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Lumière sur "Louis XV, passions d'un roi"


En 1722, le roi rentre à Versailles. Il est beau, il est jeune, il s'appelle Louis XV, dit le « Bien-Aimé ». Mais quelle image conservons-nous de celui qui un jour gouverna la France ? À l’occasion du tricentenaire de son sacre, le château de Versailles invite ses visiteurs à redécouvrir Louis XV, ses passions et son temps à travers une magnifique exposition, installée dans les salles d'Afrique et de Crimée jusqu'au 19 février 2023.


Louis XV, Hyacinthe Rigaud, 1729, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Détail.

L’ombre de l’exposition-monument

Concevoir une exposition sur Louis XV aujourd’hui ne peut se faire sans se positionner par rapport aux expériences du passé. Or il se trouve que le musée de la Monnaie et ses conservateurs s’étaient déjà prêtés à l’exercice en 1974. Le résultat : une exposition magistrale, qui en son temps avait fait dire à son instigateur, le président Giscard d’Estaing, que l’époque Louis XV marquait « un moment de perfection de l’art français ». Mais alors, que dire de plus ?

Les deux commissaires de la nouvelle exposition, Yves Carlier et Hélène Delalex, n’entendent pas réitérer l’approche très exhaustive adoptée il y a cinquante ans. Pas plus ne veulent-ils réitérer le côté cocardier, aujourd'hui quelque peu suranné, qui parfois transparaissait. Privilégiant une entrée dans l'histoire par la petite porte, par le biais de l'histoire du goût et des sensibilités, l'exposition versaillaise aspire à donner du relief au portrait de Louis XV, souvent simplifié en une série d'idées reçues. Pour donner les clés d'une nouvelle compréhension du personnage, trois axes ont été privilégiés : l'homme privé, les passions d'un roi, Louis XV et les arts de son temps. Ce découpage limpide accompagne le parcours sans l'alourdir, aiguillant le visiteur dans une déambulation également soutenue par un propos à la fois concis et passionnant.


Clarté, nuance et éloquence

Le pari de l'exposition est réussi : tout en subtilité, elle revient sur le début de vie difficile du jeune Louis XV dont l'enfance est entachée par la mort de Louis XIV et des principaux successeurs au trône entre 1710 et 1715 ainsi que sur les enjeux qui dès le plus jeune âge pèsent sur ses royales épaules.

Vue de l'accrochage, placé à hauteur de regard, évoquant la famille royale à travers une série de portraits plutôt surprenants (à droite: la très jeune Madame Élizabeth, portraiturée par Joseph Ducreux).

On s'attarde avec beaucoup de pédagogie et sans lourdeur sur la famille et l'entourage d'un roi pour qui l’amitié est une valeur reine. Ce propos est soutenu par de nombreux portraits, peints ou sculptés, souvent moins connus que ceux auxquels les manuels scolaires nous ont habitués.

Il est intéressant de noter comment l’exposition parvient à nuancer avec une grande élégance des lieux communs sur le roi, comme les relations qu'il entretient avec ses favorites, en particulier Mesdames de Pompadour et Du Barry. On évoque aussi la profonde religiosité d’un roi tiraillé entre piété et plaisir.

La mention de ces figures est aussi l'occasion de revenir sur le rôle primordial joué par ces femmes dans la vie artistique du temps, en tant que collectionneuses, mécènes et modèles. Si la relation de Louis XV avec les arts est moins flamboyante que celle de son arrière grand-père, on le découvre néanmoins au fil des salles en roi bâtisseur, en roi connaisseur qui sut associer son nom aux faiseurs de goût de son temps.

Vue de la salle consacrée au prêt exceptionnel du musée de Picardie : la série des Chasses Exotiques (1735-1739), commandée par Louis XV aux meilleurs peintres de son temps pour le château de Versailles.

L'art de la mise en lumière

L'Amour menaçant, Étienne-Maurice Falconet, vers 1757, musée du Louvre.

Cette exposition est également un cas d'école en matière de mise en scène réussie. De manière générale la muséographie reste très sobre : comme c'est souvent le cas, chaque section est appuyée par une couleur murale différente. Ce sont réellement les magnifiques jeux de lumière qui animent et magnifient les oeuvres présentées.

L'Amour assis sur le bord de la mer, rassemblant les colombes du char de Vénus, Louis-Claude Vassé, 1755, musée du Louvre.

L'espace ayant trait aux favorites et à l'amour constitue à ce titre sûrement l'un des passages les plus réussis.

La salle circulaire se trouve creusée dans son flan de deux alcôves où viennent se blottir les chefs-d'oeuvre de Vassé et de Falconet, dont les surfaces marmoréennes sont complimentées et réverbérées par les jeux de lumière. Ce type de mise en scène, à la fois subtile et très théâtrale, se retrouve tout au long du parcours et valorise à merveille les objets exposés.


Coup de projecteur sur des œuvres exceptionnelles

Pendule astronomique de Louis XV, Claude-Siméon Passemant, vers 1737-1749, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.

Une fois gravis les escaliers menant à la salle des Croisades, le ton est donné. Aux antipodes des salles d'introduction encyclopédiques auxquelles nous sommes parfois confrontés, le parti pris a ici été de se concentrer sur un objet phare, sorte de portrait allégorique du roi : la pendule astronomique de Passemant. Au centre d'une rotonde plongée dans l'obscurité, l'objet resplendit grâce aux savants éclairages qui soulignent ses volumes et la complexité de son mécanisme. La pendule constitue une entrée spectaculaire dans l'exposition : chef-d'oeuvre d'art rocaille et de technique, elle est exceptée des ventes révolutionnaires et reste à Versailles. À l'occasion de l'exposition, l'objet a bénéficié d'une étude scientifique et d'une restauration complète de ses bronzes et de ses mécanismes astronomiques et horlogers.

Mais la pendule est loin d'être l'unique star du parcours. Au-delà d’un passionnant portrait de la personne royale, l’exposition versaillaise marque les esprits par le caractère exceptionnel des prêts et des œuvres donnés à voir.

Lustre à neuf bras de lumière, aux armes de madame de Pompadour, Jacques et/ou Philippe Caffieri, vers 1750-1755, Paris, bibliothèque Mazarine. Détail.

Nombreuses sont les oeuvres présentées pour la première fois hors de leur collection : c'est le cas par exemple pour le lustre de la bibliothèque Mazarine. Sa présentation à hauteur d'oeil au milieu d'une salle explorant la constitution du style rocaille sous Louis XV transforme cet objet habituellement perçu comme un décor à voir de loin en véritable oeuvre d'art, dans les détails de laquelle le regard se perd avec délectation.

On est ainsi subjugué par la concentration de chefs-d’œuvres que le public français a rarement eu l’occasion de côtoyer : notons tout particulièrement la présence d'oeuvres de la Wallace Collection qui, depuis cette année et pour la première fois de son histoire, accepte de prêter des oeuvres. On a ainsi par exemple le plaisir d'admirer la magnifique commode réalisée pour la chambre de Louis XV à Versailles qui, elle aussi, sort tout juste des ateliers de restauration.

Commode pour la chambre de Louis XV, Antoine-Robert Gaudreaus, Jacques Caffieri, 1739, Londres, The Wallace Collection. Ce prêt exceptionnel trône en solitaire en fin de parcours devant un immense miroir et sur un tapis tout aussi imposant.

Avec tous ces prêts rares, ces redécouvertes et ces restaurations de circonstance, Versailles réussit le pari d'incarner voire de renouveler l’imaginaire associé à cette époque sans même avoir à dépouiller les Grands Appartements de son mobilier.

Au fil de l’exposition, le visiteur passe de surprises en découvertes, le tout théâtralisé par une mise en lumière virtuose. Cette balade peuplée d'objets grandioses nous plonge dans l’émerveillement autant qu'elle propose un renouvellement de l’image mentale archétypale parfois associée au personnage de Louis XV et au goût de son temps. À voir de toute urgence.


L'exposition "Louis XV, Passions d'un roi" est à venir découvrir au Château de Versailles du 18 octobre 2022 au 19 février 2023.




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