Un triptyque de Grégoire Guérard et atelier chez Sotheby's
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Par Nicolas Bousser
Tout comme la sainte Catherine vendue chez Rossini en 2020 et préemptée par le musée des Beaux-Arts de Dijon, ce triptyque de Grégoire Guérard (vraisemblablement avec intervention de l’atelier) est connu, bien référencé dans la monographie de Frédéric Elsig, et possède un bel historique.

Jadis localisée dans la collection d'Alberto J. Pani, l’œuvre, estimée 120 000-180 000 euros au catalogue dans la vente Sotheby’s du 9 juin prochain, a connu un long itinéraire aux États-Unis, ayant même un temps été déposée au Kimbell Art Museum de Fort Worth sous l'étiquette « Sigismund Holbein ». Vendue en juin 1983 (déjà chez Sotheby’s) et acquise à cette date par son actuel propriétaire, elle est à la fin des années 80 rapprochée par Michel Laclotte du corpus embryonnaire des œuvres de Guérard (qui n'est identifié que dans les années 2010) et figure dès 1990 dans le catalogue de l'exposition de référence « La peinture en Bourgogne au XVIe siècle » conçue sous la houlette de Marguerite Guillaume (pp.23-24).
Réalisé en 1524, le triptyque met en scène, sur ses volets latéraux, sainte Barbe et saint Christophe. Se dévoilent ensuite, au cœur du panneau central, la Vierge et l’Enfant, saint Jean-Baptiste et un donateur sur un fond de paysage assez complexe et détaillé. Les revers en grisaille donnent quant à eux à voir saint André et saint Pierre. Le tout dans une mise en page assez classique dans les productions « guérariennes », mêlant bien souvent influences germaniques et transalpines. La Vierge déploie ainsi un modèle italianisant marqué, également observable dans un panneau conservé en l'église de Gondrecourt-le-Château. Dans sa monographie, Frédéric Elsig se pose la question de la destination initiale de ce triptyque, peut-être peint pour l’église Saint-André de Tournus.

Rappelons, comme nous l’avions fait en 2020 lors de la vente de la sainte Catherine, le caractère rare du passage des œuvres de Guérard sur le marché. Ce triptyque aurait, lui-aussi, toute sa place au musée des Beaux-Arts de Dijon ou, mieux encore, à l’Hôtel-Dieu-Musée Greuze de Tournus. Son observation nous rappelle également la nécessité d'une étude plus poussée des œuvres du maître par le prisme de l'atelier, le corpus restant par endroit encore bien hétérogène en terme de qualité (et ce au-delà de la question des repeints plus tardifs).
Voir la notice de Frédéric Elsig se rapportant à ce triptyque dans sa monographie consacrée à Grégoire Guérard (I.21, pp 130-131. 2017, SilvanaEditoriale)
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