Elizabeth II, les diamants sont éternels


Par Aurélien Delahaie



« Je déclare devant vous vouer ma vie, qu’elle soit longue ou courte, à votre service et au service de la grande famille impériale à laquelle nous appartenons tous ». Telle était la déclaration d’Elizabeth II dans son célèbre discours radiodiffusé le jour de ses 21 ans. Depuis jeudi 8 septembre, Sa Majesté la Reine n’est plus. Son serment est à présent accompli, elle a désormais transmis la couronne et laissé tomber son sceptre entre les mains de son fils, le roi Charles III. Durant ses soixante-dix années de règne – le plus long de l’histoire du Royaume-Uni – elle a vécu et accompagné les changements de la société britannique en même temps qu’elle a dû traverser les épreuves familiales avec un seul mot d’ordre : « never complain, never explain » (« ne jamais se plaindre, ne jamais se justifier »). Pour respecter cet adage, la Reine avait toujours pour elle la maîtrise de son image, et, pour assortir celle-ci, Elizabeth disposait d’une impressionnante collection de joyaux. Souvent peu analysés, on remarque pourtant la diversité des parures royales souvent héritées de sa grand-mère, la reine Mary de Teck ou de l’époque victorienne. En hommage à la souveraine la plus iconique du XXe et du début de notre siècle, Coupe-File Art vous propose de s’intéresser à quelques-unes de ces pièces de joaillerie et d’orfèvrerie.


Il est difficile de choisir quelques-uns des bijoux les plus fameux des collections royales mais nous avons cependant tenté d’en discerner cinq pièces qui nous paraissent être les plus remarquables. Le lecteur nous pardonnera cependant de ne pas retrouver certaines d’entre elles.


Portrait d'Elizabeth II, reine de Nouvelle-Zelande, 2011

Au cours de son règne, les invités des réceptions officielles des palais royaux de Sa Majesté n’ont pas manqué de remarquer l’amour de la reine pour les diadèmes. L’un de ceux qu’elle préférait était une pièce transmise de génération en génération depuis sa création en 1919 : la « Queen Mary Fringe ». Conçue par le joailler londonien Garrard & Co, la parure est pourvue de 47 rangées verticales de 904 diamants dont 271 diamants roses disposées en demi-cercle sur une monture en argent. Comme son nom l’indique, c’est la reine Mary de Teck, l’épouse de George V, qui la porte la première. Elle la cède ensuite à sa belle-fille, Elizabeth Bowes-Lyon, la célèbre « Queen Mum » avant qu’elle ne soit transmise à Elizabeth II lorsqu’elle n’était encore qu’héritière présomptive du trône qu’occupait alors son père, le roi George VI. Cette dernière apparait coiffée de la « Queen Mary Fringe » lors de son mariage en 1947 avec le futur prince Philip. La coiffe royale a ensuite été à l’honneur de deux autres mariages, celui de la Princesse Anne, la sœur de l’actuel roi Charles III, en 1973, ainsi que plus récemment, en juillet 2020, pour celui de la princesse Béatrice.


La reine arborant la broche "Cullinan V" en 2013

Au quotidien, la reine portait également une grande diversité de bijoux qui ne manquaient de se faire remarquer sur ses tenues plus ordinaires. Elle ne sortait donc jamais sans orner d’une broche ses célèbres tenues colorées que nous lui connaissions. L’une de ses préférées est la « Cullinan V ». La monture en platine qui la compose est assortie de diamants dont le plus remarquable, disposé au centre et taillé en forme de cœur, ne pèse pas moins de 18,8 carats. Celui-ci provient d’un diamant trouvé en Afrique du Sud en 1905. Il est offert au roi Edouard VII en 1907, à l’occasion de son 66e anniversaire. Le même diamant est utilisé pour les broches « Cullinan III » et « Cullinan IV ». C’est encore une fois la reine Mary qui la porte la première avant de la transmettre à sa descendance.



Portrait officiel d'Elizabeth II, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, 1952

La reine Mary, était, nous l’avons compris, une personnalité marquante de la vie d’Elizabeth II. Elle avait ainsi pris l’habitude de surnommer « Nanny’s Tiara » (la « tiare de mamie »), le diadème dit « des filles de Grande-Bretagne et d’Irlande », qu’elle avait héritée de sa grand-mère. Ce dernier, aux motifs de fleurs de lys dessiné par la maison Graff, était un cadeau de mariage offert à Mary de Teck en 1893. Son nom provient tout simplement de « l’association » de souscription créée pour la confection dudit présent. Alors qu’il était d’abord composé de 14 perles au niveau des pointes des fleurs de lys, celles-ci furent remplacées en 1914 par un sertissage de diamants. Le diadème, reçu à nouveau comme cadeau de mariage en 1947, était particulièrement apprécié d’Elizabeth II qui le portait en de très nombreuses occasions. Il l’a ainsi accompagné lors d’une multitude de visites à l’étranger mais il figure aussi sur son premier portrait officiel en tant que reine en 1952, ainsi que sur certains billets en Livres Sterling émis par la Banque d’Angleterre.


Elizabeth II portant la broche du "prince Albert"

Des bijoux plus anciens figurent également dans les coffrets de Buckingham Palace. C’est notamment le cas de la broche dite du « prince Albert ». Il s’agit cette fois d’un héritage du XIXe siècle puisque cette parure n’est ni plus ni moins qu’un cadeau de mariage du prince Albert à la reine Victoria, à la veille de leurs noces en février 1840. Dans son journal, Victoria l’avait décrite comme « une magnifique broche, un saphir serti de diamants, ce qui est très beau ». En la portant, Elizabeth II faisait ainsi hommage à la dernière femme qui monta avant elle sur le trône du Royaume-Uni et dont le règne – qui fut également l’un des plus longs du pays – fut marqué par la stabilité et la prospérité. Si le fabriquant n’est pas connu, il est supposé qu’Albert en avait fait la commande à Garrard, même s’il n’est pas exclu qu’elle ait pu aussi provenir d’un Etat germanique, dont le prince était originaire. Après l’avoir gardé de nombreuses années, Victoria s’en sépare pour le donner à la princesse Alexandra, l’épouse du futur roi Edouard VII. La reine Elizabeth II portait ce bijou presque exclusivement avec des habits bleus dont la couleur s’assortissait à celle de la broche. Pour l’anecdote, c’est celle-ci qu’elle arbora en juin 1961, lorsqu’elle avait reçu à sa table le président John Fitzgerald Kennedy et sa non moins célèbre épouse Jackie.


Pour finir, comment ne pas évoquer le plus célèbre des joyaux de la reine, à savoir la couronne impériale d’Etat ? Celle-ci fait partie des regalia de la Couronne d’Angleterre. Elle n’appartenait donc pas en propre à la reine. Comme chaque monarque britannique, et Elizabeth II elle-même, le roi Charles III portera la couronne lors de la cérémonie du sacre à l’abbaye de Westminster puis, en principe, chaque année lors du discours d’ouverture du Parlement à la Chambre des Lords. Au-delà de sa fonction symbolique, la couronne impériale, appelée ainsi parce qu’elle fut faite lorsque le Royaume-Uni était encore un empire colonial, est une pièce d’orfèvrerie particulièrement splendide. Créée en 1937, par la désormais bien connue maison de joaillerie Garrard, elle est la copie conforme de celle conçue pour la reine Victoria. Son poids est d’environ un kilo, ce qui avait poussé la reine Elizabeth à la troquer depuis 2015 contre le diadème d’apparat d’Etat, moins encombrant et moins fragile lors des cérémonies officielles. La couronne est composée de 2868 diamants, 273 perles, 17 saphirs, 11 émeraudes et 5 rubis. Parmi les diamants qui composent l’ensemble, remarquons le Cullinan II, d’une valeur de 317,40 carats ainsi que le célèbre diamant Koh-i-Nor, faisant 105,602 carats, devenu source régulière de crispations diplomatiques avec l’Inde, pays où il fut découvert et qui réclame sa restitution.


La reine Elizabeth II et le prince Philip Mounbatten à l'ouverture du Parlement britannique en 2012

A la vue de tous ces joyaux, nous mesurons aisément la splendeur des collections royales et de la Couronne britannique. Pour autant, celles-ci ne furent pas documentées scientifiquement durant une longue période car ce n’est que fort récemment, en 2012, que la reine autorisa pour la première fois Sir Hugh Roberts, historien d’art, à publier un livre, The Queen’s Diamonds, sur ses collections personnelles. Alors que, comme nous l’avions dit, la reine n’est plus, les diamants vont quant à eux continuer à être transmis de génération en génération, car ils sont l’expression d’une éternité, à l’instar de la monarchie britannique, dont l’illustre reine n’était, du fait de son humanité, qu’un des nombreux dépositaires.