• Nicolas Bousser

Une étude d'Étienne Raffort pour le décor de l'église de Gergy

Etienne Raffort est de ces artistes touche-à-tout et voyageurs. Apprenti tonnelier, peintre et même maire, voyageant en Algérie, Italie ou encore au Proche-Orient, le chalonnais né en 1802 vécut 78 années bien remplies. S’il ne fut pas un artiste de premier plan, plutôt un « petit maître » travaillant essentiellement à échelle locale, son nom ne fut pas oublié pour autant. Gergy, commune dont il fut un maire apprécié, entretient le souvenir de cet homme, attaché à sa terre natale, la Saône-et-Loire. Le musée Denon de Chalon-sur-Saône conserve quelques-unes de ses toiles, dont une célèbre vue des bords de Saône et une autre d'Istanbul à la palette évoquant Felix Ziem - lui aussi voyageur, né non loin de là, à Beaune en 1821.


Etienne Raffort, La Corne d’Or d’Istanbul, 1855, huile sur toile, 141 x 193 cm. Musée Denon, Chalon-sur-Saône / ©NB


Etienne Raffort expose au Salon à partir de 1831, où il obtient une médaille de 3e classe en 1838, de 2e classe en 1840, de 1ère en 1843. Il devient maire de Gergy en 1856 et le reste jusqu’en 1870, moment où il se retire de la vie publique pour s'éteindre dix ans plus tard, en 1880. C’est précisément durant ces mandats successifs qu’il réalise deux compositions marquantes, d’abord dans la chapelle de Chardonnay en 1859, mais surtout dans l’église Saint-Germain de sa commune, Gergy, entre 1866 et 1869.

Cette composition, comprenant l’intégralité du décor du chœur de l’église, fut restaurée au début des années 1990. L’ensemble se teinte dans ses deux scènes historiées et ses ornements décoratifs d'influences orientales. En effet, des tons chauds des murs ressortent une frise à motifs de nénuphars stylisés et d'autres éléments d’inspiration presque mauresque. Les deux scènes peintes, La fuite en Egypte et La prière du Christ au Mont des Oliviers, évoquent également un certain orientalisme que l’on saisit dans plusieurs toiles du maître, à commencer par la vue de Constantinople du musée Denon, doublé d'un romantisme pittoresque qui lui est cher. Rappelons ici qu’Étienne Raffort fut un très grand voyageur, fasciné par Venise et le Bosphore.

Etienne Raffort, Décor du choeur de l'église Saint-Germain de Gergy (Saône-et-Loire), 1866-1869. Détails : la Fuite en Égypte, la Prière du Christ au Mont des Oliviers, éléments décoratifs / ©NB


La réalisation de ce décor, s’étalant sur quatre ans, nécessita plusieurs esquisses de travail. Et c’est tout le sujet de cet article. Une première, préparant la scène de Fuite en Egypte, est réapparue en décembre 2020, sur les cimaises de la galerie parisienne Cerca Trova. Trouvée par le galeriste Pierre Suzanne dans une brocante en Côte-d’Or, l’aquarelle de 57 x 32 cm a depuis été vendue et nous ne savons où elle se trouve à présent. Celle-ci ne prépare que la scène historiée et non le décor global du pan de mur.


Etienne Raffort, La Fuite en Égypte, 1869. Plume, pinceau, encre noire, aquarelle et rehauts d'or sur papier. Localisation inconnue. Photographie : Galerie Cerca Trova


En revanche, une aquarelle de dimensions similaires a très récemment fait sa réapparition sur le marché de l'art. Celle-ci, contrairement à l’œuvre de la galerie parisienne, présente les études préparatoires du peintre pour l’ensemble du mur nord, faisant face à celui de la Fuite en Egypte. Nous y retrouvons la frise à motifs de nénuphars, les tons chauds et motifs décoratifs d’inspiration orientale. La scène centrale, représentant La prière du Christ au Mont des Oliviers, apparaît, elle, dans son entièreté contrairement à la situation réelle où elle se retrouve coupée en deux par une niche accueillant une Pietà sculptée.


Etienne Raffort, Projet pour le décor du mur nord du choeur de l'église de Gergy, 1866. Plume, pinceau, encre noire, aquarelle et rehauts d'or sur papier. Collection particulière. ©NB

Étienne Raffort, Décor du mur nord du choeur de l'église de Gergy, La prière du Christ au Mont des Oliviers. 1866-1869. ©NB


De même, ce travail préparatoire, signé et daté de 1866, présente des ornements dorés au dessus de la scène historiée ainsi qu'une voûte étoilée n’apparaissant aujourd’hui pas ou plus. Ces éléments ont-ils été abandonnés par l'artiste lors de la réalisation du décor final ou ont-ils été supprimés ultérieurement ? Apparaît ici une question d’importance : quelle a véritablement été l’action de la restauration des années 1990 ? S’il ne fait plus de doute que cette décennie a été par quelques aspects assez néfaste pour l’intégrité de certaines églises, notamment romanes si l'on évoque spécifiquement le cas de la Bourgogne, ayant usé d’enduits colorés à plaisir à l’intérieur des nefs et en extérieur, elle a aussi pu l’être pour les œuvres du XIXe siècle - qui, ironiquement, l’avaient quelques fois elles-mêmes été pour les vestiges médiévaux.

Quoiqu’il en soit, cette esquisse constitue, à notre sens, une belle redécouverte et surtout une œuvre d’importance pour la commune de Gergy et l'histoire artistique de la région. Créateur d’un fonds pour les pauvres, maire et peintre apprécié, Etienne Raffort a durablement marqué la commune.


Nicolas Bousser

Église Saint-Germain

9 A Place de l'Église, 71590 Gergy