• Aurélien Delahaie

Julie Manet, histoire d’un héritage impressionniste au musée Marmottan Monet

Dernière mise à jour : 27 janv.

L’événement n’a pas fait grand bruit comparé à d’autres grandes expositions de l’hiver. Julie Manet, la mémoire impressionniste présentée du 19 octobre 2021 au 20 mars 2022 au musée Marmottan Monet aurait pourtant mérité plus de dynamisme médiatique étant donné l’effort manifeste mis en place dans l’accrochage des œuvres. C’est, hélas, un triste constat que de tomber presque par hasard sur cette exposition au milieu de la page cinq du calendrier des expositions du site de l’office de tourisme parisien… L’institution, déjà détentrice de nombreuses toiles du célèbre peintre de Giverny, a pourtant eu l’excellente idée de mettre en lumière un autre pan de l’histoire de la peinture impressionniste. Elle nous propose ainsi de découvrir une figure méconnue mais non moins importante pour la postérité du mouvement, celle de la fille de Berthe Morisot et nièce d’Édouard Manet.


Pierre Auguste Renoir (1841-1919), Portrait de Julie Manet, 1894, huile sur toile, musée Marmottan Monet

Le destin de la petite Julie que l’on découvre quasiment au berceau à l’entrée du parcours se transforme petit à petit en une histoire extraordinaire. Née en 1878, elle devient rapidement une source d’inspiration pour certaines des compositions de sa mère, de son oncle, mais aussi d’un ami de la famille : Auguste Renoir. Celui-ci ne cessera d’ailleurs de réaliser des portraits d’elle tout au long de la première moitié de sa vie. Cet entourage artistique donne progressivement à la jeune fille le goût de la peinture qu’elle pratique avec un certain talent. Sont aussi développées dans l'exposition les relations familiales qui l’unissent à ses deux cousines, Paule et Jeannie Gobillard, venues habiter avec elle suite au décès de leur mère.


Berthe Morisot (1841-1895), Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival, 1881, huile sur toile, musée Marmottan Monet

Outre la muse que fut Julie Manet pour une partie des impressionnistes, la seconde partie de l’exposition s’intéresse à la collectionneuse qu’elle devint à partir des années 1900. Après le décès de son père en 1892 puis de sa mère en 1895, la jeune femme se retrouve propriétaire d’un important patrimoine mobilier et bien sûr artistique. Celui-ci sera par ailleurs progressivement agrandit par l’héritage des biens des autres branches de la familles qui s’éteignent également à la fin du siècle.


Sachons apprécier au travers des salles la remise en contexte des différentes œuvres car, si toutes ont une valeur artistique qui leur est propre, chaque toile exposée présente aussi une histoire familiale et un attachement sentimental. L’intérieur de la demeure de Julie Manet est ainsi remplie d’œuvres de sa mère mais aussi de Renoir, Manet ou Degas, qui sont toutes autant d’héritages familiaux. Le couple qu’elle forme avec son mari, Ernest Rouart, va également élargir la collection par d’importants achats de peintures XVIIIe et XIXe, particulièrement en 1912, lorsqu’il rachète l’essentiel de la collection de son père, dispersée aux enchères.


Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875), La Dame en bleu, 1874, huile sur toile, musée du Louvre, ancienne collection Henri Rouart

En parallèle, la famille se fait aussi mécène et Julie et Ernest financent pour le musée du Louvre l’achat de certaines œuvres parmi lesquelles La Dame en bleu de Camille Corot. Ils se séparent également volontairement de certaines toiles impressionnistes qui figurent dans leurs appartements afin de les faire entrer dans différents musées de France. Le but est de promouvoir le travail de Berthe Morisot et d’Édouard Manet afin qu’ils ne tombent pas dans l’oubli. Un pari réussi et en partie dû à ces généreuses donations qui font aujourd’hui le bonheur du musée des Beaux-Arts de Lyon ou du Petit Palais.


Côté muséographie, notons la large sélection d’œuvres présentées tout au long du parcours, un vrai plaisir pour l'œil, d’autant que le visiteur comprend parfaitement la valeur de Julie Manet comme « mémoire impressionniste » étant donnée la variété des artistes mis à l’honneur. Ces derniers l’ont tous connue de près ou de loin. Un point négatif à signaler serait peut-être le choix dans certaines salles de la couleur bleue pâle sur les murs. Certes, celle-ci sert à rappeler fort justement les tonalités de certaines des peintures qui y sont accrochées mais cela fait parfois un peu plisser des yeux pour la lecture des textes et cartels. Ne soyons cependant pas mauvais esprit, ils ne sont pas illisibles pour autant et la qualité des commentaires est souvent au rendez-vous.


Ernest Rouart (1874-1942), Au Mesnil, Julie Manet écrivant, huile sur toile, collection particulière

Le musée Marmottan Monet nous offre donc le portrait d’une femme bien passionnante et qui eut, à n’en pas douter, un rôle déterminant dans la notoriété dont jouissent les impressionnistes dans notre monde moderne. Cet agréable parcours de visite vaut donc le détour, c’est à souligner. Le catalogue de l’exposition, quant à lui, apportera au visiteur curieux ou spécialiste un éclairage assez complémentaire, très fourni en textes et en images sur la famille Manet et les relations entre impressionnistes. Il lui faudra du reste ajouter 45€ d’achat pour l’obtenir, un prix honorable pour un tel catalogue mais qu’il faut cependant ajouter aux 12€ d’un ticket plein tarif. Peut-être pardonnera-t-on pour une fois cet exceptionnel surcoût à l’Institut, propriétaire du lieu, dont on connaît par ailleurs les difficultés financière du côté de Chantilly.


Aurélien Delahaie


 

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