• Antoine Bouchet

L'hôtel d'Assézat, chronique d'un bijou d'architecture classique ressuscité


Niché au carrefour du Pont Neuf, de la paroisse Notre-Dame de la Dalbade et du couvent des Augustins, à quelques encablures de la place Esquirol, l'hôtel d'Assézat est certainement le plus discret des monuments incontournables de Toulouse. Un anonymat inacceptable qui ne peut durer !


Un aperçu de l'hôtel depuis la cour d'honneur

Capitale du royaume Wisigoth au Ve siècle après notre ère, Toulouse perd de son influence au fil du temps avant de connaître un nouvel âge d'or à la Renaissance. En effet au XVe siècle la ville rose se développe considérablement grâce au commerce du pastel, très recherché dans l'industrie textile pour produire les nuances de bleu. Les notables de la ville s'enrichissent rapidement et les membres de la haute bourgeoisie cherchent ainsi à se faire élire capitouls, c'est à dire consuls de la ville. Plus puissants que les nobles, ils sont les véritables maîtres de la cité, détenteurs du pouvoir judiciaire et exécutif. Cette élite utilise alors sa manne financière considérable issue du négoce afin d'édifier des hôtels particuliers rivalisant de verticalité, comme un symbole de leur position sociale dominante.


Au XVIe siècle, Pierre d'Assézat est l'un de ces capitouls. En 1555, il souhaite faire construire son propre hôtel dans le quartier des Changes, aujourd'hui renommé Esquirol. Il fait alors naturellement appel à Nicolas Bachelier, architecte de référence des élites toulousaines de l'époque. Ce dernier a en effet été le maître d'oeuvre des hôtels de Bagis, célèbre pour sa façade monumentale entièrement en pierre, de Guillaume de Bernuy ou encore celui de Felzins.


Le monumental portail d'entrée

Les plans initiaux de l'hôtel prévoient quatre ailes symétriques mais le projet sera finalement abandonné car trop onéreux, un comble pour qui souhaite faire étalage de sa puissance financière. Après la construction des deux premières ailes, les travaux se poursuivent donc par la création d'une loggia à un niveau ainsi que d'une coursière toutes deux unifiées par un impressionnant portail en bois massif. Dans la cour d'honneur, les trois ordres grecs dorique, ionique et corinthien sont chacun visibles sur les rangées de colonnes engagées qui soutiennent les ailes principales à triple élévation. Celles-ci accueillent les appartements privés de la famille d'Assézat ainsi que des salles de réception. De plus un comptoir pour traiter des affaires inhérentes au commerce du pastel se trouve au rez-de-chaussée. Un « escalier d'honneur » permet d'accéder à la tour capitulaire, attribut d'une noblesse qui n'était pourtant pas innée à Pierre d'Assézat. Surplombant les rues voisines, elle cloisonne cet angle de la cour d'honneur. A la gauche du porche d'entrée, au-dessus duquel se situe le bureau du notable, la loggia achève d'affirmer l'influence Renaissance de cette splendide cour d'honneur.


La porte donnant sur l'aile des académies


Achevé en 1557, l'hôtel devient à la fois un lieu de vie et de travail pour son fondateur jusqu'à son exil forcé de la ville en 1562. Il s'impose immédiatement comme l'un des plus majestueux de la ville. Pinacle architectural d'une Renaissance italienne à son crépuscule mais dont l'influence est grandissante de l'autre versant des Alpes, l'édifice est l'un des plus précoces témoins du classicisme français, dix ans seulement après les transformations de la cour carrée du Louvre par Pierre Lescot.


La loggia vue depuis la cour d'honneur



Resté dans la famille de Pierre d'Assézat depuis sa disparition en 1581, l'hôtel est finalement vendu au baron de Puymaurin en 1761. Celui-ci entreprend de rénover les appartements et les façades mais l'hôtel tombe peu à peu en ruines. Au XIXe siècle, le banquier Théodore Ozenne le rachète pour le léguer rapidement à la ville. L'hôtel accueille depuis cette époque plusieurs académies dont celle des arts floraux et des sciences. En piteux état, il est pourtant classé monument historique en 1914, bénéficiant de la loi de 1913 d'élargissement des monuments historiques au titre de bien « d'intérêt public ».


L'entrée de l'hôtel dans les années 1880. Ville de Toulouse, archives municipales, 1Fi185

En 1993, le mécène argentin Georges Bemberg choisit l'édifice comme écrin de sa collection d'art, qu'il prête à la ville pour un siècle. Après d'importants travaux effectués sous la direction de l'architecte en chef des monuments historiques de la ville et achevés deux ans plus tard, la Fondation Bemberg y installe son musée. Les visiteurs peuvent depuis y admirer un panel de plus d'un millier d'œuvres s'échelonnant du XVIe siècle au lendemain de la Seconde guerre mondiale. La collection ancienne est abritée au premier étage autrefois occupé par les appartements de la famille d'Assézat, dont l'atmosphère a été recréée à l'aide de mobilier d'époque. On remarquera entre autres les superbes plafonds en bois du XVIe siècle parfaitement conservés. Les peintures modernes datant de 1800 jusqu'au milieu du XXe siècle sont elles exposées à l'étage supérieur dans un cadre plus sobre.


En plus des visites de ses collections permanentes, le musée Bemberg organise régulièrement des expositions, propose des visites à thèmes guidées ainsi que des animations et organise même des conférences autour de l'histoire de l'art, le tout à des tarifs tout à fait abordables. Autant d'occasions pour le public de (re)découvrir ce bâtiment hors du commun.


Antoine Bouchet

 
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©2020 Coupe-File Art - ISSN  2647-5871