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The Sun is God, William Turner à la fondation Pierre Gianadda



Certains esprits fâcheux affirment encore de nos jours que les contrées septentrionales de Grande-Bretagne ne voient jamais le soleil. L’artiste peintre William Turner a pourtant su, mieux que tout autre, prouver l’inverse. « The Sun is God » (« Le Soleil est Dieu » en français) se serait même exprimé l’auteur du Dernier Voyage du Téméraire avant de rendre son dernier souffle le 19 décembre 1851. C’est cette citation si parlante quant à la place qu’occupait la lumière dans le travail du peintre britannique qui sert de titre à la nouvelle exposition de la fondation Pierre Gianadda, dans la petite ville suisse de Martigny. Une exposition exceptionnelle, réalisée en partenariat avec la Tate Britain de Londres, propriétaire au nom de la nation britannique des quelques 30 000 œuvres que compte le legs Turner.


William Turner (1775-1851), Le Lac, Petworth, coucher de soleil, étude, parmi une série, vers 1827-1828, huile sur toile, Tate Britain © Aurélien Delahaie

Depuis les années 1990, l’artiste est particulièrement apprécié du public comme le prouve la tenue de nombreuses expositions à son sujet : Turner et les Alpes, déjà à la fondation Pierre Gianadda en 1999 ou encore celle du musée Jacquemart-André en 2020. Il y a neuf ans, c’était également sous la direction du cinéaste Mike Leigh qu’était réalisé le film Mr. Turner, dans lequel Thimothy Spall prêtait ses traits au célèbre peintre anglais. Rien d’étonnant donc dans l’organisation d’un tel événement compte tenu de sa popularité acquise bien antérieurement.


N’allons pourtant pas croire qu’il s’agit là d’une énième exposition qui n’apporte rien de neuf sur le travail de cet artiste, bien au contraire. Soulignons en effet que le propos de l’exposition est parfaitement construit et cherche à démontrer les méthodes de travail de Turner qui étudiait patiemment ses sujets à l’aide de nombreux dessins et aquarelles. L’importance de la lumière, de l’atmosphère, parfois même des jeux d’ombres, sont un fil conducteur de sa peinture. À plusieurs années d’intervalle, au cours de différents voyages qu’il réalise en Europe et en Angleterre, Turner s’intéresse à certains ponts ou à certaines vues de villes qu’il croque à chaque fois dans ses carnets. Son idée mûrit alors dans son esprit, lentement mais sûrement, jusqu’à aboutir à un tableau où nous comprenons que le plus important est bien l’atmosphère. D’une certaine manière, la méthode de travail qu’entreprend Turner dans la première moitié du XIXe siècle autour des variations de lumière sur un même sujet représenté à différents moments de la journée ou à différentes périodes de l'année préfigure la démarche impressionniste telle qu’elle fut développée plus tardivement par Claude Monet et son entourage.


William Turner (1775-1851), Le Mont Saint-Gothard, vers 1806-1807, aquarelle sur papier, Tate Britain © Aurélien Delahaie

En outre, si l’exposition présente quelques tableaux achevés pour montrer l’aboutissement des réflexions artistiques du peintre, un accent tout particulier a été mis par David Blayney Brown, son commissaire, sur les dessins et aquarelles préparatoires. Ceci est une réelle chance pour le visiteur puisque ces œuvres, fondues dans la masse prolifique des réflexions de Turner, sont pour certaines totalement inédites.


William Turner (1775-1851), L'Histoire d'Apollon et Daphné, exposé en 1837, huile sur toile, Tate Britain © Aurélien Delahaie

L’atmosphère est tellement prépondérante chez Turner qu’elle occupe même la place principale de ses compositions censées représenter des scènes historiées. Les personnages sont alors bien souvent replacés dans un paysage gigantesque dans lequel ils occupent un espace bien plus restreint. En fin de compte, nous comprenons que l’artiste a pris son sujet comme prétexte à la réalisation de son œuvre.


De manière générale, le parcours organisé autour de la grande rotonde de la fondation permet de mieux apprécier comment l’artiste a pu utiliser la lumière – et a fortiori le soleil – comme un outil de narrativité. Outre l’ambiance toute particulière que nous connaissons de sa production, la lumière et les ombres qui se déroulent en contrastes sur la toile permettent de détacher une organisation narrative à l’action qui s’étend sous nos yeux. Un exemple tout à fait criant de ce procédé est sans aucun doute l’Apollon et Python exposé en 1811, où le dieu antique est mis clairement en opposition au monstre terrifiant qu’il affronte par ce contraste de la luminosité.


William Turner (1775-1851), Apollon et Python, exposé en 1811, huile sur toile, Tate Britain © Aurélien Delahaie

Le visiteur ne devra pas non plus s’étonner de ne pas voir un déroulement chronologique du travail présenté puisque cela n’aurait en réalité que peu de sens pour expliquer Turner. Comme nous l’avons dit, celui-ci était certainement l’un des premiers à faire de sa peinture un triomphe du coloris sur la ligne. Un principe qui ne fera que s’amplifier par la suite pour aboutir à ce que nous connaissons de l’art moderne et contemporain. À ce titre, si ces toiles ne peuvent incontestablement pas être qualifiées d’abstraites, il n’en reste pas moins qu’elles appellent leur regardeur (comme disait Duchamp) à ressentir une certaine émotion pour les comprendre. La couleur, l’aspect vaporeux, l’ambiance lumineuse de ces peintures si proches de celles de Claude Gellée dont Turner aimait s’inspirer, prouvent en effet qu’une émotion du spectateur est primordiale à leur compréhension. C’est cela que cherche avant tout l’exposition au travers des sept sections que comporte le parcours.


William Turner (1775-1851), Départ pour le bal (San Martino), exposé en 1846, huile sur toile, Tate Britain © Aurélien Delahaie

The Sun is God n’est donc pas un événement banal sur un artiste dont on a déjà tout dit. C’est d’autant plus vrai lorsque l’on prend la mesure de l’importance des œuvres exposées par la fondation dans une ville comme Martigny, qui bénéficie de véritables retombées économiques et culturelles ainsi que d’une notoriété à l’international.



 

Turner, The Sun is God, une exposition de la fondation Pierre Gianadda à Martigny (Suisse) du 03/03/2023 au 25/06/2023, plus d'informations en cliquant ici

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