• Alexis Consigny

Le rêve, Marc Chagall

Mis à jour : 1 nov. 2018


Arrivé en France en 1910, Marc Chagall ne met pas longtemps à se lier d'amitié avec de nombreux artistes : Blaise Cendrars, Robert Delaunay, Guillaume Apollinaire et Ricciotto Canudo. Il retourne néanmoins à Vitebsk en 1914 pour retrouver Bella, sa fiancée. Ce n'est qu'en 1922 que le peintre regagne le sol français, où il peint Le Rêve en 1927. Profondément marqué par sa jeunesse russe, Marc Chagall se plaît à évoquer son pays natal, où il fréquentait l'atelier des peintres Louri Pen et Léon Bakst, et plus particulièrement Vitebsk, qui cristallise dans son imaginaire l'insouciance de l'enfance.


Marc Chagall, Le Rêve, 1927

Ce tableau, conservé au Musée d'Arts moderne de la ville de Paris, fut réalisé à l'occasion d'une série de gouaches commandée par Ambroise Vollard sur le thème "Le cirque", à destination d'un livre qui ne voit au final jamais le jour. Là, une femme aux seins nus est renversée sur le dos d'un animal qui ressemble à un hybride entre un lapin et un âne. Elle contemple un paysage de prairie qui se trouve au dessus d'eux, à la place du ciel qui, lui, se retrouve en bas. L’œuvre frappe tout d'abord par les libertés que prend Marc Chagall vis-à-vis des couleurs : elles sont vivantes. Loin du remplissage, celles-ci apposent rythmes et mouvements. Dans le Rêve, elles soulignent l'inversion de la terre et du ciel grâce à un cercle de bleu plus foncé autour du lapin-âne. C'est au contact du cubisme, à son arrivée en France, que l'artiste développe cette approche particulière, qui consiste à ne pas se cantonner aux contours des sujets au moment de la mise en couleur.


Bella Rosenfeld, écrivaine, modèle et femme de Marc Chagall

Cette scène ne va pas sans rappeler l'épisode mythologique de l'enlèvement d'Europe par Zeus, métamorphosé en taureau pour l'occasion. La portée érotique du tableau vient sans doute également de la ressemblance entre le sujet féminin et Bella Rosenfeld, la femme de l'artiste, qui posa pour quelques-unes de ses œuvres. De plus, le titre du tableau entraîne une autre comparaison. Johann Heinrich Füssli peint Le cauchemar en 1781. De par sa posture, la femme du tableau de Füssli évoque celle de celui de Chagall. Le monde onirique se développe ainsi en tourbillonnant sous le regard du spectateur.



Johann Heinrich Füssli, Le Cauchemar, 1781



Il s'agit du seul tableau de Marc Chagall exposé au Musée d'Art moderne de la ville de Paris, lequel consacre une rétrospective à l'artiste dès 1947. Cet envoutant appel au rêve est donné au musée en 1936 avec la donation Emmanuel Sarmiento.



 
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©2020 Coupe-File Art - ISSN  2647-5871