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Declercq Passementiers, 174 ans de savoir-faire entre les mains de généreux donateurs

  • il y a 13 heures
  • 3 min de lecture

Ce sont des détails qui passent pour de simples finissions aux yeux de néophytes mais qui se révèlent être en réalité le fruit d’un savoir-faire unique en leur genre. Très usités pendant des siècles, les passementeries, ces menus ouvrages textiles infiniment décoratifs, sont restés indispensables à la préservation des pièces de mobilier ancien. De nos jours, peu sont encore les artisans à détenir ces techniques constituant de véritables trésors patrimoniaux. En France, les ateliers de l’entreprise Declercq Passementiers et leurs 174 ans d’expérience sont parmi les derniers à détenir cet art qui magnifie l’ameublement historique conservé dans de nombreux monuments et musées publics.


Embrasse pour les appartements du pape au château de Fontainebleau - Declercq Passementiers, compte Instagram
Embrasse pour les appartements du pape au château de Fontainebleau - Declercq Passementiers, compte Instagram

L’histoire de cette maison commence en 1852 lorsque Joseph Bertaud se rend propriétaire d’un commerce de passementerie rue Quincampoix, à Paris. Passée sous la direction de Marie Louise Bertaud, la fille de Joseph, l’entreprise perdure jusque dans les années 1900 avant de faire évoluer ses gammes de produits vers des collections plus contemporaines au tournant des années 1930 sous la houlette de Gaston Perret, le fils de Marie Louise. Connue alors sous le nom de Passementerie Nouvelle, l’affaire familiale connait un véritable âge d’or durant les années 1970, au point de racheter plusieurs maisons concurrentes, réputées pour leurs savoir-faire : c’est d’abord en 1972 le rachat de Louvet & Mauny, une marque historique fondée au XVIIIe siècle puis celui de la maison André Boudin, en 1977, considéré comme le meilleur atelier de passementeries du monde dans la première moitié du XXe siècle.


Cette même année, Claude Declercq, le nouveau directeur, internationalise l’activité de la maison et développe un important atelier à Montreuil-aux-Lions (Aisne) pour répondre aux commandes qui affluent. Devenue en 1996 Declercq Passementiers, l’entreprise conserve son identité familiale sous la direction d’Elisa et Jérôme Declercq puis de Margot, la fille de ce dernier. Cherchant à diversifier son activité, une branche de créations originales contemporaines se développe en 2014 sous le nom de Declercq Tissus.


Forte de son savoir-faire artisanal, la maison réalise manuellement 80% du processus de fabrication de ses productions. Reconnue dans le monde entier pour la qualité unique de son travail, la marque est aujourd’hui missionnée par de nombreux établissements publics patrimoniaux dans le cadre de restaurations de leur mobilier historique. La famille Declercq et ses équipes peuvent ainsi revendiquer la confection de nombreuses créations pour les plus grandes institutions. Elles interviennent notamment sur la collection des carrosses du château de Versailles en 2016, pour l’ameublement des appartements du duc et de la duchesse d’Aumale au château de Chantilly en 2019, pour les draperies en or des appartements du château royal de Dresde en 2020. Ces dernières années, ce sont encore des restaurations pour les décors de style Empire de l’hôtel de Beauharnais – l’ambassade d’Allemagne à Paris – ou de l’appartement intérieur du roi à Versailles qui ont occupé Declercq Passementiers.


Malgré cette belle histoire qui reflète un incontestable succès depuis plus d’un siècle, la maison rencontre aujourd’hui d’importantes difficultés financières dues aux complications économiques accumulées lors de la crise du Covid-19. En manque de trésorerie et face à des coûts de fonctionnement de plus en plus élevés, l’entreprise ne peut répondre à d’importantes commandes publiques, notamment passées par le Louvre, faute d’avoir la matière première suffisante. Malgré de nombreuses aides publiques et un prêt garanti par l’État, Declercq Passementiers, labellisée « Entreprise du patrimoine vivant » doit rassembler un minimum de 200 000 € afin d’éviter la liquidation judiciaire.


En vue d’une audience décisive au tribunal ce mercredi 20 mai, la famille Declercq espère apporter les preuves suffisantes de sa solidité financière en comptant plus que jamais sur la générosité des donateurs à sa cagnotte Ulule, ouverte au début du mois. Participer à cette campagne n’est pas seulement une affaire de philanthropie, c’est aussi faire preuve d’une volonté de sauvegarde de notre patrimoine vivant et d’un savoir-faire indispensable aux collections publiques aujourd’hui presque éteint en France et en Europe. Au-delà de la défense du patrimoine, ajoutons enfin que de ce trésor textile unique dépend aussi la vie d’employés qui vivent de ces métiers nous rendant fier chaque jour de notre héritage patrimonial. Pensons également à eux et ne les laissons pas tomber.

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