• Arno Le Monnyer

Entretien avec Christel Tsilibaris, Curatorial Project Coordinator, Bozar.

Christel Tsilibaris, Curatorial Project Coordinator à Bozar, Bruxelles.



Sommaire :


I. Présentation, parcours et travail.

II. Actualités et exposition.

III. Carte Blanche.

IV. Futurs projets.

V. La Question Coupe-file Art.





I. Présentation, Parcours et Travail :


Vous avez commencé l’histoire de l’art juste après votre baccalauréat, qu’est-ce qui vous a donné envie de choisir cette voie à ce moment-là ?


Je fais partie des personnes qui après avoir passé leur bac, j’avais 17 ans, ne savent pas ce qu’elles veulent vraiment faire. Lorsque je l’ai passé, j’avais plusieurs options en tête pour la suite : l’histoire, l’histoire de l’art et le journalisme. C’est difficile à cet âge là de savoir. Cela peut prendre des années. J’ai eu de la chance car même à l’aveuglette, j’ai trouvé ma voie et le métier que j’ai me passionne. Il y avait une journée portes ouvertes à l’U.L.B. (Université Libre de Bruxelles, université francophone). J’ai visité, on a pu écouter certains professeurs et j’ai choisi en fonction de ce que j’ai vu et des affinités que j’avais. On avait toujours eu un lien particulier avec l’art dans ma famille, par exemple ma mère faisait et aimait beaucoup le théâtre. Mais voilà l’histoire de l’art n’était pas une grande passion, une grande vocation. À ce moment-là, je voulais aussi m’inscrire à la Cambre (école d’arts) pour faire de la photographie. J’aimais beaucoup la photo, j’avais une amie dont le père était photographe et avec qui nous avions pris énormément de photos analogiques que nous avions développées dans son studio. J’avais beaucoup aimé ça mais j’avais eu un entretien avec un professeur de photo de la Cambre qui m’avait fait un peu peur donc j’étais partie à l’université. Dans tous les cas je voulais faire un métier dans la culture, c’est ce qui m’intéressait.


Vous avez étudié l’histoire de l’art et obtenu une licence à l’Université Libre de Bruxelles, recommanderiez-vous cette université ?


Oui. C’est une question complexe pour moi car j’ai fait de l’histoire de l’art à l’U.L.B. mais c’était une période très difficile sur un plan personnel car je venais d’arriver en Belgique. Bien sûr, j’y ai appris beaucoup de choses mais je n’aimais pas vraiment le modèle francophone du professeur qui récite son cours et des élèves qui doivent juste apprendre par cœur. J’ai plus apprécié ce que j’ai fait en master en commissariat d’expositions aux États-Unis. C’était un mode de fonctionnement très différent et qui m’a montré que l’éducation faite dans les pays anglo-saxons me convenait mieux. Cela dit, l’U.L.B. a de grandes qualités. Les professeurs qui y enseignent sont de haut niveau et on a la possibilité de voir des choses qu’on ne voyait pas dans d’autres universités. Je compare avec des amis qui faisaient leurs études en Grèce à l’époque et qui avaient pour seul choix en Histoire de l’Art d’étudier l’archéologie alors qu’en Belgique, on avait le choix entre l’archéologie, les arts non-européens, le Moyen-Âge, l’art de la période moderne, l’art de la période contemporaine.


Vous parliez de différences entre le modèle universitaire anglo-saxon et le modèle francophone, quelles sont-elles ?


Je ne connais pas l’enseignement en France, donc je n’ai connu que deux modèles, le modèle Belge pour la licence et américain au niveau master. D’après ce que j’ai vécu, quand tu évolues dans un environnement anglo-saxon, il y a une sorte de relation qui se crée entre les élèves et les professeurs. Il y a un débat qui est constant, alors que durant mon expérience en Belgique c’est le professeur qui parle et tu n’interviens pas. Aux États-Unis, même en licence, il y a des groupes de travail plus intimes où tu peux être en discussion directe avec ton professeur.


Qu’est ce qui vous a fait choisir un master à l’étranger ? Était-ce lié à votre spécialité l’art contemporain ou était-ce l’opportunité de travailler dans une telle université ?


À l'époque, les études de commissariats d’expositions étaient proposées dans très peu d’établissements. Il y en avait en France, aux Pays-Bas, en Angleterre et aux États-Unis. J’avais vécu quatre années à Bruxelles et je voulais un peu bouger. J'avais postulé pour toutes les universités qui donnaient ce master et le Center for Curatorial Studies du Bard College m’a acceptée donc je suis partie là-bas.


Center for Curatorial Studies au Bard College, Annandale-On-Hudson, NY, États-Unis.

Le Bard College est réputé pour être l’un des meilleurs masters curatorial d’occident, vous y êtes-vous plu ? Sa très haute réputation est-elle justifiée ?


Oui, c’était une expérience géniale, j’ai adoré. C’était très dur, j’étais la plus jeune de mon master. Je sortais de licence et avais pris une année pour faire des stages. La plupart des autres étudiants avaient déjà travaillé dans des galeries d’art, avaient eu l’occasion de faire des stages de longue durée dans des musées, ils étaient donc pour certains beaucoup plus âgés, et avaient déjà une connaissance, une expérience du monde professionnel ainsi que du système universitaire américain. Ça pouvait faire peur mais c'était une opportunité énorme, j'ai rencontré des gens très intelligents qui m’ont poussé à aller plus loin pour me dépasser. Puis, nous avions aussi des professeurs comme Robert Storr, commissaire, historien et critique d’art qui à l’époque était Senior Curator au MOMA, Lyne Cook, commissaire qui était à l’époque la directrice du DIA center, pleins de commissaires indépendants internationaux qui de passage à New York venaient nous donner des conférences. On a rencontré le top de la scène artistique internationale et pour une jeune femme européenne qui vient avec peu d’expérience là-bas, j’ai appris énormément. C’est une opportunité géniale pour n’importe quelle personne qui serait intéressée par la curation.


Et le fait d’être diplômée de cette université vous a-t-il aidée par la suite comme référence au début de votre carrière ?


Être diplômée de Bard, quand tu voulais travailler aux États-Unis, c’était un grand atout. Quand tu voulais travailler en Europe, c’était plus dur car à l’époque, le Center for Curatorial Studies du Bard College n’était pas aussi connu que maintenant. C’était très réputé aux États-Unis mais il y avait beaucoup de personnes qui ne le connaissaient pas quand je suis revenue en Belgique. Je conseille aux personnes qui partent à l’étranger pour étudier d’essayer de commencer leur carrière professionnelle à l’endroit de leurs dernières études car à la fin de celle-ci tu as déjà un réseau local qui est développé. J’ai beaucoup galéré quand je suis revenue en Europe.. Je n’avais pas de réseaux. Je suis donc partie en Angleterre pour essayer de me trouver un travail parce que le monde de la culture bouge beaucoup plus là-bas comparé à la Belgique.


Durant votre master vous avez réalisé des stages dans de grandes institutions comme le musée Guggenheim de Venise ou encore le Museum of the Moving Image de New York, quelle expérience avez-vous retiré de ces stages ?


Dans le milieu culturel, c’est toujours bien de pouvoir combiner des études avec des stages. C’est quelque chose qui se faisait beaucoup aux États-Unis mais qui n’était pas à l’époque du tout mis en avant ici pendant mes études en Belgique. Je pense que maintenant cela à changé… Mais c'est un conseil que je donne à tout le monde car ça vous donne une porte d’entrée et c’est un avantage pour trouver du travail par la suite. Rien que les études, ça ne suffit pas. Toutes mes expériences de stage au Guggenheim de Venise, à la Galerie Courtauld de Londres, au Museum of the Moving Image de New York, étaient bonnes car cela m’a permis de rencontrer des personnes qui étaient déjà dans le milieu professionnel et de comprendre cette réalité tout en donnant la possibilité de t’ouvrir à ce milieu et de te sentir un peu plus en confiance.

Collection Peggy Guggenheim, Venise.

À Guggenheim nous étions dans un lieu idyllique, entourés d’œuvres incroyables (on a même rencontré des membres de la famille). Le stage m’a permis de construire un réseau car nous étions entre vingt et vingt-cinq jeunes, artistes et historiens de l'art de partout dans le monde. Puis, pendant un stage, mon conseil est de ne jamais hésiter à poser des questions et demander à faire plus si tes tâches ne te suffisent pas. C’est le seul moyen d’apprendre.



II. Actualités et exposition :


Votre spécialité étant l’art contemporain, dans quelle forme d’art êtes-vous la plus à l’aise ?


La peinture et la photographie sont mes deux préférences.


Vous vous êtes aussi intéressée au cinéma avec votre participations à plusieurs festivals de films, est-ce un travail très différent de la création d’une exposition de participer en tant que juges ou organisateurs à un festival, le choix des artistes notamment ?


Il y a plusieurs choses. Un festival, comme celui de Thessalonique, comme ceux de Cannes ou de Berlin, est avant tout fait pour vendre. Ce sont des festivals qui sont à l’arrière des machines de guerre de ventes très importantes, avec de grands enjeux budgétaires. Ton travail de programmation consiste à montrer les nouvelles productions, et en fonction de quel festival tu es, tu dois choisir aussi tes films et tes metteurs en scène. Thessalonique est moins important que Cannes, Venise ou Berlin mais il mise aussi sur la qualité, c’est une grosse mise en lumière pour les films des Balkans notamment, donc il a aussi un but vendeur. Mon rôle dans le festival de Thessalonique était collaboratrice au Guest Office donc rien de glamour !





Le Fashion in Film Festival (www.fashioninfilm.com) est très différent. D’abord parce que mon rôle était complètement différent en tant que cofondatrice avec Marketa Uhlirova et Roger Burton et que j’y ai travaillé en tant que commissaire tout en assurant la production des deux premières éditions. Mais le plus important c’est que ce festival est un projet d’exposition, de recherche académique et d’éducation autour de la mode ayant comme base le Central Saint Martins College de Londres.


Quelle a été la première exposition de votre carrière ?


Je n’ai pas réalisé beaucoup de travaux de commissariat car ici à Bozar ce n’est pas l’essence de notre travail. Ma première expérience était durant mes études au Bard College, une exposition que j’ai faite pour mon mémoire qui s’appelait “Split : Women in Dislocation”. Tous mes projets curatoriaux ressortent de ma propre expérience et donc le projet portait autour de la dislocation culturelle qui peut être ressentie quand on vit dans un monde globalisé.


Sur quelle exposition travaillez vous en ce moment ?


En ce moment je travaille sur l’exposition Galeries des futurs (https://www.bozar.be/fr/activities/165371-galerie-des-futurs). C’est une exposition où le commissariat est fait par Effondrement des Alpes qui est une plateforme de recherches entre l’École supérieure d’Art Annecy Alpes et le Centre de la Photographie Genève. Les artistes invités spéculent sur le futur de notre société, une société fortement changée suite au surchauffement climatique. Même si on a peu de rôle de commissariat à BOZAR, il y a des projets que l’on initie nous-même, sous aval de la direction bien sûr, comme par exemple celui-ci.

Puis, je travaille également sur l’exposition de la présidence portugaise du Conseil de l’Union Européenne, qui est une exposition qui met en avant les femmes artistes portugaises du XXe siècle, mais là mon rôle est limité car c’est une exposition entièrement développée par la Fondation Gulbenkian et le Ministère de la Culture du Portugal.


Quels sont les buts de l'exposition ?


Galerie des Futurs est une exposition un peu laboratoire disons, pour nous c’est la première fois que l’on réalise ce genre de projet particulier car c’est une exposition évolutive. L’exposition est composée de 12 patchs, disons 12 mini-expositions, qui s’alternent dans le temps. Donc tous les mois nous changeons de patch, de projet, et ce jusqu'au 18 avril 2021. C’est une exposition qui veut amener le public à réfléchir à son futur. Chaque patch est une spéculation sur un monde futur où la société, la culture, les relations géopolitiques, les relations de l’homme avec la nature, etc., sont le résultat des grands bouleversements liés au surchauffement climatique.


Les artistes et groupes qui vont exposer durant les plusieurs mois de l’exposition sont-ils tous Belges ou est-ce une exposition avec un panel international ?


D'habitude on a tendance à donner la possibilité à notre public de découvrir des artistes internationaux tout en étant aussi une plateforme pour la création belge. Mais l’idée derrière cette exposition est aussi de se retourner un peu plus vers le local parce que cela fera encore plus partie de ce mode de fonctionnement vers lequel va tendre le musée. La crise Covid nous met dans une situation complexe, tant au niveau budgétaire qu’aux niveaux éthique et écologique. Mais on a encore la chance, en Belgique, d’être proche de nombreux pays qui sont à une distance raisonnable et qui nous permettent d’élargir le champ du mot « local ».


Y a-t-il une œuvre ne se trouvant pas dans l'exposition, que vous auriez aimé y voir figurer, ou le travail d’un artiste en particulier autour de ce thème du futur ?


Pas tant une œuvre qui devait figurer dans l’exposition mais plutôt une envie de travailler sur un projet avec Vanessa Barragao, une artiste portugaise qui réalise un travail textile entre le design et l’artisanat. Elle réalise de grandes tapisseries et tapis en laine et autres matériaux textiles en utilisant différentes techniques. Elle représente des écosystèmes marins et terrestres d'une beauté époustouflante qui transmettent le message de la fragilité de notre terre et de notre besoin de la préserver.


Vanessa Barragão Artisan - ©Vanessa Barragão Studio.

Comment se déroule la création et la direction d’une telle exposition ? Travaillez-vous seule sur le choix des artistes, de la muséographie, des visuels...?


À Bozar, la programmation artistique est décidée par la direction générale et le comité de direction. Puis chaque département a son fonctionnement interne. Chez BOZAR Expo la programmation est ensuite affinée par la directrice et le board. À partir de là, chaque projet est appointé aux Curatorial Project Coordinators qui suivent tout de a à z. On est en contact avec les commissaires, avec les scénographes, avec les prêteurs, les transporteurs, les personnes qui rédigent les textes des salles, etc. On travaille aussi étroitement avec le coordinateur technique qui nous assiste beaucoup dans les préparations techniques et les montages.


C’est une exposition qui évoque les questions d’écologie, de politique ou encore de technologie, lors de sa création aviez-vous en tête un public de prédilection ou est-ce une exposition faite pour parler à tous ?


Pour moi, c’est une exposition qui doit parler à tout le monde, mais surtout à la nouvelle génération, une génération engagée. On l’a vu pendant plusieurs mois ici en Belgique, avant la crise sanitaire, lors des manifestations hebdomadaires des étudiants pour le climat, cette génération est déjà consciente de tout ça. Les vieilles générations sont parfois dans un déni total de ce qu’il va se passer et j’espère que ça peut être un moyen pour elles de comprendre qu’une évolution est nécessaire et inévitable.


Comment se sont déroulés les derniers mois de préparations avec la crise sanitaire ?


C’était très particulier. Heureusement la préparation peut se faire via le télétravail même si le digital n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux pour l’environnement, on voit bien l'impact de chaque action que l’on fait sur internet, de chaque tweet, de chaque appels… Mais on a eu de la chance de pouvoir continuer à travailler comme ça. C’était bizarre de devoir travailler, faire des visites de salles par exemple, via Zoom. La situation ne s’améliore pas et on va devoir s’adapter et être innovants dans la manière de collaborer avec des partenaires à longue distance. Les commissaires n’ont pas pu assister au vernissage suite aux restrictions imposées par rapport aux collaborateurs venant de zones rouges, des artistes vont devoir nous envoyer des instructions d’installation de leurs travaux pour qu’on les mette en place sans eux, comme ça a été le cas pour l’installation de « Prospecting Ocean » d'Armin Linke et bientôt pour le patch de Sandra Lorenzi. Il doit y avoir une confiance entre les commissaires, les artistes et nous et heureusement c’est bien le cas.


Je vais poser une question, peut-être un peu difficile, mais y a-t-il une exposition durant votre carrière qui vous a rendue plus fière que les autres ?


Oui il y en a une. Une exposition montrée ici, à Bozar. C’était une exposition dont la commissaire était Katerina Gregos et qui s'appelait « No Country for Young Men. Contemporary Greek Art in Times of Crisis » , montée en 2014. Une période où la crise économique en Grèce était encore au plus haut et qui correspondait avec l’année durant laquelle la Grèce présidait l’Union Européenne. Comme on est une institution, une maison européenne, toutes les expositions de chacune des présidences ont lieu ici à Bozar. L’exposition de la présidence était très classique. Elle montrait des œuvres de l’Antiquité, parlait de la mer, montrait aussi quelques œuvres contemporaines. Nous, à côté, on voulait vraiment parler d’actualités. Je comprends le gouvernement grec ne voulait pas faire la publicité de son pays en parlant de la crise mais on voulait montrer ce qu’il se passait pour ces artistes dans le pays en crise.

Panos Kokkinias – Yiorgis, (2011), © Panos Kokkinias, courtesy the artist and Xippas Gallery.

Il y a eu une grande créativité pendant la crise qui continue encore aujourd’hui. C’était une période très difficile pour la Grèce, il y a aussi eu beaucoup de problèmes de préparation pour l’exposition mais le résultat était époustouflant. C’était une exposition qui a été extrêmement visitée dans un espace pourtant réduit. Katerina Gregos a fait un travail fantastique, c’était une exposition très poignante, très émouvante et très militante. Je suis donc fière de ce que ça a donné. Puis je suis également fière de ce que j’ai accompli dans le Fashion in Film Festival, créer un festival de zéro pour en faire un événement qui travaille avec les plus grandes institutions artistiques contemporaines de Londres, c’est un défi et une grande école !



III. Carte Blanche :


Il faut que je parle de notre secteur qui est très fragilisé par la situation avec la crise sanitaire. Tous ceux qui travaillent dans de grandes institutions sont encore relativement protégés mais les artistes, les art-handlers et autres indépendants du secteur, les petites galeries et diverses structures culturelles de plus petit format ont été directement touchés et mis dans des conditions de précarité immédiate. Cette crise a fragilisé énormément le secteur, un secteur qui est aussi dépendant d’une réalité politique belge très compliquée.

J’espère simplement que la crise sanitaire ne va pas tarir la création artistique parce que c’est elle qui nous fait avancer.



IV. Futurs Projets :


Nous avons évoqué il y a quelques minutes une exposition pour la direction européenne du Portugal à propos des artistes femmes du pays au XXe siècle. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?


L’exposition est organisée par la Fondation Calouste Gulbenkian à Paris et à Lisbonne et le Ministère de la culture portugais. Ce sera donc des artistes femmes de la fin du XIXe siècle jusqu’à récemment. Mais ça ne sera pas forcément intégré dans un discours féministe. C’est vraiment remettre la femme à la place qui lui est due dans l’Histoire de l’Art contemporain portugais. Il y aura une trentaine d’artistes ; des arts variés : sculptures, peintures, performances, vidéos… ça sera très intéressant. D’autant plus que les scénographes sont un jeune bureau qui a des idées très nouvelles intéressantes sur comment aborder la scénographie d’une exposition.


Avec votre expérience dans la curation et le fait que vous ayez travaillé dans plusieurs pays, pensez-vous un jour donner des cours d’Histoire de l’Art ou de curation ?


J’ai déjà eu l’occasion de donner des cours de Photographie à l’université en Angleterre durant un semestre. Mais en réalité, je crois qu’il faut avoir un don que je n’ai pas pour devenir professeur et se sentir à l’aise à la fois devant une audience mais aussi dans ses propos, aimer partager. Ma mère a été professeure de français durant toute sa vie et j’ai bien vu à son contact que ce n’était pas un métier facile. Je ne me suis pas sentie à l’aise donc je n’y ai jamais vraiment réfléchi. J’ai beaucoup de respect pour les professeurs mais c’est trop de responsabilités, ce n’est pas un métier qu’il faut prendre à la légère. On a en main le futur de jeunes personnes. Transmettre une connaissance et aider des personnes à se surpasser serait trop difficile pour moi.



V. La Question Coupe File :


Je n’ai pas vraiment d’œuvres préférées. Je n’ai jamais vraiment été le genre de personne à dire « Ça, c’est mon film préféré » ou « ma peinture préférée ». Mais j’adore le dessin de Egon Schiele, il est tellement torturé, expressif.



Yoshitomo Nara, Knife Behind Back, 2000. Courtesy of Sotheby's.


J’aime aussi le travail de Yoshitomo Nara. J’ai toujours aimé ses petites filles qui sont très malignes et qui ressemblent à des petits anges, toutes belles, toutes mignonnes mais qui sont des petites chipies en réalité. Et elles me font penser à ma fille qui, en grandissant, devient comme ça, c'est-à-dire très mignonne mais avec un côté obscur. (Rires)



Questions et propos recueillis par Arno Le Monnyer, Bruxelles le 8 octobre 2020.


 
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©2020 Coupe-File Art - ISSN  2647-5871