• Nicolas Bousser

À Autun, qui pour acheter l’hôtel de Clugny ?


« Ensemble immobilier d'origine ancienne (14ème/18ème siècles) en centre-ville pour un amoureux du patrimoine historique » Tels sont les premiers mots d’une annonce immobilière publiée fin janvier par la mairie d’Autun. L’hôtel de Clugny, dominé par la tour Marchaux, est à vendre. Inhabité et dans un état préoccupant depuis plusieurs années, la mairie recherche un acquéreur passionné de patrimoine et qui aura à coeur de redonner à l’édifice ses fastes d’antan, sous le contrôle de l’architecte des bâtiments de France. Le prix est attractif : 70 400 €. Les travaux de rénovation seront quant eux beaucoup plus importants.


Hôtel de Clugny, tour Marchaux / ©NB

La ville d’Autun présente deux importants vestiges de la présence des Clugny, illustre famille quelque peu éclipsée au fil des siècles par la renommée des Rolin, sur ses terres : la chapelle dorée dans la cathédrale St Lazare, pour laquelle Ferry de Clugny commande vers 1470 une Annonciation au peintre flamand Hans Memling (aujourd'hui chef-d'œuvre du Metropolitan Museum de New-York) ainsi qu'un ensemble de peintures murales encore partiellement visibles, et l’hôtel de Clugny, dans la ville basse.


La tour Marchaux et l'hôtel de Clugny au début du XXe siècle

Installés dans cette partie de la ville, à quelques pas de la porte d’Arroux, au moins depuis les années 1360, les Clugny réorganisent leur hôtel particulier au XVe siècle. Sort alors de terre la Tour Marchaux, inscrite au titre des monuments historiques depuis 1927 et aujourd’hui encore véritable phare pour tout un quartier. Elle constitue aujourd'hui le principal vestige du XVe siècle, bien que sa charpente octogonale et son horloge datent du XVIIIe siècle.

L’hôtel devient une caserne et subit d’importantes transformations au XIXe siècle. Des appartements sont créés dans le grand corps de logis, occupés tout au long du XXe siècle. Nous savons par exemple que les familles Edian et Verdouville y résident en 1959.



Noyé dans le tissu urbain, l’hôtel n’est aujourd’hui que peu visible, dissimulé derrière un grand portail et de hauts murs. Seule la tour Marchaux est visible au loin. Mais en faisant le tour de l’enceinte, on ne peine pas à prendre conscience de la situation, assez alarmante. Des étais soutiennent les fenêtres, la toiture du corps de logis est bâchée, des planches de bois occultent certaines ouvertures et de la végétation infiltre l’ensemble : l’édifice est en péril.



L’idée de vendre le complexe à un privé ne fait pas l’unanimité, notamment chez les habitants du quartier qui regrettent que la mairie se sépare de son patrimoine, et a de quoi effrayer. Cependant, l’annonce stipule que « l'ensemble nécessitera une restauration complète et l'intervention de l'architecte des bâtiments de France », s’adressant spécifiquement aux « amoureux du patrimoine ». Le maire d'Autun, Vincent Chauvet, rappelle également dans un article de France 3 Bourgogne qu’un certain nombre de monuments historiques autunois appartiennent à des privés qui ont tous à cœur d’entretenir ce patrimoine. Nous pouvons citer la Tour de la Bondue et la Tour des Ursulines, rachetée en 1997 par le maître fresquiste japonais Hisao Takahashi et transformée en centre culturel franco-japonais (voir notre article) : un bel exemple de sauvegarde et de redynamisation réussies.


En somme, le bâtiment ne sera pas vendu à n’importe qui. À l’image des élèves-architectes de l’Ecole de Chaillot qui, dans le cadre de travaux d’études menés en 2016, avaient proposé de créer dans l’hôtel de Clugny un centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (voir l’article du Moniteur à ce sujet), le futur propriétaire devra présenter à la mairie, nous l’espérons, un solide projet pour le bâtiment. Celle-ci se donne trois ans pour trouver acquéreur.

Et si personne ne se manifeste ou qu'aucun dossier ne parvient à convaincre ? Vincent Chauvet précise d'ores et déjà que, dans ce cas de figure, la mairie investira la somme nécessaire aux travaux. Affaire à suivre.


Nicolas Bousser


- Les photographies de cet article ont été prises par et appartiennent à l'auteur -