Le processus créatif de Jean-Jacques Annaud à la Fondation Pathé
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Au sein de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, une nouvelle exposition, dédiée au processus créatif de Jean-Jacques Annaud, se dévoile.

Plus qu’une exposition sur le réalisateur et son impressionnante filmographie marquée par des succès internationaux, l’exposition a été pensée par les commissaires, Pénélope Riboud-Seydoux, Anne Gourdet-Marès et le réalisateur lui-même, comme un aperçu de ce « chantier invisible » que constitue la production d’un film.

Avec une scénographie plutôt présentée en « capsules » qu'en parcours linéaire chronologique, nous découvrons les dessous de films emblématiques de Jean-Jacques Annaud. Parmi tous les objets exposés, des costumes de Deux frères (2004) ou de L’Amant (1992) aux maquettes du monastère du Nom de la rose (1986, qui fut édifié de toutes pièces !), les plus impressionnants sont sans doute ceux liés au tournage de Notre-Dame brûle (2022). Maquettes reconstituant la toiture pour créer les storyboards, extraits de making-of, éléments de décors, plans de tournages, photographies… Tout se veut le plus fidèle à l’expérience réelle qu’ont vécu les témoins des évènements.

D’ailleurs, dès son plus jeune âge, alors armé de son Kodak Six-20 « Brownie » puis de son Kodak Retinette – tous deux également présentés – le futur réalisateur immortalise déjà les églises, châteaux et monuments emblématiques du territoire hexagonal. Exposés au sein de la scénographie, ces photos, comme l’album intime d’un enfant curieux, montrent déjà de sa sensibilité architecturale.
À cette curiosité qui n’a pas faiblie en grandissant, s’accompagne une volonté de ne pas tricher. Le temps long de préproduction de la plupart de ses films, sur plusieurs années, en témoigne. Il cherche LE comédien, et n’hésite pas à parcourir des kilomètres et organiser des castings sur plusieurs continents afin de trouver celui qui correspond à ses attentes. Il faudra un an de négociations pour qu’il accepte de confier le rôle à Sean Connery dans le Nom de la rose, jugeant d’abord l’acteur inadéquat pour Guillaume de Baskerville.

Mais cette quête d’authenticité est la plus marquante pour ces films qui ont pour personnages principaux des animaux : L’Ours (1988), Deux Frères et Le Dernier Loup (2015). Annaud comprend très rapidement qu’un ours, un loup ou un tigre ne peuvent pas jouer : ils vivent la scène et ne la reproduiront pas à l’identique. Pour Deux Frères, le réalisateur utilise donc pour la première fois le numérique. Technique alors assez nouvelle, les caméras disposent d’une meilleure autonomie et permettent ainsi de filmer plus longtemps les animaux sans les déranger pour changer de pellicule.
Enfin, nous ne pouvons conclure sans souligner le point le plus remarquable de cette petite exposition, qui est sans conteste la richesse des éléments présentés au public. Annaud est un archiviste dans l'âme, l'apport de ses collections combiné aux archives de la Fondation Pathé permettent d'illustrer avec brio et précision toutes les étapes de la création d'un film. Pensé à la fois pour les néophytes et pour les spécialistes, les éléments mis en avant sont expliqués sans simplification et permettent de naviguer au sein du processus créatif lui-même. Cette expérience fait regretter que tous les réalisateurs n'aient pas la même assiduité dans la conservation de leurs productions. Elle montre aussi qu'à contrepied des études cinématographiques qui se penchent sur les œuvres finales d'un réalisateur pour en trouver la « patte » ou le style, l'étude de la conception des films est tout aussi riche en enseignements. Au sein d’une filmographie aussi diverse que celle de Jean-Jacques Annaud, ce « chantier invisible » est bien un point d’ancrage et sans doute ce qui permet de comprendre au mieux sa démarche artistique.
« Le Chantier invisible. Dans les coulisses des films de Jean-Jacques Annaud »
Du 20/03/26 au 31/10/26, à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé (73, avenue des Gobelins 75013 Paris)










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