• Nicolas Bousser

Le Département des Antiquités orientales du Musée du Louvre


Pionnière dans le domaine de l'archéologie orientale, notamment grâce aux fouilles de Paul-Emile Botta en 1843, la France est la première nation à se doter d'un "Musée Assyrien" en 1847. Ce musée est alors rattaché au Département des Antiques du Musée du Louvre, mais les découvertes importantes des années 1870 entraînent la création d'un département propre aux Antiquités orientales en 1879.

Celui-ci présente aujourd'hui 6 500 pièces réparties dans plus de trente salles, dont des chefs d'œuvre universels comme le Code de Hammourabi. Les collections couvrent une période de neuf mille ans, du Néolithique au début de l’époque islamique, et un territoire s'étendant de l'Afrique du Nord à l’Asie Centrale, de la mer Noire à la péninsule Arabique.


Je vous propose de découvrir ce département, au travers de trois œuvres emblématiques.



Les taureaux ailés de Khorsabad


Consul de France à Mossoul, Paul-Emile Botta fouille le site de Khorsabad, au nord de l'actuelle Irak, de 1843 à 1845. Ces fouilles permettent de redécouvrir la civilisation assyrienne. De curieux géants protecteurs de portes sont exhumés, des taureaux ailés que l'on nomme aussi Lamassus.

Sargon II, roi d'Assyrie de 722 à 705 av. j.-C., fonde sa nouvelle capitale Dur-Sharrukin, aujourd'hui Khorsabad, vers 713 av. JC. Il l'entoure, ainsi que plusieurs palais, d'une gigantesque enceinte percée de sept portes. Des génies protecteurs sont alors disposés de part et d'autre de ces ouvertures. Ces taureaux ailés, ou Lamassus, sont placés par paires au niveau des portes. Ils font office de gardiens symboliques du palais, et peuvent être présentés de profil ou de face. En plus de leur fonction protectrice, ils soutiennent les voûtes des ouvertures. Une inscription gravée entre leurs pattes relate la titulature de Sargon et la construction du palais. Ce sont des créatures à l'allure bienveillante coiffées d’une haute tiare ornée de plumes et de motifs floraux sur laquelle sont superposées deux paires de cornes. Celles-ci indiquaient dans l'orient ancien un statut divin. Ces créatures se multiplient au Ier millénaire av. J.-C. Sur d’autres sites assyriens, on peut trouver des statues gardiennes empruntant les traits du lion, mais les taureaux, motifs d'inspiration syrienne, n'en restent pas moins plus caractéristiques du décor de ces Palais assyriens.


Le "lion de Mari"


Ce protome de Lion a été découvert lors des fouilles menées à Mari, riche cité du moyen Euphrate, accompagné de son pendant actuellement conservé au musée d'Alep en Syrie.

Représenté la gueule ouverte, grondant ou rugissant, c'est à l'intérieur d'un temple dédié à une divinité désignée sous le nom de "Roi du Pays" qu'il a été découvert. Ces motifs, attestés comme sacrés au Proche Orient au IIe millénaire av. J.-C., étaient installés côte à côte sur un podium à deux degrés adossé au mur du sanctuaire. Ils surveillaient les visiteurs, à l'entrée comme à la sortie de celui-ci. Ils occupent une fonction finalement semblable à celle des Lamassus de Khorsabad. Ce sont véritablement des gardiens.


Le lion est composé d'un assemblage de feuilles de cuivre fixées sur un noyau de bois préalablement sculpté et aujourd'hui disparu. Les tôles, martelées à froid, ont ensuite été fixées à l'aide de clous de cuivre. Dix-huit feuille ont été employées pour mener à bien ce travail. Les mèches de la crinière et les moustaches sont figurées. Certains détails sont incisés. On note la présence d'une barrette qui marque la base de l'oreille droite du fauve. Cette barrette pourrait indiquer une forme de domestication de l'animal.

Le palais de Mari a subi de nombreuses destructions dernièrement, lors de la guerre civile syrienne.



Chapiteau d'une colonne de la salle d'audience du Palais de Darius Ier


Après son accession à la tête de l'Empire Perse achéménide en 521 avant notre ère, Darius 1er choisit la ville de Suse, située en actuelle Iran et habitée depuis le Ve millénaire av. J-C., comme capitale administrative. Il y entreprend alors l'édification d'un complexe palatial sur des terrasses dominant la ville au nord. Sur son palais de tradition mésopotamienne s'ouvre une vaste salle d'audience appelée l'Apadana. C'est une salle carrée à colonnes, de 109 m de côté.

Est conservé au Louvre le chapiteau d'une des trente-six colonnes hautes de 21 mètres qui soutenaient le toit de cet Apadana. Témoin d'une tradition iranienne, ce chapiteau caractérise l'art achéménide par l'assemblage d'éléments empruntés à différentes civilisations. Chaque colonne est formée d'une base carrée inscrite au nom du roi et d'un fût cannelé surmonté de trois éléments : un motif de palmettes emprunté à l'Égypte, des doubles volutes à rosettes sur lesquels reposent deux protomes de taureaux agenouillés dos à dos. Cette paire de protomes de taureaux est une réplique d'un vieux motif mésopotamien symbole d'équilibre et de fertilité. Le chapiteau du Louvre a été reconstitué à partir de fragments retrouvées par Marcel Dieulafoy en 1884-1886.


Ces trois œuvres présentées ne constituent qu'un mince aperçu de civilisations méconnues, que l'étendue des collections du département des Antiquités orientales du Louvre vous permettra de mieux appréhender.

Nicolas Bousser

 
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©2020 Coupe-File Art - ISSN  2647-5871