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Salle de lecture rénovée, nouveau musée… la BnF Richelieu fait peau neuve




Cela faisait douze ans qu’elle était attendue. La réouverture après travaux du quadrilatère Richelieu abritant le site historique de la Bibliothèque nationale de France a été rendue effective lors de ce week-end des Journées européennes du patrimoine 2022. Après l’inauguration mardi dernier par la Première ministre, le grand public a ainsi pu découvrir les nouveaux espaces qui lui sont accessibles. Outre la grande salle de lecture, dite « salle ovale », l’ouverture d’espaces consacrés à l’exposition permanente des nombreux trésors que renferme l’institution a attiré bon nombre de curieux férus de littérature et d’objets d’art.


Grand Camée de France, première moitié du Ier siècle après Jésus-Christ, sardonyx, Bibliothèque nationale de France

Avant même d’aller plus avant dans la découverte du lieu, les futurs lecteurs ont pu admirer la cour et les façades restaurées de l’établissement côté rue Vivienne. Nous devons le dire, c’est une vraie satisfaction de voir enfin disparaître les algécos et les échafaudages – certes nécessaires – qui dépouillaient hélas l’édifice de ses charmes patrimoniaux. Passée la vue d’ensemble, il faut à présent se faire une idée de l’intérieur. Le hall d’entrée, entièrement réorganisé, est maintenant aménagé d’un accueil destiné à la billetterie du musée. Sur la droite, la nouvelle cafétéria et son mobilier flambant neuf s’offrent à nous. L’avenir dira si cet espace de collation à destination des usagés est la manifestation d’un authentique « tiers-lieu » ouvert à tous ou un espace commercial aux tarifs touristiques, à l’image des sandwicheries installées dans le hall Napoléon du musée du Louvre.


Vue d'ensemble de la Salle ovale rénovée © Nicolas Bousser

Nous voici à présent dans le vif du sujet : la salle ovale. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’effet recherché au moment où l’on franchit la porte est réussi. La hauteur sous plafond, la luminosité du lieu grâce à la verrière zénithale sont tout bonnement spectaculaires. C’est un ravissement pour les yeux qui s’offre à nous et qui n’a dans les diverses bibliothèques parisiennes que peu de concurrence, à l’exception peut-être de la salle Labrouste juste attenante, de la bibliothèque Sainte-Geneviève au pied du Panthéon et de la bibliothèque de l’Institut en vis-à-vis du Louvre. Si nous retrouvons bien entendu les traditionnels rayonnages de livres en libre accès, la salle de lecture est mise au goût du jour en proposant de nombreux dispositifs numériques. Les contenus de ceux-ci sont tout à la fois des activités ludiques pour le jeune public et des informations pratiques ou historiques autour de la salle et du site Richelieu. Espérons que ces bornes feront l’objet d’un entretien régulier et qu’elles ne s’useront pas trop vite en conséquence de leur futur emploi qui s’annonce massif. Il serait dommage de se priver des contenus de ces bornes qui apportent une réelle plus-value au lieu. De plus, l’investissement n’en serait que gâché s’il venait à ne pas être l’objet de maintenances régulières.


Peut-être doit-on aussi faire part d’une déception à propos du nouveau sol choisi au centre de la salle. Si les coursives circulaires donnant accès aux rayonnages ont un sol plutôt insonorisé, nous pouvons pourtant nous poser la question de l’option retenue dans la partie centrale où se trouvent les tables de consultation et les fauteuils de lecture pour les périodiques. Celui-ci est fait d’un matériau synthétique qui n’offre pas forcément l’avantage de la plus grande discrétion à l’usager tirant sa chaise pour s’asseoir ou désireux d’un quelconque déplacement vers un autre lieu.


Le trésor de Berthouville, IIe siècle après Jésus-Christ, découvert en 1830, Bibliothèque nationale de France © Nicolas Bousser

Il est temps à présent de s’intéresser aux espaces consacrés à l’exposition des œuvres de la BnF. Rappelons d’abord qu’historiquement, l’institution locataire du Palais Mazarin depuis le début du XVIIIe siècle a toujours été un lieu d’exposition pour ses collections, notamment via son célèbre Cabinet des médailles. C’est donc tout naturellement que les nombreux départements de la BnF se sont associés pour présenter dans un espace permanent et commun les plus grands chefs-d’œuvre qu’ils renferment. Certes, il n’y a que cinq salles de présentation qui s’offrent à nous après l’ascension du nouvel escalier Gaudin, mais elles ne manquent pourtant pas de satisfaire la curiosité. Les œuvres, datant de la plus haute antiquité jusqu’au XXe siècle, sont d’une rare qualité et en nombre suffisant. Il n’est cependant pas question d’écraser le spectateur par un dispositif de présentation foisonnant digne du XIXe siècle. C’est tout de même un vrai plaisir de contempler les bijoux de Madame de Pompadour, les camées du roi Charles V ou encore le fabuleux trésor de Berthouville, le tout mis en valeur par des éclairages et des vitrines à la hauteur du défi auquel se promettaient de répondre les services de la conservation.


De gauche à droite :

Jacques Guay (1711-1793), (camée) et Josias Belle (1624-1695), (monture), Portrait de Louis XV, 1753, (monture), fin du XVIIe siècle, (monture), Bibliothèque nationale de France

Trône de Dagobert, fin du VIIIe-IXe siècle, alliage cuivreux fondu et gravé, fer, restes de dorure, Bibliothèque nationale de France

Robert Nanteuil (vers 1623-1678), Portrait de Louis XIV en armure, vers 1666, dessin, pastel, Bibliothèque nationale de France


Le clou du spectacle est toutefois à venir car après la découverte du très beau Salon Louis XV, le visiteur ne manquera pas de pousser les portes de la somptueuse galerie Mazarin dont les peintures du plafond exécutées par Giovanni Francesco Romanelli ont été restaurées afin de leur donner à nouveau leur lustre d’antan. Les vitrines et les dispositifs de médiation permettent tout au long de la galerie conçue par l’architecte François Mansart entre 1644 et 1646 de découvrir bon nombre de pièces majeures de la création artistique humaine au fil des siècles. C’est ainsi que nous pouvons désormais admirer dans un même endroit, comme jamais il n’a été possible de le faire auparavant, le Grand Camée de France, les reliures orfévrées des évangéliaires de la Sainte Chapelle, le manuscrit de Notre Dame de Paris, que nous devons au génie de Victor Hugo, la partition de l’Appassionata de Beethoven ou la Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars et superbement illustrée par Sonia Delaunay.


Code Napoléon, Imprimerie impériale, 1807, velours noir, fil d'or et d'argent, exemplaire personnel de Napoléon Ier, Bibliothèque nationale de France

De cette ouverture retenons pour finir une chose : c’est une page importante de l’histoire de la Bibliothèque nationale de France qui s’est écrite. Le public ne manquera pas d’en prendre conscience. Nul doute qu’en plus de la réouverture de la salle de lecture qui retrouvera son statut d’importance pour les étudiants et chercheurs de par le monde, le nouveau musée fera quant à lui également date dans l’histoire des institutions culturelles parisiennes et françaises. Celui-ci rencontrera à n’en pas douter le succès qu’il mérite et il faut saluer l'initiative de montrer à un public le plus large possible – y compris aux personnes malvoyantes via des dispositifs spécialement conçus pour reproduire certaines des œuvres présentées et leur offrir la possibilité de les toucher – autant d’œuvres d’art iconiques et conservées dans un tel éventail de départements au sein de la première bibliothèque de France.

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