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Le tombeau d'Alexandre le Grand


Après plus d’une dizaine d’années sur la route, de la Macédoine aux confins de l’Indus, après avoir terrassé l’Empire perse et les cités grecques, Alexandre le Grand, le plus fameux conquérant du monde antique, meurt à Babylone au printemps 323 avant J.-C. A 32 ans, il laisse son empire « au plus fort » de ses généraux qui devront donc se départager par les armes. Dans cette optique, la dépouille du roi macédonien, momifiée comme un pharaon égyptien, est un enjeu symbolique fort. Celui qui la détiendra percevra en effet une partie de l’aura du conquérant et pourra ainsi d’autant plus légitimer son pouvoir nouvellement acquis. C’est donc dans cette optique que Ptolémée s’en empare alors qu’elle est en chemin pour Aigai, la nécropole royale macédonienne. Exposé dans un premier temps à Memphis, dans un temple, le corps d’Alexandre est transporté vers 280 avant J.-C. à Alexandrie, où il est présenté dans un temple avant que Ptolémée IV Philopator (222-205) fasse construire un tombeau pour l’accueillir.


Reconstitution du catafalque d'Alexandre le Grand, XIXe siècle.

Le Sèma et son apparence


Sèma, ou Sôma ; tel est le nom de ce monument dont la forme ne nous est connue que par des descriptions littéraires. Celles-ci sont cependant rares et jamais vraiment descriptives, chose fascinante pour l'une des tombes les plus célèbres de l'histoire de l'humanité. Néanmoins, il est légitime de penser que le tombeau devait sans doute avoir l'aspect d’une sépulture macédonienne, à l’image de celle du père d’Alexandre, Philippe II, découverte en 1977.


Reconstitution de la tombe de Philippe II de Macédoine.

Il faut ainsi imaginer un vaste couloir souterrain menant à une chambre recouverte d’albâtre, le tout surmonté par un tumulus de pierre pour en signaler la présence. Lucain décrit ainsi dans son Pharsale Jules César devant « descendre » pour pénétrer le tombeau :


Un seul objet l'émeut et l'intéresse, c'est le tombeau d'Alexandre. Il descend avec une ardeur impatiente dans son caveau funèbre ; là repose ce brigand heureux, dont le ciel vengeur délivra la terre. Ses restes, qu'il eût fallu disperser dans l'univers, sont recueillis dans le sanctuaire.

A l’intérieur de la chambre, un mobilier opulent devait accompagner la dépouille, comme le suggèrent les riches tombes macédoniennes et égyptiennes contemporaines. Malheureusement, de cela seul est su le fait qu’il fut pillé par Ptolémée X qui remplaça le sarcophage d’or par un autre moins précieux, en hyalinè, une sorte de verre, puis par Cléopâtre, alors à court de liquidités.


Pour le corps, la chose est mieux connue puisque les historiens savent qu’il était revêtu d’une armure et de riches habits. Ces vêtements furent complétés ou pillés au fur et à mesure des visites des empereurs romains, venant se recueillir sur la précieuse dépouille.


Selon Suétone dans sa Vie des douze Césars, Auguste ajouta ainsi au décorum en couronnant d’or le corps du conquérant  :


Vers le même temps, il fit retirer de son tombeau le corps d'Alexandre, lui mit avec respect une couronne d'or sur la tête, et le couvrit de fleurs.

Lionel Royer, Auguste au tombeau d'Alexandre, 1878, collection particulière.

Caligula s’empara quant à lui de la cuirasse d’Alexandre, comme l’écrit toujours Suétone :


Il portait habituellement les ornements du triomphe, même avant son expédition, et de temps en temps la cuirasse d'Alexandre le Grand qu'il avait fait tirer de son tombeau.

Enfin, Septime Sévère remplit la tombe de manuscrits précieux avant de la sceller. Sceaux qui furent immédiatement brisés par son fils Caracalla, fasciné par le conquérant, pour déposer en guise d’hommage de précieux bijoux ainsi que sa chlamyde auprès de la dépouille.


Médaillon figurant Alexandre le Grand, Règne de Caracalla (211-217), Baltimore, Walters Art Museum.

Toutes ces informations furent, en 1850, compilées dans un écrit se voulant vérité mais n’étant en réalité que pure création d’esprit. Cette œuvre d’un certain Ambroise Schilizzi décrivait avec brio ce qu’aurait pu être le tombeau d’Alexandre :


Après avoir descendu une pente et longé un corridor il se trouva en face d'une porte vermoulue à travers les fentes de laquelle il put apercevoir, dans une espèce de cage en verre, un corps humain dont la tête était surmontée d'un diadème, et qui paraissait à demi ployé sur une sorte d'élévation ou de trône. Quantité de livres et de papyrus étaient épars alentour. 

Une localisation perdue depuis des siècles


Si la localisation du site était encore connue du temps de Caracalla, dès la fin du IVe siècle saint Jean Chrysostome écrit lors d’une querelle face à des habitants d'Alexandrie qu'ils ne savent "même pas où se trouve le tombeau d'Alexandre". Cette disparition très rapide a connu de multiples explications, des plus farfelues (le corps aurait été transporté à Venise où il serait aujourd’hui connu comme celui de saint Marc) à des plus crédibles, comme celle avancée par Jean-Yves Carrez-Maratrez. Selon ce dernier, le tombeau aurait été détruit le 21 juillet 365 lors du tsunami qui ravagea une grande partie d’Alexandrie. Cette hypothèse a le mérite d’expliquer pourquoi, encore aujourd’hui, aucune fouille n’a permis de mettre au jour ce tombeau.


D’autres hypothèses rejettent cependant les textes anciens en plaçant le monument en dehors d’Alexandrie. En ce sens, plusieurs autres sites en Égypte () ont pu être évoqués, dont notamment l’oasis de Siwa.


L’hypothèse actuelle


L’étude des textes anciens permet néanmoins d’obtenir une certaine idée de la localisation originale du site. En effet, Strabon, qui a vécu à Alexandrie, place le monument dans les quartiers royaux, situés dans la partie nord-est de la cité, près de la mer. Cela correspond alors à l’espace de la nécropole des Ptolémées, ces derniers ayant fait le choix de se faire enterrer à proximité de la dépouille du conquérant divinisé, qu’ils honoraient de leurs prières. Il semble ainsi possible de parler d’inhumation ad sancto en ce qui concerne les rois lagides.


Une autre dépendance des palais royaux est ce qu'on appelle le Sêma, vaste enceinte renfermant les sépultures des rois et le tombeau d'Alexandre. Strabon, Géographie, livre 171.

Plan de l'Alexandrie antique d'après Otto Puchstein. "Regia" indiquant le quartier royal.

Depuis 2001, une équipe dirigée par l’archéologue grecque Calliope Limneos-Papakosta fouille un site qui pourrait être ce fameux quartier royal. Néanmoins ces recherches font, comme d’autres antérieures, débat dans le milieu scientifique. Il n’est ainsi pas prouvé que ce site correspond avec certitude à l’emplacement supposé du tombeau d’Alexandre. En tout cas, après près de 20 ans de recherches, l’équipe archéologique n’a encore jamais pu mettre au jour un site s’y apparentant.


Le mystère reste donc entier et il est très probable qu’il le reste à jamais.  


 

Bibliographie :


  • Pierre Briant, Alexandre le Grand, De la Grèce à l’Inde, Paris, 1987.

  • Jean-Pierre Callu, "Julius Valére, le Pseudo-Libanius et le tombeau d’Alexandre", dans Ktèma : civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome antiques, N°19, 1994. Hommage à Edmond Frézouls – II. pp. 269-284.

  • Jean-Yves Carrez-Maratray, "L'introuvable tombeau d'Alexandre", dans Les énigmes de l'histoire du monde, sous la dir. de Jean-Christian Petitfils, Paris, 2022.

  • Evaristo Breccia, Le musée gréco-romain 1925-1931, Bergame, 1932, pp. 37-48.

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