposés à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine de Charenton-le-Pont (94). Reconnu en son temps comme un sculpteur de talent, Schanosky s’est formé à l’école des Beaux-Arts de Dijon. La majeure partie de ses travaux ont été réalisés en collaboration avec l’architecte Charles Suisse, comme l’abbaye de La Bussière-sur-Ouche – aujourd’hui hôtel de luxe –, la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon ou encore le château de la Rochepot pour le colonel Carnot. Il est également l'auteur pour Stephen Liégeard de la décoration du château de Brochon et des sculptures de la façade de l’Hôtel Aubriot à Dijon, de l'aménagement de l’hôtel particulier de Sophie et Henry Grangier, rue Chabot-Charny, et de la restauration des œuvres de leur collection dont fait partie le tombeau d’Antoinette de Fontette qui fut légué au musée des Beaux-arts de Dijon.

Le musée des Beaux-Arts de Dijon, justement, a quant à lui pu acquérir pour 1000 € une autre réalisation classée au titre des monuments historiques : l’effigie du président Sadi Carnot par Mathurin Moreau. Il s'agit d'un modèle préparatoire pour le monument de la place de la République à Dijon.


Mathurin Moreau (1822-1912), Sadi Carnot. Adjugé 1000 € et acquis par le musée des Beaux-Arts de Dijon / Photos : Musées de Dijon


Les institutions n’ont cependant pas été les seules à agir lors de cette vente. Les locaux et passionnés ont tout fait pour sauver la moindre parcelle de ce patrimoine voué à être dispersé. Plusieurs particuliers ont ainsi acquis des pièces avec pour objectif de les restituer dans les années à venir au château. Un tableau d'Édouard Darviot, représentant les cuisines des Hospices de Beaune a obtenu 2700 euros. L'acheteur, un beaunois, a indiqué vouloir l'offrir à l'institution.

Objets de cristallisation des passions, la Vierge sculptée XVe (ou XVIe) a été emportée par un groupe de paroissiens de Nolay pour 5000 €. Âpre bataille mais belle victoire : l’œuvre ne quittera pas la Bourgogne. Nous ré-évoquerons très prochainement cette action.


En revanche, les deux suspensions à pétrole, classées, des chapelles n'ont pas été préemptées et ont obtenu 4700 et 8100 euros. Idem pour le lit néogothique du colonel Carnot, emporté pour 1600 euros.


Vierge à l'Enfant, XVe siècle. Adjugé 5000 € à un collectif de paroissiens de Nolay / Photo : Olivier Morand


Quelle tristesse ce fut de retrouver le château de La Rochepot dans ces conditions. Les actions locales et de l’État ont néanmoins permis de sauver des pièces d’importance et empêcher leur sortie du territoire. Les lots, hors ceux classés monuments historiques qui ne pourront l’être qu’à partir du 10 décembre, seront retirés au château dès la fin de cette semaine. Nul doute que la mobilisation ne désemplira pas d’ici là.


Nicolas Bousser

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