• Nicolas Bousser

Deux tableaux de Grégoire Guérard, provenant d'un même ensemble, réunis

Dernière mise à jour : oct. 20

Réuni il y a quelques jours, un comité scientifique composé de Cécile Scailliérez, Frédéric Elsig, Mathieu Gilles et Sandrine Champion-Balan a validé l’hypothèse d’un lien entre deux panneaux de Grégoire Guérard, une sainte Catherine d’Alexandrie préemptée par le musée des Beaux-Arts de Dijon en novembre 2020, et une Vierge à l’Enfant conservée dans l’église Saint-Baudèle de Plombières-lès-Dijon.

Photos : Nicolas Bousser


Né au début des années 1480, Grégoire Guérard se serait formé comme peintre verrier dans les années 1490, "auprès de" ou dans l’entourage d’Arnoult de Nimègue, maître-verrier flamand notamment actif à Tournai. L'un de ses premiers tableaux connus est daté de 1512 : un Portement de croix partagé entre le musée des Beaux-Arts d'Alger, le musée Goya de Castres et le château d'Écouen. En 1515 il est de passage à Autun, période à laquelle il exécute le Triptyque de l’Eucharistie aujourd’hui conservé au musée Rolin, puis effectue un voyage en Italie. Il passe sans doute par Rome, Florence, Milan et Turin. À son retour en France en 1518, il s’installe à Tournus où il dirige un atelier influent jusqu’en 1530, puis retourne à Troyes. Redécouvert grâce au travail d’un groupe de chercheurs mené par Frédéric Elsig depuis le début des années 2000, Grégoire Guérard est définitivement entré au panthéon des grands peintres grâce à l’exposition « François 1er et l’art des Pays-Bas », réalisée sous le commissariat de Cécile Scailliérez au musée du Louvre en 2017.

Présenté sur un estimation de 60 000-80 000 € par la maison Rossini le 26 novembre 2020, le panneau figurant sainte Catherine a été préempté par le musée des Beaux-Arts de Dijon pour 105 000 €. Connue et étudiée, cette œuvre réalisée autour 1520 dans un contexte bourguignon figurait déjà au catalogue raisonné des œuvres de Grégoire Guérard établi par Frédéric Elsig

Il s’agit du volet droit d’un triptyque. Sur la face interne, la sainte apparaît de manière très sculpturale, à mi-corps sur fond de paysage. En bas à gauche de la composition figure le blason de la puissante famille bourguignonne des Vienne, ici associé à celui d'une autre influente famille, les Dinteville. Cet élément s’observe également sur les tapisseries héraldiques conservées au château de Commarin, commandées pour célébrer le mariage en 1500 de Girard de Vienne avec Bénigne de Dinteville, ainsi que sur les panneaux attribués au Maître de Commarin provenant de la Sainte-Chapelle de Dijon. La face externe du panneau induit quant à elle un saint Christophe portant l’Enfant Jésus en grisaille, reprenant un modèle déjà utilisé par Guérard mais dans une composition inversée. Le modèle en question est inspiré d’une gravure de Dürer.


Les deux panneaux réunis / Photo : Musées de Dijon-Ville de Dijon


Outre des affinités notables avec deux tableaux rapprochés du peintre conservés à Budapest, une sainte Catherine et une sainte Barbe, et le Triptyque de l’Eucharistie d’Autun, un potentiel lien avec la Vierge à l’Enfant de Plombières-lès-Dijon avait été mis en évidence de longue date par Frédéric Elsig. Premier élément à l’origine de cette hypothèse, le paysage à l’arrière-plan se prolongeant sur les deux panneaux de manière cohérente. Leur réunion a également permis de souligner l'utilisation d'une technique identique. La sainte Catherine préemptée il y a un an, qui partira prochainement en restauration pour être présentée en salle à la fin de l'année 2022, constitue donc bel et bien le volet droit d’un triptyque dont le panneau central est la Vierge de Plombières-lès-Dijon. Le volet gauche n’est pour l’heure pas identifié. Il serait souhaitable que la réunion des panneaux dépasse le cadre de cette étude scientifique et soit pérennisée. Peut-être est-ce en discussion ? L’avenir nous le dira.


Nicolas Bousser