• Jérémy Alves

La basilique Saint-Denis et le musée des Monuments français : un parti pris révolutionnaire !

« Les Français ont fait en 1789 le plus grand effort auquel se soit jamais livré aucun peuple, afin de couper pour ainsi dire en deux leur destinée, et de séparer par un abîme ce qu’ils avaient été jusque-là de ce qu’ils voulaient être désormais »
Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution, 1866

L'HISTOIRE D'UN VANDALISME RÉVOLUTIONNAIRE


Ces mots de Tocqueville illustrent parfaitement la rupture fondamentale que les révolutionnaires français souhaitent établir avec le passé. Cette envie de faire table rase s’est manifestée politiquement et ainsi, à partir de novembre 1789, l’état a enclenché la nationalisation des biens du clergé, puis de la couronne et des exilés. Les révolutionnaires détruisent le système séculaire français (abolition d’institutions religieuses et la désaffectation des monuments religieux). Très vite, on se demande alors quel statut donner aux monuments et aux objets nouvellement acquis. Cependant, ce questionnement sur le patrimoine de la nation se fait dans un contexte particulier qui est celui d’un double vandalisme : celui de l’Etat et celui de la foule. En effet, l’abolition de la monarchie le 10 août 1792 ouvre la voie à un iconoclasme politique d’état qui encourage les destructions populaires des monuments de l’Ancien Régime. Le 1er août 1793, la Convention adopte un décret demandant la profanation et la destruction des tombeaux et des mausolées de Saint-Denis. De plus le mouvement de déchristianisation encourage parallèlement une haine envers les symboles chrétiens.


Anonyme français, Alexandre Lenoir (1761-1839) défendant les monuments de l'abbaye de Saint-Denis, Paris, Louvre

Cependant, la Révolution française, c’est aussi des hommes qui prennent conscience du caractère fondamental de la conservation d’une mémoire et des monuments qui l’incarnent. C’est durant cette période que la notion de patrimoine se construit véritablement comme un enjeu national et que les premiers musées modernes vont faire leur apparition. S’affirme alors, sur fond de destruction révolutionnaire, la nécessité de préserver « les édifices dépositaires du génie de chaque siècle » comme s’il fallait sauvegarder l’affirmation d’une continuité avec ceux qui nous ont précédés. En 1793 la Commission des arts a ainsi pour mission d’élaborer une politique des musées et d’inventorier les biens nationaux. L’abbé Grégoire, inventeur du mot « vandalisme », défend l’idée que la destruction des monuments et des objets de l’Ancien Régime est contre-révolutionnaire dans la mesure où ce patrimoine participe à la splendeur et à la prépondérance politique d’une nation. Or, l’abbé Grégoire n’est pas le seul à défendre cette idée et nous allons nous intéresser à une figure particulièrement fascinante mais complexe, celle d’Alexandre Lenoir. Amateur d’art autodidacte, érudit improvisé, il va s’opposer au vandalisme révolutionnaire et notamment celui ayant eu lieu à la basilique Saint-Denis. Le très beau dessin anonyme ci-dessus, qui représente Lenoir défendant les tombeaux à Saint-Denis contre le marteau des révolutionnaires, se trouve justement à la croisée de deux événements historiques fondamentaux dans l’histoire du patrimoine et des musées, d’un côté les destructions révolutionnaires à la basilique de Saint-Denis et de l’autre, la création du musée des monuments français par Lenoir. Le musée des Monuments français est, en effet, le premier lieu d’accueil des tombeaux sauvés de la Révolution. Ainsi, il est particulièrement intéressant de se pencher sur le lien que l’on peut faire entre le combat de Lenoir à Saint-Denis et son action globale en faveur de la sauvegarde des monuments, au sein de son musée du couvent des Petits-Augustins.

Ainsi, je vais vous raconter l’histoire d’un parti pris révolutionnaire, entre vandalisme, fantaisie, et innovation charnière dans l’histoire du patrimoine.


A gauche : Adrien Dauzarts, Vue de la façade occidentale, avant 1837, Destailleurs Province, t. 2, p. 388, Bibliothèque nationale de France.

Au centre : Vue de l’intérieur de la basilique, nef centrale.

A droite : Façade de la basilique de Saint-Denis après les travaux de restauration (2012-2015).

Marie-Geneviève Bouliard, Alexandre Lenoir, 1796

Revenons d'abord rapidement sur ce qu’est la basilique de Saint-Denis. Nécropole des rois de France, elle est surtout connue pour être le berceau du premier gothique initié par l’abbé Suger au XIIème siècle. Or, à partir de 1793, la Révolution fait de l’abbatiale de Saint-Denis un champ de ruine : le plomb de la toiture est réutilisé pour la guerre, la charpente pourrit et les maçonneries prennent l’eau, les vitraux sont brisés ou enlevés. A l’intérieur, le sol était meurtri par le viol des tombeaux royaux et le mobilier liturgique pillé. Finalement entre août 1793 et janvier 1794, on jette et recouvre de chaux 52 rois, 32 reines, 60 princes et princesses du sang et dix grands personnages. Hubert Robert nous a laissé de beaux et tragiques témoignages visuels de ce moment des exhumations des corps des rois de France, qui nous permettent de mieux comprendre cette époque où Saint-Denis se visitait comme une ruine antique. Chateaubriand décrira plus tard dans le Génie du Christianisme un bilan affreux : « Les petits enfants se sont joués avec les os des puissants monarques : Saint-Denis est désert. Au lieu de l’éternel cantique de la mort, qui retentissait sous ces dômes, on n’entend plus que les gouttes de pluie, qui tombent par son toit découvert, ou le son de son horloge, qui va roulant dans les tombeaux vides et les souterrains dévastés ». On a même le projet de détruire la nef à l’explosif pour faire un marché couvert. Mais c’est heureusement abandonné. On en fait donc un entrepôt de céréales et pendant un moment un hôpital militaire.

Cependant, Alexandre Lenoir est présent à Saint-Denis lors de ces « temps désastreux », où l’on récupère le plomb des cercueils comme celui des toitures. Ainsi en tant que défenseur d’une sauvegarde du patrimoine monumental français, il va recueillir des tombeaux et autres fragments de Saint-Denis dans le dépôt du couvent des Petits-Augustins à Paris, futur musée des Monuments français.


Hubert Robert, La Violation des caveaux des rois dans la basilique de Saint-Denis en octobre 1793, Carnavalet

En 1791, Alexandre Lenoir remplace son maître en peinture Gabriel François Doyen à la tête d’un dépôt d’œuvres religieuses situé au couvent des Petits-Augustins. Arrêtons-nous un instant sur le processus de création et la présentation du musée de Lenoir, qui nous est plutôt bien connu grâce aux écrits prolifiques de l’homme en question, et notamment au travers des 8 volumes de son œuvre intitulée Musée des monumens français…pour servir à l’histoire de France et à celle de l’art, rédigée entre 1800 et 1821. Ces écrits présentent un corpus abondant d’œuvres graphiques. Dans le contexte des nationalisations et du vandalisme, Lenoir est chargé par la Commission des Monuments d’assurer le transport des œuvres religieuses de Saint-Denis et d’autres bâtiments religieux de région parisienne vers le dépôt et de veiller à leur conservation. Le musée qui ouvre officiellement le 21 octobre 1795, présente une série de salles diverses. Tout d’abord la salle d’introduction, qui était un espace de visite qui offrait un raccourci saisissant de l’histoire de la sculpture de l’Antiquité jusqu’au XVIIème siècle. On pouvait y observer un monument dédié à Blanche de Castille et puis des tombeaux du XVIème siècle comme celui de Diane de Poitiers. Ensuite, il y avait la chapelle des louanges où était exposé le tombeau de François 1er. La visite se poursuivait avec des salles dédiées aux XIIIème, XIVème, XVème, XVIème et XVIIème siècles. Enfin, le couvent-musée était constitué d'un jardin appelé le jardin de l’Elysée, qui servait de lieu d’exposition en plein air. Nous verrons postérieurement quelques exemples plus en détail.


Jean-Lubin Vauzelle (1776-1837), Salle du XIIIe siècle du musée des Monuments français, Paris, musée du Louvre
Jean-Lubin Vauzelle, Vue de la salle du XVe siècle entre 1801 et 1816, Paris, Musée du Louvre

Dans l’action d’Alexandre Lenoir il y a deux axes à retenir. D’une part il y a le sauvetage des œuvres du vandalisme révolutionnaire et d’autre part un vandalisme propre à Lenoir lui-même. En effet, dans le musée des Monuments français, les tombeaux occupent une place de choix. Les gisants sont exposés dans les salles des XIIIème et XIVème siècle. Certains sont allongés, les autres dressés contre les murs. Le tombeau de Louis XII s’élève au milieu de la salle du XVème siècle par exemple (aujourd'hui retourné à Saint-Denis).


Vitrail de la Nativité, XIIème siècle. Autour, vitraux XIXème, restaurations de Viollet-le-Duc

Cependant, parallèlement à cette sauvegarde des monuments funèbres, Lenoir cause de nombreux dégâts à Saint-Denis et également au sein même de son propre musée.

Vitrail de L’Annonciation, XIIème siècle, Saint-Denis

Le cas des vitraux de la basilique est tout à fait parlant pour comprendre cette dualité du travail de Lenoir. Dans la salle du XIVème siècle, il fait installer les vitraux disposés par l’abbé Suger dans le déambulatoire de la basilique dionysienne – vous noterez le manque de cohérence historique qu’il faut garder en tête, les vitraux étant du XIIème siècle – à titre d’exemple il nous reste ceux de l’Annonciation et de la Nativité (voir ci-dessus), ainsi que 2 médaillons dit des « Allégories de Saint-Paul » (voir ci-dessous). Il s’agit en fait de l’arche transformée en char triomphal d’Aminadab (le char du sacrifice du Christ) entouré du tétramorphe. Le second médaillon représente le Christ entre l’Église et la Synagogue. En outre, pour des raisons de manque de place ou de goût personnel, il n’hésite pas à détruire, démembrer des œuvres. Cette dimension très personnelle de la conservation et de l’exposition conduit Lenoir à la création d’un musée qu’on a décrit comme fantaisiste. Nous allons voir pourquoi.


A gauche : Le Christ entre l’Eglise et la Synagogue, dit « Christ aux planètes » par Alexandre Lenoir, vers 1144, Saint-Denis, cathédrale.

A droite : L’Arche d’alliance ou le Char d’Aminadab, vers 1144, Saint-Denis, cathédrale.



LE MUSÉE LENOIR : UN MUSÉE FANTAISISTE ?


Dans son musée, Alexandre Lenoir favorise le spectacle au détriment parfois de l’authenticité historique des œuvres. C’est l’anecdote qui singularise l’approche de ces dernières. Il aime par exemple rédiger des cartels très anecdotiques et plaisants. Pour lui les figures doivent occuper une place dans un imaginaire collectif, dans un culte du passé qui est mis en scène. On pouvait ainsi admirer des galeries d’hommes illustres, avec des personnages en costume et barbus. Le musée formait un décor pour les drames historiques. On pouvait lire de véritables tragédies historiques dans la disposition des œuvres.

En outre, Lenoir s’arrangeait aussi avec l’histoire en créant des monuments de toute pièce, en assemblant des fragments, pour mettre en place une histoire de France fantasmée. C’est le cas par exemple avec le tombeau d’Héloïse et Abelard.


A gauche : Projet de « Tombeau d’Héloïse et d’Abélard », encre brune, lavis brun, aquarelle, plume, Paris, Musée du Louvre, département des arts graphiques, INV. RF 5279.106

Au centre : D’après un dessin d’Alexandre Lenoir, Vue du Tombeau d’Héloïse et d’Abélard dans le musée des Monuments français, gravure, tirée de Musée des monumens français…pour servir à l’histoire de France et à celle de l’art, 1800-1821

A droite : Vue actuelle du tombeau d’Héloïse et d’Abélard, cimetière du Père-Lachaise.


En outre, toutes les salles étaient éclairées suivant leur époque, c’est-à-dire que l’on avait gradué la force ou la vigueur de la lumière en raison de la beauté et de la période de création des monuments. A propos de la salle du XIIIème siècle, Lenoir écrit par exemple « La lumière sombre qui éclaire ce lieu est encore une imitation du temps ».

Enfin, Lenoir étant un grand admirateur de Winckelmann, il considère que l’art ne peut s’épanouir que dans une grande liberté politique. Par conséquent, il écrit un véritable récit et donne une importance capitale à la sensibilité. Les contemporains diront que le musée de Lenoir est plus émouvant que le Muséum Central des Arts. Comme l’a écrit Louis Sébastien Mercier, Lenoir avait formé une « collection magnifiquement confuse, poétiquement désordonnée ».


Hubert Robert (1733-1808), Vue du jardin Élysée, huile sur toile, Paris, Musée Carnavalet

Le musée des Petits-Augustins met en effet en avant la sensibilité qui est au cœur du XVIIIème siècle. Le jardin de l’Elysée par exemple est une idée singulière. En effet, entre jardin, cimetière et musée, il fait le lien entre les œuvres d’arts, les artistes, et l’histoire tout en étant un lieu de promenade ouvert à la rêverie et au souvenir. La mise en scène de la lumière était également une source de mélancolie et de rêve dans le musée. Le MMF se situe entre héritage du mouvement antiquaire du XVIIIème siècle et avant-courrier fantaisiste de la naissance des musées. Lenoir, en s’opposant à la rigueur scientifique du Louvre, souhaitait introduire une sentimentalité dans sa muséographie pouvant rendre visible le passé ; ce que Roland Recht résumait brillamment en 2016 dans sa préface du catalogue de l'exposition sur le musée des Monuments français au musée du Louvre :

« Pensant faire de chaque visiteur un citoyen, il faisait, en vérité, bien mieux : il contribuait à faire de lui un homme sensible ».

Roland Recht, « Le musée d’Alexandre Lenoir : une « collection magnifiquement confuse, poétiquement désordonnée » », dans BRESC Geneviève et DE CHANCEL-BARDELOT Béatrice (dir.), Un musée révolutionnaire : le musée des Monuments français d’Alexandre Lenoir, catalogue d’exposition, musée du Louvre, Paris, Hazan, 2016


Finalement, Lenoir nous a rappelé que la beauté dans les arts est d’abord dans l’observation fidèle de la nature et qu’elle appartient aussi à l’imagination qui enfante, au sentiment par qui tout est vivifié et qui ensemble créent le sublime. L’artiste trouve les modèles de beauté dans sa propre sensibilité qui ne peut se développer qu’au contact des œuvres. Ainsi, en reprenant ces principes énoncés par Winckelmann avant lui, Lenoir justifie l’existence d’une double nature de son musée, un musée qui fait appel à la sensibilité, au beau et à la pédagogie.


Louis-Pierre Deseine, Winckelmann, 1818, MBA Toulouse

Ainsi, Alexandre Lenoir va attirer tout particulièrement les artistes et faire une rude concurrence au Musée du Louvre, puisque ces derniers vont être nombreux à venir s’inspirer aux Petits-Augustins. Louis Réau, grand historien de l'art du XIXème siècle, y voit même le lieu d’éclosion de la nouvelle peinture du premier Empire, caractérisée par l’évocation de l’histoire nationale. On peut réellement parler d’une réelle « success story » du musée des Monuments français qui associa fantaisie et dimension pédagogique.


Mais doit-on pour autant considérer le musée de Lenoir comme une simple fantaisie, comme une anecdote sucrée de l’histoire ?




Entre musée politique et politique du musée.


« Tout présage à l’Histoire les plus beaux jours. C’est à qui entrera dans la carrière et s’y ceindra le front d’une couronne [...] La Révolution, ayant heureusement fait disparaître cette différence accablante entre une classe à parchemin et une classe sans parchemin, c’est de la vérité de l’histoire qu’il faut s’occuper désormais et non de la vanité des familles »
Puthod de la Maison Rouge, Les Monuments ou le pèlerinage historique, 1790

Ainsi, le MMF a inauguré une tentative de mémoire républicaine et nationale. Il n’était pas suffisant pour Lenoir et certain de ses contemporains, de sauver de la fureur du vandalisme les monuments. Mais il fallait que ça soit utile à la chose publique et cela passait par la conservation de ces monuments comme des objets sacrés de l’histoire.


« Les Petits-Augustins apparaissent ainsi comme le lieu de la perte du souvenir qui consacre, en ce sens, la rupture de la continuité dynastique et la faillite des mémoires familiales, au seul profit de la chronologie nationale [...] Ces restes, privés des liens du sens, ne sont plus que des signes mutilés que l’institution organise différemment dans un discours étranger, celui de l’histoire ou de l’art »
Dominique Poulot, « Alexandre Lenoir et les musées des monuments français », dans Pierre Nora, Les lieux de mémoire, 1997

A gauche : Hubert Robert (1733-1808), La salle d’introduction du musée des Monuments français entre 1795 et 1801, Paris, Musée du Louvre.

A droite : Hubert Robert (1733-1808), La Salle des Saisons au Louvre, vers 1802-1803, Paris, Musée du Louvre.


Alexandre Lenoir est le premier à rédiger des notes descriptives des œuvres dans l’histoire des musées. Il est également celui qui va insérer l’histoire et la chronologie dans le monument. Il a inventé non seulement le premier musée européen de sculpture du Moyen-Âge et de la Renaissance, mais également les principes de classement chronologique qui fondent la muséographie moderne. Il écrit d'ailleurs qu’il souhaite faire naître un lieu de progrès et précise que le choix chronologique de la muséographie vise à montrer la progression des arts. Ce choix s’inscrit bien évidemment dans la pensée révolutionnaire du temps. On cherche ainsi à remplacer la chronologie dynastique traditionnelle par une chronologie nationale, mettant en avant non plus les rois mais les styles artistiques. Même si la connaissance des œuvres est approximative, à la différence du Museum Central des Arts plus scientifique, le MMF propose une histoire de l’art spatialisée qui est d’une grande efficacité auprès du public, elle classe ce qui n’est pas encore classable. Le Louvre avait refusé la proposition de Lenoir de classer chronologiquement les œuvres, préférant un accrochage éclectique.

Enfin, Alexandre Lenoir a véritablement, selon Dominique Poulot, signé l’apparition de la valeur historique au sein de la catégorie du monumental, autrement dit des monuments. Le monument est devenu historique avec son Musée des Monuments Français. Jusqu’au XVIIIème siècle, le monument était considéré comme porteur du souvenir et de l’hommage. D’ailleurs, si Lenoir a fondé ce musée ce n’est pas par pur goût personnel pour la religion ou la statuaire, il détestait d’ailleurs le style gothique ; il a souhaité constituer une histoire monumentale de la monarchie française. Il a proposé une alternative au vandalisme révolutionnaire, qui pour lui était de dire que les monuments de l’Ancien Régime ne devaient non pas être victime de récupération ou de condamnation de l’ancien monde, mais bien au contraire les monuments ne doivent être regardés que comme des témoignages artistiques d’une période donnée. L’affirmation d’une valeur historique permet de protéger le monument alors que la signification politique passée du monument le condamne à la ruine.


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Pierre Maximilien Delafontaine, Alexandre Lenoir, 1799

Alexandre Lenoir fait véritablement figure d'un amateur-novateur. Cet homme érudit n’est pas celui que l’on a longtemps décrit comme un simple faiseur de rêve éloigné de toute vérité historique. En effet, comme l’a parfaitement montré l’exposition au Louvre en 2016, Alexandre Lenoir est une figure bien plus complexe, à la fois celle d'un précurseur et d'un destructeur du domaine patrimonial. Entre vandalisme, fantaisie, et innovation, Alexandre Lenoir a fait du monument et de sa conservation, ainsi que du musée français, un modèle de la protection du patrimoine. Cependant, malgré sa célébrité, cette réalisation n’eut qu’une existence éphémère : sous la Restauration, devant la triple opposition des catholiques, des royalistes et des tenants de la tradition académique, Lenoir fut contraint de fermer son établissement en 1816. Ce dernier servit néanmoins de modèle pour la création du musée des Sculptures comparées au Trocadéro en 1879. Les œuvres sont redistribuées entre Saint-Denis, les églises de Paris, les préfectures, le musée de Versailles, le musée du Louvre ou encore le musée de Cluny.


Jérémy Alves.



Bibliographie :


- BRESC Geneviève et CHANCEL-BARDELOT Béatrice de (dir.), Un musée révolutionnaire : le musée des Monuments français d’Alexandre Lenoir, catalogue d’exposition, musée du Louvre, Paris, Hazan, 2016


- DELANNOY Pascal Mgr (dir.), Saint-Denis, la grâce d’une cathédrale, Strasbourg/Paris, Éditions La nuée bleue/Place des victoires, 2015 (contributions de LENIAUD Jean-Michel, « De la Révolution à Viollet-le-Duc : la résurrection de Saint-Denis » et JULIA Dominique, « L’exhumation des corps des rois en 1793 »)


- LENIAUD Jean-Michel et PLAGNIEUX Philippe, La basilique de Saint-Denis, Paris, CMN, 1998, rééd. 2012 (collection « Itinéraires du patrimoine »).


- BABELON Jean-Pierre et CHASTEL André, La notion de patrimoine, Paris, Liana Levi, 2008.


- POULOT Dominique, « Alexandre Lenoir et les musées des Monuments français ». In NORA Pierre (dir.), Les Lieux de mémoire. II. La Nation, Paris, Gallimard, 1986 (« Bibliothèque illustrée des histoires »), 3 vol., II, p. 498-526 ; rééd. Les Lieux de mémoire, 1997 (« Quarto »), 3 vol., II. La Nation, p. 1515-1542.


- POULOT Dominique, Musée, Nation, Patrimoine 1789-1815, Paris, Gallimard, 1997.


- RÉAU Louis (dir.), FLEURY Michel et LEPROUX Guy-Michel, Histoire du vandalisme : les monuments détruits de l’art français, Paris, R. Laffont, 1994.


- HASKELL Francis, History and Its Images : Art and the Interpretation of the Past, New Haven and London, 1993.


- POULOT Dominique, « La Naissance du musée ». In BORDES Philippe et MICHEL Régis (dir.), Aux armes & aux arts ! Les arts de la Révolution 1789-1799, Paris, Adam Biro, 1988 (« Librairie du bicentenaire de la Révolution française »), 350 p., p. 201-232.