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Rosso et Primatice. Renaissance à Fontainebleau

  • il y a 4 heures
  • 3 min de lecture

Par Nicolas Bousser

Publication croisée avec Trois Crayons


Fontainebleau : voilà un sujet qui continue de donner du grain à moudre aux historiens de l’art. Depuis l’exposition « L’École de Fontainebleau » donnée au Grand-Palais du 17 octobre 1972 au 15 janvier 1973, les présentations, acquisitions et découvertes se sont succédées jusqu’à la dernière exposition en date consacrée aux premières années du chantier, « Rosso et Primatice. Renaissance à Fontainebleau » ouverte au Cabinet des dessins Jean Bonna de

l’Ecole des Beaux-Arts de Paris du 21 octobre 2025 au 1er février 2026. Les commissaires de cette présentation d’intérêt, Hélène Gasnault et Giulia Longo, ont pioché dans le fonds - très importants pour les productions bellifontaines -, de dessins et gravures de l’institution. Même, devant la taille de cet ensemble, elles ont choisi de circonscrire la présentation aux années 1530-1560 pour les dessins et 1542-1547 pour les gravures. Le tout s’est accompagné d’un catalogue au format « Carnet d’étude » du Cabinet Jean Bonna, au-dessus duquel planent des figures tutélaires des études bellifontaines, comme bien sûr Dominique Cordellier et Sylvie Béguin.


Rosso Fiorentino, Pandore libérant les fléaux de sa boîte. Plume, encre brune et lavis brun, tracé préparatoire à la pointe de plomb sur papier, 24,2 x 39,3 cm
Rosso Fiorentino, Pandore libérant les fléaux de sa boîte. Plume, encre brune et lavis brun, tracé préparatoire à la pointe de plomb sur papier, 24,2 x 39,3 cm

L’exposition s’est naturellement intéressée à plusieurs lieux clefs, dont la localisation était rappelée par un vaste plan du château collé sur cimaise. Cela a notamment donné lieu à un long et renouvelé développement autour de la figure de Rosso Fiorentino et de son intervention dans la galerie François Ier jusqu’à son suicide en 1540. L’exposition s’ouvrait ainsi sur l’une des plus belles feuilles conservées du maître, Pandore libérant les fléaux de sa boîte, témoignage d’un projet abandonné ou d’un décor perdu… La Porte Dorée et ses fresques du Primatice sont également passées au crible, tout comme la chambre aujourd’hui très remaniée de la duchesse d’Étampes et bien sûr la salle de bal. Mais les commissaires ont aussi mis l’accent sur des décors disparus qui questionnent encore largement la communauté scientifique. Il y’a d’abord l’appartement des bains décoré entre 1540 et 1550, qui se trouvait sous la galerie François 1er, et bien sûr la galerie d’Ulysse détruite en 1739. La voûte du Primatice dans cette galerie de près de 155 mètres de long sur 6 mètres de large fut longtemps célébrée : cela reste aujourd’hui encore une perte immense. Fut également évoqué, par un dessin de l’entourage de Primatice, le Pavillon de Pomone, petite structure en plein air elle aussi aujourd’hui détruite.


La deuxième moitié de la présentation s’est intéressée aux graveurs actifs sur le chantier au milieu du XVIe siècle (les Beaux-Arts de Paris en conservent l’un des plus importants ensembles au monde). Le catalogue les rassemble sous la forme d’une suite de biographies. Il y a d’abord évidemment les plus prolifiques, le bien connu Léon Davent et son mystérieux Jardin de Pomone d’après Primatice, et Antonio Fantuzzi, tous deux très actifs sur site au début des années 1540. Viennent ensuite bien sûr Domenico Fiorentino, Juste de Juste, Jean Mignon, le Maître encore non identifié I♀V, ou encore le Maître N.D., le seul à avoir pratiqué sur place la gravure sur bois en chiaroscuro. L’exposition n’a pas oublié d’évoquer les sources, contemporaines et antiques, des maîtres actifs à Fontainebleau et leur fortune critique dans les années suivantes en opérant notamment une ouverture autour du chantier d’Anet et de la figure de Charles Carmoy. À noter que certains inédits se sont exposés sur les cimaises, à l’image d’un dessin de l’entourage de Primatice s’inspirant de l’un des bas-reliefs de la colonne Trajane, offert en 2025 par Monroe Warshaw en l’honneur de Dominique Cordellier.


Entourage du Primatice, Scène de bataille antique inspirée de la colonne Trajane. Plume, encre brune, lavis brun, 29,6 x 43,3 cm. Offert en 2025 par Monroe Warshaw en l’honneur de Dominique Cordellier
Entourage du Primatice, Scène de bataille antique inspirée de la colonne Trajane. Plume, encre brune, lavis brun, 29,6 x 43,3 cm. Offert en 2025 par Monroe Warshaw en l’honneur de Dominique Cordellier

La récente sortie aux éditions Arthena de la thèse de Vladimir Nestorov, « Peindre à Paris à l’aube du Grand Siècle (1590-1620) », permet de prolonger le propos de l’exposition en se penchant sur des phases plus tardives du chantier de Fontainebleau, en s’intéressant notamment à l’équipe du chantier du Pavillon des Poêles dans les années 1590 autour de Ruggiero de Ruggieri, Toussaint Dubreuil et plus tard Ambroise Dubois. La « Seconde Ecole de Fontainebleau » (terme aujourd’hui désuet) mérite en effet elle-aussi une belle mise en lumière.

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