Le Palais Galliera célèbre les mains qui créent la mode
- Margot Lecocq
- il y a 2 jours
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Par Margot Lecocq
« Tisser, broder, sublimer. » Trois verbes qui, à eux seuls, résument l’alchimie secrète de la mode. Trois gestes qui, sous les doigts des artisans, couturiers et couturières, transforment le fil en œuvre d’art et le tissu en histoire depuis des siècles. C’est sous ce titre évocateur que le Palais Galliera dévoile, depuis le 13 décembre dernier, sa nouvelle exposition — première d’un cycle dédié aux techniques qui font la magie de ses collections.

Ne vous attendez pas à une simple vitrine de pièces somptueuses, aussi époustouflantes soient-elles. « Tisser, broder, sublimer » est une plongée dans l’atelier de la mode, où la broderie se déploie en arabesques, où le tissage se fait architecture, et où la dentelle, fragile et tenace, défie le temps. L’exposition met en lumière des savoir-faire techniques souvent méconnus — du tissage jacquard aux fleurs artificielles en passant par l’impression numérique — en les déclinant autour d’une thématique intemporelle : la fleur.

Chaque pièce exposée est une leçon de patience et de virtuosité. Elle raconte la précision exigeante de ces savoir-faire, la dextérité des mains qui les perpétuent, et cette forme d’excellence où le geste artisanal se mêle à l’audace créative. À l’heure où ces techniques séduisent un public toujours plus large à travers des pratiques ludiques et contemporaines, l’exposition du Palais Galliera rappelle que la mode est un héritage vivant, un dialogue constant entre tradition et innovation.

Du XVIIIe siècle — où les robes, les jupons et les gilets brodés témoignaient déjà du talent de ces artisans de l'ombre — jusqu’aux créations contemporaines de Demna Gvasalia pour Balenciaga ou de Maria Grazia Chiuri pour Dior, l’exposition déploie un récit technique et visuel aussi limpide qu’envoûtant. Les pièces emblématiques de Christian Dior, de Gabrielle Chanel, ou encore d’Yves Saint Laurent côtoient vêtements anciens et réalisations de jeunes créateurs, comme celles d’Aurélia Leblanc ou de Baqué Molinié, qui réinventent aujourd’hui ces techniques avec une approche résolument moderne.

La scénographie, sobre et ingénieuse, sert ce propos avec élégance : un éclairage tamisé pour préserver les étoffes, mais des vitrines entièrement vitrées qui invitent à scruter chaque détail — un point de broderie, une paillette ou une perle délicatement cousue, une fleur artificielle en soie, ou les ombrages délicats d’une dentelle de Chantilly.
Rien n’est laissé au hasard. Cartels, loupes, échantillons à toucher et courts-métrages composent un dispositif de médiation conçu pour rendre accessible ce qui, d’ordinaire, reste invisible.
Au cœur de cette démarche ? L’histoire des techniques : non pas une simple démonstration, mais une plongée dans les raisons qui ont guidé leur évolution. L’exposition met en lumière le savoir-faire artisanal et l'humain — le geste précis, le récit des ateliers, la complexité des processus — pour raconter comment naissent ces pièces d’exception.
Elle ne se contente pas de montrer ; elle démontre, explique, et célèbre ces gestes qui ont façonné l’histoire de la mode depuis des siècles.

Le pari est audacieux et parfaitement réussi : « Tisser, broder, sublimer » ne se visite pas, elle se vit. On en ressort avec l’impression d’avoir pénétré les coulisses d’un monde où chaque fil compte, où chaque geste est un héritage. Une exposition qui, tout en faisant rêver, offre les clés pour comprendre ce qui se cache derrière la beauté — et c’est peut-être là sa plus grande force. Unique regret, le catalogue : certes proposé à un prix abordable, mais dont le petit format laisse le visiteur sur sa faim, tant l'évènement donne envie de prolonger l’expérience. À cette réserve près, c’est un sans-faute.

« Tisser, broder, sublimer. Les savoir-faire de la mode »
Du 13.12.2025 au 18.10.2026
Palais Galliera
Tarif : de 12 à 14 € environ
Commissariat général :
Émilie Hammen, directrice du Palais Galliera
Commissariat scientifique :
Marie-Laure Gutton, responsable des collections accessoires
Samy Jelil, assistant de conservation
Scénographie : Sandra Courtine & CIEL architectes



