Une tabatière miniaturée signée Blerzy et Isabey aux enchères

Par Aurélien Delahaie


Les tabatières font décidément parler d’elles dans l’actualité du marché de l'art. Alors que le musée du Louvre a annoncé cette semaine ouvrir une souscription publique pour acquérir l’une de ces boîtes orfévrées ayant appartenue au duc de Choiseul (voir notre article à paraître par Antoine Lavastre), la maison de vente Auction Art - Rémy le Fur et Associés présente une remarquable tabatière du début du XIXe siècle, signée Etienne-Lucien Blerzy (av. 1750 – apr. 1806) et Jean-Baptiste Isabey (1767-1855).


Photographies : © Aurélien Delahaie


L’objet, qui côtoiera La Vénus et l’Amour voleur de miel de Lucas Cranach et une Vierge à l’Enfant exécutée par Michel Colombe (voir notre article par Nicolas Bousser), lors de sa vente le 2 décembre prochain à l’Hôtel Drouot, ne manquera pas d’attirer l’œil des amateurs – ou peut-être des musées ? – par la finesse de sa facture. La miniature de forme ovale, à l’image de sa monture, présente un portrait de Napoléon Ier, empereur des Français, en uniforme de colonel des Grenadiers à pied de la Garde, notamment reconnaissable par ses couleurs bleues et blanches. Un habit militaire également bien connu par le portrait de l’Empereur dans son cabinet de travail réalisé en 1812 par Jacques-Louis David. La monture, finement travaillée, est confectionnée en or ciselé de cercles, le tout bordé sur le couvercle, le dos et les côtés de rinceaux végétaux antiquisants dorés sur fond d’émail bleuté. Un travail dû, comme nous l’avons dit, à l’orfèvre Blerzy pour le compte de la maison Marguerite, alors l’un des fournisseurs officiels de la cour impériale. L'inscription « Marguerite Joaillier de la Couronne & de Leurs Majestés Impériales » figurant sur le rebord intérieur de la tabatière vient conforter cette identification, en plus du poinçon du fabriquant.


© Aurélien Delahaie


La popularité de ces boîtes orfévrées n’est pas un fait nouveau sous le Premier Empire. Elle correspond à une mode artistique très répandue depuis le XVIIIe siècle. Dès l’Ancien Régime, ces petits objets sont en effet des présents échangés à la cour et au sein des familles aristocratiques sur lesquels figurent des scènes galantes ou les portraits des êtres chers. De nombreux exemples, souvent très luxueux, sont d’ailleurs connus et exposés dans les salles du département des objets d’art du musée du Louvre. C’est cependant avec Napoléon, d’abord consul puis empereur, que la tabatière orfévrée devient un véritable cadeau diplomatique. Après son sacre le 2 décembre 1804, celui-ci les fait réaliser en grand nombre en y incorporant son portrait à destination des corps diplomatiques et des souverains étrangers. Il confie l’exécution de ces miniatures à Isabey, celui qui dessina l’ensemble des habits et des décors du sacre en tant que peintre-dessinateur du cabinet de l’Empereur. Face à l’importance des commandes, l’artiste fait réaliser l’uniforme (le souverain rechignant à se faire représenter en costume de sacre) et le fond par son atelier tandis qu’il peint généralement lui-même le visage. Chacune de ces miniatures est facturée 500 puis 600 francs après 1808, à la maison impériale.


Ci-dessus : Marie-Etienne Nitot (actif entre 1750 et 1809), orfèvre, Jean-Baptiste Isabey (1767-1855), miniaturiste, Tabatière, vers 1810, argent, émail et aquarelle sur ivoire, musée Cognacq-Jay, Paris-musées collection


Si de nombreux exemples de tabatières figurant dans les collections de grands musées peuvent être évoqués, citons deux œuvres se rapportant plus directement à l’exemplaire présenté par la maison de vente parisienne. Remarquons ainsi une miniature conservée sans monture au Museum of Fine Arts de Houston (Texas) montrant également le portrait de Napoléon et très proche dans sa composition de celui qui nous intéresse. En second lieu, permettons-nous d’émettre l’hypothèse que cette tabatière ait pu être commandée en paire puisqu’un autre exemplaire signé Blerzy et Isabey, très similaire, passé en vente chez Fraysse & Associés le 11 mai dernier nous est signalé dans un article de la Gazette Drouot (19/05). Si le portrait, extrêmement semblable, comporte toutefois quelques différences, c’est également la boîte elle-même qui attire notre attention avec un décor identique, décliné par une variante des motifs végétaux et ciselés. Vendue au printemps pour 107 950 €, elle peut nous faire penser que sa sœur jumelle ne se contentera pas pour cet hiver de son estimation prévue à 40 000 – 60 000 €…


Ci-dessus : Jean-Baptiste Isabey (1767-1855), Portrait de Napoléon Ier, 1804, aquarelle sur ivoire, Museum of Fine Arts, Houston