• Nicolas Bousser

Le contenu du château de La Rochepot aux enchères

Fermé depuis le 5 octobre 2018, jour de l’arrestation de son propriétaire ukrainien sur fond de malversations financières, le château de La Rochepot continue de sombrer. Le 10 octobre prochain, la quasi-totalité du mobilier, des livres et objets d’arts, saisis par la justice, sera proposée aux enchères par Me Grégoire Muon à Beaune. Pour les habitants de la commune, passionnés et amoureux de l’historique bâtisse bourguignonne, c’est un déchirement. Près de cinq-cents lots figurent au catalogue.


Château de La Rochepot / ©NicolasBousser


Occupé depuis l’époque gallo-romaine, le site doit sa première renommée à la famille Pot. Au XIVe siècle, à son retour de croisade, Régnier Pot (1362-1432) acquiert le vieux château de La Roche-Nolay. Conseiller du duc de Bourgogne et chambellan du roi de France, il le reconstruit et lui donne son nom. De cette illustre famille, c’est surtout le nom de Philippe Pot (1428-1493), le fils de Régnier, qui est fameux. La première raison tient à la célébrité de son tombeau, conservé au musée du Louvre. Grand sénéchal de France et conseiller du roi Louis XI, l’homme poursuit à La Rochepot l’œuvre de son père. Par la suite propriété d’Anne de Montmorency au XVIe siècle et du Cardinal de Retz au XVIIe, le château doit son salut à la famille Carnot. Rachetée par Cécile Carnot, épouse du président Sadi, la bâtisse fait l’objet à partir de 1893 d’une longue restauration sur près de 30 ans, en premier lieu supervisée par l’architecte des monuments historiques de Dijon, Charles Suisse. Certains éléments sont reconstruits, d’autres imaginés, conférant au bâtiment un aspect qui fait aujourd’hui sa célébrité. Hautes toitures pointues, gargouilles, Moyen Âge fantasmé : La Rochepot devient un château du XIXe siècle.


L’ensemble mis en vente le 10 octobre prochain ne constitue pas exactement la totalité du contenu de l’édifice. Certains meubles, jugés trop indissociables du lieu, ne figurent pas au catalogue. D’une Vierge à l’Enfant du XVe siècle au mobilier de la célèbre chambre chinoise en passant par une importante somme de livres et deux lits Art nouveau, les lots témoignent du passage des générations successives de Carnot jusqu’à la vente du château par Sylvie Carnot en 2015. Une importante part des meubles présentés renvoie à la restauration entreprise à partir de 1893, reprenant les codes du XVe siècle. Certaines pièces sont par ailleurs classées au titre des monuments historiques, comme le lit néogothique du colonel Carnot (1865-1948), les suspensions à pétrole des chapelles haute et basse ou encore un ensemble de plâtres de Xavier Schanosky (1867-1915), présentant notamment un ornement architectural en plâtre à décor héraldique aux armes de la famille Pot.


Photos : Me Grégoire Muon


Mentionnons d’autre part divers coffres, dressoirs et un cathèdre - non-classés - ornés d’un décor architecturé de style gothique. Côté bibliothèque, l’ensemble est très riche. Ouvrages relatifs à la région, à l’image d’une édition XIXe de la Bourgogne illustrée de Ducourneau et Monteil, voisinent des exemplaires d’importance. Plusieurs manuscrits signés et datés du beaunois François Pasumot (1733-1804) constituent à n’en pas douter le lot le plus important.


Haut lieu de Côte-d'Or drainant jadis les foules, apprécié des touristes et source d’emploi pour les locaux, le château de La Rochepot connaîtra donc le 10 octobre prochain un nouveau drame. L'un des arguments avancé pour justifier la vente, évoquant une détérioration du mobilier dans le château inhabité, est tout autant aberrant que le devenir du lieu. Nul doute que l’étape suivante sera la mise aux enchères de la bâtisse dans son ensemble. Qui sera candidat pour l'acheter et lui redonner vie ? Une chose est certaine, il en est assez des escrocs internationaux.


Nicolas Bousser