• Aurélien Delahaie

La nécropole de la Colonne de Juillet rouverte au public

Tandis que l’annonce de la vente à Vannes d’un des actes originaux de l’abdication de Louis-Philippe a fait parlé d’elle suite à la revendication du document finalement décidée par l’État (La Gazette Drouot, 07/10 et 21/10), c’est un autre symbole du règne du dernier roi des Français qui attire les projecteurs depuis samedi dernier. Suite à d’importants travaux, le Centre des Monuments Nationaux (CMN) a en effet annoncé la réouverture au public de la nécropole située sous la Colonne de Juillet, place de la Bastille.


Jean-Antoine Alavoine (1778-1834) et Joseph-Louis Duc (1802-1879), Colonne de Juillet, 1835-1840, bronze, © Jean-Louis Zimmermann

C’est dès le mois de décembre 1830 que Louis-Philippe prit la décision de construire un monument en hommage aux citoyens tombés sur les barricades durant les Trois Glorieuses, les trois journées des 27, 28 et 29 juillet de la même année qui précipitèrent la chute de Charles X. Conscient que le pays était profondément divisé entre Royalistes légitimistes et orléanistes, Bonapartistes et Républicains, le nouveau monarque cherche à rassembler. La Colonne de Juillet doit alors jouer un habile rôle de réconciliation.


Anonyme, L'Eléphant de la Bastille à Paris, vers 1810, gravure

En effet, non seulement le monument montre la reconnaissance du roi envers le peuple qui s’est sacrifié pour le placer au pouvoir mais il se veut comme une promesse adressée aux Républicains déçus d’un nouveau règne fondé sur une libéralité politique garantissant les mêmes principes qu’une république. Dans cette optique, la Colonne porte à son sommet un Génie de la Liberté réalisé par Auguste Dumont, déchirant ses chaînes et portant une torche symbolisant l’esprit des Lumières. Enfin, on décide qu’elle sera élevée sur la place de l’ancienne Bastille dont la prise marqua le début de la Révolution de 1789 et l’instauration de facto en 1792 de la Première République. Elle doit remplacer le grand projet en plâtre de fontaine en forme d’éléphant installé sous Napoléon Ier.


Charles-François Daubigny (1817-1878), Cérémonie d'inauguration de la colonne de Juillet, 1840, vers 1840, eau-forte

Le projet, confié aux architectes Jean-Antoine Alavoine et Joseph-Louis Duc, doit également comporter dans ses fondations l’aménagement d’une nécropole où sont enterrées dans un caveau les dépouilles des martyrs de la révolution. Dix ans jour pour jour après les événements de 1830, la Colonne de Juillet est inaugurée par le gouvernement au son d’une Symphonie funèbre et triomphale commandée à Hector Berlioz. Mais l’histoire ne s’arrête pas là car la place de la Bastille et son symbole révolutionnaire vont se retourner contre le roi des Français.


Anonyme, Le Trône brulé, vers 1848, estampe, musée Carnavalet

En février 1848, le peuple se soulève à nouveau et dépose la monarchie. C’est au pied de cette colonne que sera brûlé le trône royal dans l’espoir que plus jamais un roi ne gouverne la France. La IIe République est proclamée par Alphonse de Lamartine et de nouvelles dépouilles d’insurgés trouvent alors leur place dans la nécropole de la Bastille au sein d’un second caveau.





Après les terribles combats de la Commune en 1871 durant lesquels elle manqua d’être détruite, la Colonne devint un lieu de mémoire de l’histoire de Paris et de la France. Elle est le témoin des bouleversements politiques de notre pays durant tout le XIXe siècle et marque les origines du régime républicain que nous connaissons aujourd’hui. La nécropole, lieu de recueillement dédié aux sacrifiés pour la Nation, n’était malheureusement plus ouverte. Le CMN permet désormais à soixante-douze personnes de pénétrer chaque week-end dans ce lieu historique durant une heure et demi accompagnées d’un guide-conférencier. L’accès à la petite terrasse en haut de la colonne reste toutefois interdit au public compte-tenu des règles de sécurité.



Aurélien Delahaie


La Colonne de la Bastille est ouverte tous les week-end sur réservation obligatoire :


- Le samedi à 14h30 et 16h30

- Le dimanche à 14h30 et 16h30


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