• Philippe Robert

"Le lion au serpent" A-L. Barye

Mis à jour : 17 nov. 2018




Quoi de plus majestueux qu’un lion en plein combat ? Un délicieux mélange de force brute et d’agilité ressortent immédiatement lorsque l’on regarde cette sculpture. Avec son Lion au serpent, Antoine Louis Barye nous offre un duel épique entre le roi des animaux et un adversaire sournois et malin, le serpent.


« Le lion de M. Barye est effrayant comme la nature. Quelle vigueur et quelle vérité ! Ce lion rugit, ce serpent siffle… ». Ces quelques mots d’Alfred de Musset soulignent l’intérêt qu’a suscité l’œuvre mais surtout la précision avec laquelle elle a été réalisée. Le réalisme impressionnant de cette sculpture ne peut nous laisser indifférent. Barye nous permet pendant un instant de confondre réalité et imaginaire. Ses deux animaux se dressent sur une pierre, en pleine action. Gueule ouverte et rugissant, le lion instaure une domination décisive sur sa proie. Le souci du détail nous permettrait presque d’entendre les rugissements du fauve. Sa patte, griffes sorties, qui écrase violemment le reptile oblige la bête à contracter ses muscles au maximum. Le sentiment de domination est d’autant plus renforcé par sa crinière hérissée qui donne encore plus de volume, de présence au lion. Le serpent n’a plus d’autre choix que de se replier sur lui-même et de chercher à mordre.

Autant de réalisme n’est pas dû au hasard. En effet, Antoine Louis Barye connait parfaitement l’anatomie animale. Le sculpteur a révolutionné la manière de représenter les animaux. Pour lui, ils ne sont plus des symboles politiques ou encore des attributs mythologiques. Ils deviennent, au contraire, le sujet unique, l’animal en tant que tel et rien d’autre. Cette vision du sujet a permis à Barye de créer des œuvres uniques, imprégnées d’élégance et de naturalisme.


« Prend-on le jardin des Tuileries pour une ménagerie ? Remettez ce lion en cage ! » Sortie de son contexte, on pourrait croire que des promeneurs ont croisé un lion qui sa baladait dans le jardin des Tuileries. Et bien il y a un peu de vrai dans ces mots. Permettez-moi de nuancer mon propos. En 1836, Louis-Philippe alors roi de France commande à Barye une version en bronze du Lion au Serpent (aujourd’hui conservée au Musée du Louvre). Il l’a fait placer dans le jardin des Tuileries ce qui provoqua l’indignation d’un des membres de l’Institut, auteur de ces mots. Il faut en effet souligner qu’en 1833, lors de sa présentation au Salon, certains ont vu dans le Lion au serpent une très grande allégorie politique. Le lion, incarnation même de la puissance face au serpent perfide ne pourrait-il pas représenté le roi Louis-Philippe Ier écrasant la sédition à la fin du mois de Juillet 1830 ? Bien entendu, chacun est libre d’y croire ou non.


La sculpture au Musée du Louvre, dans la cour Puget

Aujourd’hui conservé au Musée des Beaux-Arts de Lyon, le modèle en plâtre occupe de sa majesté la salle où il est conservé. De par sa taille (1,35 mètre de haut et 1,85 mètre de large) et l’immense force qui s’en dégage, Antoine Louis Barye (1795-1875) nous offre une merveilleuse représentation de la nature, régie par la loi du plus fort.


Philippe Robert

 
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©2020 Coupe-File Art - ISSN  2647-5871