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Dans le sillage du MaƮtre de Commarin et Giovanni Capassini chez Christie's

  • 4 juin
  • 3 min de lecture

DerniĆØre mise Ć  jour : 12 juin


Deux œuvres d’importance pour la peinture en France au XVIe siĆØcle s’apprĆŖtent Ć  passer sous le feu des enchĆØres chez Christie's Ć  Paris, le 11 juin prochain.


©NB
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Il y a d’abord un rarissime CarmĆ©lite agenouillĆ© rapprochable du MaĆ®tre de Commarin (Jean I DorrainĀ ?), jadis intĆ©grĆ© dans un plus large ensemble et prĆ©sentĆ© sur une estimation de 30Ā 000 - 50Ā 000 euros. La peinture en Bourgogne autour de 1510-1530 connaĆ®t donc un beau dĆ©but d’étĆ© puisque qu’un triptyque bien identifiĆ© de GrĆ©goire GuĆ©rard doit Ć©galement ĆŖtre vendu chez Sotheby’s (voir notre article). Ce panneau liĆ© au MaĆ®tre de Commarin est lui-mĆŖme connu et rĆ©fĆ©rencĆ© sur la base AGORHA. Bien qu’accusant une couche picturale par endroit assez altĆ©rĆ©e et des repeints, le visage du religieux laisse entrevoir, Ć  notre sens, la maniĆØre de l’artiste auteur du retable commandĆ© en 1526 par Girard de Vienne et dont les panneaux sont aujourd’hui prĆ©sentĆ©s dans le grand salon du chĆ¢teau de Commarin.


En comparaison avec l'un des panneaux du château de Commarin. Maître de Commarin (Jean I Dorrain ?), Bénigne de Dinteville présenté par saint Bénigne et accompagnée de ses cinq filles, 1526. Commarin, château. ©NB


AchetĆ©e en 1999 par l’Ambassadeur J. William Middendorf II, cette effigie d’un carmĆ©lite s’insĆ©rait de maniĆØre quasi certaine dans un Massacre des Innocents duquel elle a sans doute Ć©tĆ© dĆ©coupĆ©e. Cela est dĆ©celable sur la partie droite du panneau où quelques traces semblant coĆÆncider avec la composition originelle sont visibles (voir la fiche AGORHA). ƀ noter que lĆ  où le visage du religieux semble bien proche du MaĆ®tre de Commarin, cela est moins Ć©vident pour le reste de ladite composition - d'aprĆØs l'image en noir et blanc dont nous disposons.

Il est quoiqu'il en soit rare de voir passer sur le marchĆ© une œuvre liĆ©e Ć  ce peintre rapprochĆ© de Jean I Dorrain qui, documentĆ© de 1505 Ć  1531, travailla essentiellement Ć  Dijon. Plusieurs de ses productions sont encore observables sur place, au musĆ©e des Beaux-Arts ou encore au musĆ©e d’Art SacrĆ© (panneaux du retable d’Esbarres). D’autres le sont dans le reste de la Bourgogne, au chĆ¢teau de Commarin comme nous l’évoquions, mais aussi dans l’église de Flavigny-sur-Ozerain (voir notre article). Ā 


Vient ensuite, dans la mĆŖme vente, un Portrait d’homme peint par Giovanni Capassini (vers 1510-1578/1579), artiste qui connaĆ®t ces derniers mois un retour sur le devant de la scĆØne. En effet, une premiĆØre monographie - dont nous recommandons la nĆ©cessaire lecture - vient de lui ĆŖtre consacrĆ©e par Camille Larraz et RafaĆ«l Villa (Septembre 2025, SilvanaEditoriale) et un portrait du cardinal de Tournon, son protecteur, a rejoint il y a tout juste un an les collections du musĆ©e CondĆ© de Chantilly.


©Christie's
©Christie's

D’origine italienne, Capassini se forme autour d’Andrea del Sarto (1486-1530) et devient l’ami de Francesco Salviati (1510-1563). Parti peut-ĆŖtre dĆØs les annĆ©es 1530 s’installer en France, il entre durant la dĆ©cennie suivante au service du cardinal FranƧois de Tournon (1489-1562), auprĆØs duquel il connaĆ®t, installĆ© dans la vallĆ©e du RhĆ“ne, une prolifique carriĆØre et forme plusieurs autres peintres (Ć  l’image du pour l’heure encore mĆ©connu Ɖtienne de Martellange) jusqu’à son dĆ©cĆØs sans doute au dĆ©but de l'annĆ©e 1579. Plusieurs œuvres majeures sont encore observables notamment Ć  Tournon, Ć  l’image du Triptyque de la RĆ©surrection (1555) et son impressionnant panneau central.Ā 

Ce portrait d’homme, dont l’attribution est assez claire, trahit sans mal la maniĆØre du maĆ®tre italien, des yeux lĆ©gĆØrement globuleux du modĆØle encore inconnu au traitement de sa barbe et de sa main. Autre Ć©lĆ©ment d'intĆ©rĆŖt : ce panneau est rĆ©apparu Ć  Lyon. Une œuvre restĆ©e sur place depuis sa rĆ©alisation au XVIe siĆØcleĀ ?

Ā 

Giovanni Capassini (vers 1510-1578-1579), Triptyque de la Résurrection, 1555. Tournon, Château-musée.       ©Coupe-File Art
Giovanni Capassini (vers 1510-1578-1579), Triptyque de la Résurrection, 1555. Tournon, Château-musée. ©Coupe-File Art

En dĆ©finitive, ce portrait trouverait sans mal sa place dans un musĆ©e. Nul doute que son aspect attrayant et son bon Ć©tat de conservation contribueront Ć  faire monter les enchĆØres au-delĆ  de son estimation initiale. Quant au panneau rapprochĆ© du MaĆ®tre de Commarin, il mĆ©riterait deĀ rejoindre les collections dijonnaises mais les nombreuses altĆ©rations - picturales et structurelles - qu’il a connues constitueront malheureusement certainement un frein de premier ordre (l'estimation reste cependant assez faible).

Mise à jour, 11 juin 2026 : Le panneau du Maître de Commarin rejoint les collections dijonnaises. Les musées de Dijon ont en effet pu l'acquérir en "after sale" pour la somme très raisonnable de 22 000 euros. C'est une excellente nouvelle.

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