Dans le sillage du Maître de Commarin et Giovanni Capassini chez Christie's
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Par Nicolas Bousser
Deux œuvres d’importance pour la peinture en France au XVIe siècle s’apprêtent à passer sous le feu des enchères chez Christies à Paris, le 11 juin prochain.

Il y a d’abord un rarissime Carmélite agenouillé rapprochable du Maître de Commarin (Jean I Dorrain ?), jadis intégré dans un plus large ensemble et présenté sur une estimation de 30 000 - 50 000 euros. La peinture en Bourgogne autour de 1510-1530 connaît donc un beau début d’été puisque qu’un triptyque bien identifié de Grégoire Guérard doit également être vendu chez Sotheby’s (voir notre article). Ce panneau lié au Maître de Commarin est lui-même connu et référencé sur la base AGORHA. Bien qu’accusant une couche picturale par endroit assez altérée et des repeints, le visage du religieux laisse entrevoir, à notre sens, la main de l’artiste auteur du retable commandé en 1526 par Girard de Vienne et dont les panneaux sont aujourd’hui présentés dans le grand salon du château de Commarin.
En comparaison avec l'un des panneaux du château de Commarin. Maître de Commarin (Jean I Dorrain ?), Bénigne de Dinteville présenté par saint Bénigne et accompagnée de ses cinq filles, 1526. Commarin, château. ©NB
Achetée en 1999 par l’Ambassadeur J. William Middendorf II, cette effigie d’un carmélite s’insérait de manière quasi certaine dans un Massacre des Innocents duquel elle a sans doute été découpée. Cela est décelable sur la partie droite du panneau où quelques traces semblant coïncider avec la composition originelle sont visibles (voir la fiche AGORHA). À noter que là où le visage du religieux est pour nous stylistiquement proche des panneaux de Commarin, le reste de ladite composition - d'après l'image en noir et blanc dont nous disposons - semble s'en éloigner.
Il est quoiqu'il en soit rare de voir passer sur le marché une œuvre liée au Maître de Commarin, rapproché de Jean I Dorrain qui, documenté de 1505 à 1531, travailla essentiellement à Dijon. Plusieurs de ses productions sont encore observables sur place, au musée des Beaux-Arts ou encore au musée d’Art Sacré (panneaux du retable d’Esbarres). D’autres le sont dans le reste de la Bourgogne, au château de Commarin comme nous l’évoquions, mais aussi dans l’église de Flavigny-sur-Ozerain (voir notre article).
Vient ensuite, dans la même vente, un Portrait d’homme peint par Giovanni Capassini (vers 1510-1578/1579), artiste qui connaît ces derniers mois un retour sur le devant de la scène. En effet, une première monographie - dont nous recommandons la nécessaire lecture - vient de lui être consacrée par Camille Larraz et Rafaël Villa (Septembre 2025, SilvanaEditoriale) et un portrait du cardinal de Tournon, son protecteur, a rejoint il y a tout juste un an les collections du musée Condé de Chantilly.

D’origine italienne, Capassini se forme autour d’Andrea del Sarto (1486-1530) et devient l’ami de Francesco Salviati (1510-1563). Parti peut-être dès les années 1530 s’installer en France, il entre durant la décennie suivante au service du cardinal François de Tournon (1489-1562), auprès duquel il connaît, installé dans la vallée du Rhône, une prolifique carrière et forme plusieurs autres peintres (à l’image du pour l’heure encore méconnu Étienne de Martellange) jusqu’à son décès sans doute au début de l'année 1579. Plusieurs œuvres majeures sont encore observables notamment à Tournon, à l’image du Triptyque de la Résurrection (1555) et son impressionnant panneau central.
Ce portrait d’homme, dont l’attribution est assez claire, trahit sans mal la manière du maître italien, des yeux légèrement globuleux du modèle encore inconnu au traitement de sa barbe et de sa main. Autre élément d'intérêt : ce panneau est réapparu à Lyon. Une œuvre restée sur place depuis sa réalisation au XVIe siècle ?

En définitive, ce portrait trouverait sans mal sa place dans un musée. Nul doute que son aspect attrayant et son bon état de conservation contribueront à faire monter les enchères au-delà de son estimation initiale. Quant au panneau rapproché du Maître de Commarin, il mériterait de rejoindre les collections dijonnaises mais les nombreuses altérations - picturales et structurelles - qu’il a connues constitueront malheureusement certainement un frein de premier ordre (l'estimation reste cependant assez faible).







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