• Nicolas Bousser

Le Louvre célèbre Pierre Soulages, un géant dans le Salon Carré

C’est dans le Salon Carré, ancien cœur battant de l’Académie, que s’expose l'Œuvre d’une vie. Pierre Soulages, le peintre du « noir et de la lumière », a fêté ses cent ans ce 24 décembre, l’occasion pour le musée du Louvre de célébrer le travail de ce géant, important représentant de la peinture dite informelle, et artiste français le plus côté. L’une de ses toiles s’est en effet envolée à plus de 9 millions d’euros il y a peu.



Une retrospective classique


Né à Rodez en 1919, Pierre Soulages se découvre très jeune une passion pour le dessin. Il entre aux Beaux-Arts de Paris en 1938 mais quitte rapidement l’établissement, jugeant l'enseignement médiocre et conformiste. Il retourne en Aveyron pour se consacrer uniquement à sa peinture, non sans avoir longuement exploré le musée du Louvre. Dès ses débuts, Soulages opte pour une abstraction totale, se concentrant sur une immédiateté remettant en question les données traditionnelles de la peinture. Ce questionnement est appuyé par son choix d’identifier ses toiles non pas par un titre, mais par la technique, les dimensions ainsi que la date de réalisation.

Il choisit presque exclusivement le noir (peinture à l’huile ou brou de noix) en de larges aplats comme principal moyen d’expression. De larges traces alignées ou enchevêtrées, réalisées en un geste bref, fixent l'instant dans une œuvre "monolithique et indivisible", pour reprendre les mots de Dora Vallier, réalisée au pinceau, au couteau. à la brosse et à la spatule.


Après un succès international pérenne tout au long de la seconde moitié du XXe siècle qui l'aura vu exposé aux quatre coins de la planète, Pierre Soulages décide au début des années 2000 de réunir son œuvre dans sa ville d'origine. En 2005, il lègue ainsi un panel de 500 œuvres représentatives des divers courants qu'il a exploré au cours de sa vie. Une cession en 2012 permet d'enrichir la collection du futur musée finalement inauguré le 30 mai 2014 sur le plateau du Foirail à Rodez (voir l’article d’Antoine Bouchet consacré au musée Soulages)


Un parcours chronologique de l’Œuvre de Soulages a été, pour cette courte rétrospective au Louvre, adopté, invoquant des oeuvres de jeunesse, datées des années 1940, mais également de très récentes créations. L’un des panneaux a en effet été réalisé en octobre dernier par le peintre. Dans cette sélection très resserrée, aucune période n’a été négligée. Des premières réalisations au brou de noix, en passant par la création de l’outrenoir, huit décennies de carrière sont explorées. La plus ancienne œuvre exposée, un brou de noix sur papier, est daté de 1946. C’est un très beau prêt du Musée Soulages de Rodez. En utilisant cette matière banale aux tonalités sombres et chaudes, Soulages brosse un ensemble en une forme pouvant « être lue d’un coup ».



Le Louvre et l'art contemporain, la place de Soulages


Nombreux sont les artistes qui, de leur vivant, ont été montrés au Louvre. On pense à Georges Braque et ses oiseaux de l'aile Sully, Cy Twombly et son plafond bleu Giotto de la salle des bronzes, François Morellet et ses vitraux de l'escalier Lefuel ou encore Anselm Kiefer. Ces derniers ont répondu à des commandes. D’autres comme Yan Pei-Ming, Claude Lévêque ou très récemment Kohei Nawa avec son Throne y ont séjourné quelque temps. En revanche, peu d'artistes ont été invités pour leur anniversaire. Pablo Picasso y est fêté en octobre 1971, pour ses 90 ans. Marc Chagall le sera en 1977. On dévoile pour Picasso un accrochage d’une dizaine d’œuvres, parmi lesquelles la Fillette au cerceau de 1919 et l’Arlequin de 1923, côtoyant les chefs-d’oeuvre de la Grande Galerie.


Picasso au Louvre, octobre 1971

Une forme cependant discutable


Si l’hommage à Soulages au Louvre est, à notre sens, justifié, il persiste une certaine frustration. Ce dialogue qu'il y avait eu en 1971 entre les oeuvres de Picasso et les collections du musée semble être ici un chaînon manquant. Certaines réalisations de Soulages avaient pourtant déjà été exposées en relation avec des œuvres d'importance. En 2000 par exemple, sa peinture 300x236 9 juillet 2000, avait été installée dans le Salon Carré aux côtés de la Bataille de San Romano de Paolo Uccello. Présenter l'impressionnante carrière de Soulages, qui reconnaît avoir découvert la beauté au Louvre, sans s’appuyer sur les riches collections du musée peut sembler regrettable. La seule symbolique réside dans le fait d’exposer dans le Salon Carré, se transformant en salle Soulages pour trois mois. Comme nous le rappelions en début d’article, cet espace fut un haut lieu de l’Académie. En effet, s’y tenait le prestigieux Salon.



Le Louvre offre pour trois mois son Salon Carré à Pierre Soulages. Consécration utlime. De par cette retrospective, certes simple, le peintre aveyronnais semble définitivement graver en lettres d’or, si ce n’était déjà fait, son nom dans l’Histoire de l’Art.


Nicolas Bousser


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Soulages au Louvre /

Du 11 décembre 2019 au 9 mars 2020

Salon carré (aile Denon, 1er étage)


Tarifs

Billet unique (collections permanentes et expositions) :

15€ sur place,

17€ en ligne avec accès garanti en 30 minutes.

 
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©2020 Coupe-File Art - ISSN  2647-5871