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Lorsque l’architecture inspire la littérature : Horace Walpole (1717-1797) et la naissance du roman gothique

  • Valentine Kretz
  • il y a 1 jour
  • 13 min de lecture

Par Valentine Kretz


« L’architecture est le grand livre de l’humanité ». [1]


Horace Walpole (1717-1797) est considéré comme le père fondateur du roman gothique. Sa naissance est issue d’un rêve médiéval où l’architecture prédomine.


Au commencement de son Œuvre, Horace Walpole entreprend la construction de sa demeure Strawberry Hill, dans un style gothique dès 1749. Il y fait un rêve conduisant à la publication, en 1764, de son roman intitulé : Le Château d’Otrante. Ce roman, est dès sa publication teinté de mystères et de faux-semblants. Walpole y ajoute une préface trompeuse, expliquant avoir retrouvé cette histoire dans un ancien manuscrit italien. Il n’affirme en nulle occasion en être le véritable auteur. Tout compte fait, le fulgurant succès de l’œuvre littéraire l’incite à révéler la supercherie au grand jour et à lever l’anonymat dans une seconde préface, publiée un an plus tard.


I/ Strawberry Hill : un « petit château gothique » en Angleterre, une architecture du sentiment


John Giles Eccardt, Portrait de Horace Walpole, 1754, National Portrait Gallery, London
John Giles Eccardt, Portrait de Horace Walpole, 1754, National Portrait Gallery, London

Il était une fois, au XVIII -ème siècle, une somptueuse demeure dépassant tout ce qu’il y a d’ordinaire dans la campagne de Twickenham en Angleterre. Cette demeure, tout autant célèbre que son propriétaire Horace Walpole, renferme un style pluriséculaire.


Horace Walpole est un esthète renommé fréquentant le grand monde, fils de Premier Ministre et digne dilettante du XVIII -ème siècle. C’est aussi, avant tout, un passionné des vestiges du passé et de ses arts. C’est à l’occasion de son Grand Tour effectué en Italie, un voyage éducatif et initiatique, destiné à parfaire son éducation, comme tout jeune homme bien né de son temps, qu’il découvre les splendeurs des siècles passés. Il arpente les ruines de Pompéi et Herculanum et, dès son retour en Angleterre, explore les édifices appartenant à un autre temps. Walpole, émerveillé s’éprend de passion pour ces traces du passé et initie sa collection d’art.


Walpole s’intéresse en particulier aux vestiges issus du Moyen Âge, ceci depuis ses années estudiantines à Cambridge passées à contempler la chapelle du King’s College. Il collectionne ainsi plus de quatre mille objets d’art et de curiosité ainsi que des peintures. Il détient notamment l’armure du roi de France François Ier, les éperons ayant appartenus au roi Guillaume II, des miniatures de Holbein, des pièces de monnaie ainsi que des céramiques grecques. Mais toutes ces nombreuses reliques du passé ne lui suffisent guère. Il souhaite construire une demeure dans le style gothique. C’est-à-dire, un style héritant du Moyen Âge, considéré comme barbare par ses contemporains. Ce n’est pas son cas, pour lui, le Moyen Âge n’est pas une période sombre mais au contraire un passé lumineux, un passé merveilleux aussi, où il aime se réfugier seul. Il sait que cette passion est mal comprise par ses pairs qui ne voient par là qu’une étrange lubie passagère. Car Walpole est considéré comme un excentrique, un original, qui ressent le besoin de se couper du grand monde afin de réaliser ses rêves incompris. Incompris, car l’air du temps est à la Raison. Celle-ci ayant récemment émergé des Lumières. Le rationalisme influe sur le style architectural dominant privilégiant la régularité et l’ordre. Walpole ressent le besoin de s’en émanciper et de créer, car c’est bien ce qu’il s’apprête à faire, une demeure lui ressemblant. Celle-ci ne peut, décidément être qu’exclusivement gothique.


« I am going to build a little Gothic castle.» [2]


Joseph Charles Barrow, Strawberry Hill, Façade Nord, 1789. Courtesy of The Lewis Walpole Library, Yale University.
Joseph Charles Barrow, Strawberry Hill, Façade Nord, 1789. Courtesy of The Lewis Walpole Library, Yale University.

De cette manière, Walpole obtient la propriété d’une modeste demeure, bordée de prairies, dans la campagne de Twickenham. C’est sur cette bâtisse qu’il décide de créer une petite villa du nom de Strawberry Hill, dans laquelle il agence lui-même les lieux de vie en s’inspirant de sources anciennes et de modèles historiques authentiques. Après ces études, il réalise ses propres plans et dessins au sein d’un « comité du goût » qu’il convoque et dont il fait lui-même partie, accompagné de deux architectes amateurs : Richard Bentley (1708-1782) et John Chute (1701-1776). Ce dernier se charge de donner vie aux idées créatrices les plus folles de Horace Walpole.


« Walpole n’est évidemment pas le premier à admirer la dignité mélancolique des vieilles cathédrales ni à s’intéresser à l’histoire britannique. Mais quoique non inédite, la tâche entreprise par Walpole à Strawberry Hill à partir de la fin des années 1740 constitue sans conteste le projet le plus ambitieux du renouveau gothique en architecture. » [3]


Afin d’élaborer l’aspect architectural de Strawberry Hill, Walpole prend comme modèle la cathédrale de Cantorbéry et l’abbaye de Westminster de Londres. Il souhaite que sa demeure soit asymétrique, rompant alors avec l’architecture classique et ainsi, avec la Raison. Cette asymétrie est une nouveauté qui deviendra une caractéristique de premier plan de ce style architectural. Ainsi la maison d’origine est reconstruite dans un style gothique : des fenêtres en ogives, des pinacles à crochets, des mâchicoulis, des tours et tourelles, des créneaux et des vitraux achetés aux enchères sont assemblés afin de former la coquille architecturale de Strawberry Hill.


John Carter, la bibliothèque de Strawberry Hill, 1784.
John Carter, la bibliothèque de Strawberry Hill, 1784.

Il décide ensuite d’ajouter des pièces jusqu’alors manquantes. Par conséquent, il fait construire une salle à manger et une bibliothèque, cette dernière retransmettant authentiquement l’âme du gothique. Particulièrement satisfait de cette dernière création, il s’y fait représenter par le peintre Johann Heinrich Müntz. Cette bibliothèque deviendra sa pièce favorite et son lieu de création littéraire privilégié. Puis, il décide d’agrandir à nouveau sa demeure en ajoutant une grande galerie, une tour ronde et la « Holbein chamber ». La demeure est donc construite et décorée par périodes successives.


Désormais entouré de deux architectes de profession : James Essex et Robert Adam, Walpole, confiant, crée la décoration intérieure de son « petit château gothique ». Il exige que cette décoration, dans un premier temps, soit historiquement médiévale. Ainsi, Walpole s’inspire notamment de la Chapelle du Prince Arthur de la cathédrale de Worcester pour réaliser les boiseries en trompe-l’œil ou encore de l’escalier de la cathédrale de Rouen pour réaliser le grand escalier de Strawberry Hill. Il essaye de retranscrire des éléments complexes avec les moyens dont il dispose : la voûte en éventail du plafond de la galerie, copiée de la nef de la chapelle d’Henri VII à l’abbaye de Westminster est faite de papier mâché sur une base de plâtre, plus économique et facile d’emploi que la pierre. De même, les murs du grand salon sont tapissés de papier peint afin d’imiter le stuc et les chaises de la salle à manger ressemblant à des vitraux sont réalisées en hêtre peint en noir afin d’imiter l’ébène.


Ainsi Walpole ne se limite pas à créer sa demeure sous l’angle d’un vérisme historique, il développe, à l’aide de son imagination, une véritable licence artistique. Car le Moyen Âge de Walpole est aussi un Moyen Âge idéalisé et fantasmé. Nombreux, sont les éléments inventés ou remaniés selon son goût, ne voulant pas abandonner une certaine aisance de son train de vie. Il ne s’agit donc pas d’une restitution à l’identique de l’architecture et des intérieurs des demeures du Moyen Âge. Il réinvente, réagence à son souhait. La décoration intérieure est alors semblable à un décor théâtral : les pierres sont factices, les décors sont en plâtre. A première vue, l’ensemble nous embarque dans une atmosphère héritière du Moyen Âge mais à l’approche des détails, tout ceci s’évapore.


Dès l’achèvement de sa création, il ouvre sa demeure au public en 1763 en se prenant pour un véritable châtelain. Celle-ci devient une demeure muséale et touristique, lui permettant d’entreposer sa riche collection d’art aux yeux des curieux. Walpole publie à l’occasion un guide et fait imprimer des billets de visite. Il se charge, la première année, de guider en personne les visiteurs de marque au sein de sa demeure.


Edward Edwards, La galerie de Strawberry Hill, The Lewis Walpole Library, Yale University.
Edward Edwards, La galerie de Strawberry Hill, The Lewis Walpole Library, Yale University.

Ainsi, nombreux sont les visiteurs ayant encensé Strawberry Hill, mais nombreux sont aussi ceux ayant critiqué ses « décors », où les trompe-l’œil et les illusions sont omniprésents. L’architecte Charles Lock Eastlake critique avidement l’intérieur de sa demeure en la jugeant de parodie. De même, Augustus Pugin la critique d’exemple parfait du mauvais gothique. L’hôte de Strawberry Hill lui-même en est conscient. Contraint par la technique et sans doute le coût, son « petit château gothique » comme il aime l’appeler, n’en ai véritablement pas un. Idéaliste, il le regrette sans aucun doute.


Selon Paul Yvon, ce château « est moins une tentative de reconstitution archéologique, que l’expression d’un état d’âme. » [4]


La bâtisse, teintée d’ambiguïtés, reflète le for intérieur et la personnalité fantasque de son hôte, désireux de s’affranchir des normes sociales de l’époque. Afin de comprendre la demeure, il faut donc comprendre son hôte. Strawberry Hill ne se contente pas de retranscrire le goût de Walpole pour le gothique, elle devient par la même occasion un lieu autobiographique où l’Homme, l’architecture et la littérature se mêlent. Walpole, quoique déçu du manque de réalisme de sa construction, ne s’empêche pas de rêver en ses murs. Son « petit château », sans être parfaitement gothique, lui permet de s’évader et de se sentir ne serait-ce un peu plus chez lui. Puis, Strawberry Hill devient la projection d’un rêve…


II/ Du rêve au Château d’Otrante : le premier roman gothique.


« Le Château d’Otrante n’est rien d’autre qu’un nouvel effort pour approcher davantage de son rêve. » [5]


Edward Edwards, Grand escalier de Strawberry Hill. Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2020
Edward Edwards, Grand escalier de Strawberry Hill. Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2020

Lors d’un soir de juin 1764, Horace Walpole se laisse transporter dans le monde des songes, il s’assoupi dans une pièce de sa demeure fraîchement sortie de terre. Lors d’un de ses rêves, il aperçoit une main de géant recouverte d’un gantelet de fer, posée sur la rampe du grand escalier de sa villa. Dès son réveil il se presse de coucher par écrit, dans sa bibliothèque, ce qu’il vient de vivre, car cette expérience onirique le marque grandement. Lui vient alors l’idée d’écrire un roman, celui-ci est d’un genre nouveau, bousculant les conventions, où il peut exprimer ses idéaux gothiques et personnels pleinement, la construction de sa demeure lui laissait un goût doux-amer d’inachevé. Dans son récit, il ne manque pas de situer, dans plusieurs des scènes, des pièces de sa demeure Strawberry Hill. Walpole compose ainsi un conte chevaleresque tout droit sorti d’un Moyen-Âge fantasmé, ayant pour lieu un château inspiré de sa demeure personnelle, s’intitulant : Le Château d’Otrante.


John Carter. Vue du hall, 1788. Courtesy of The Lewis Walpole Library, Yale University.
John Carter. Vue du hall, 1788. Courtesy of The Lewis Walpole Library, Yale University.

« Bien que l’intrigue soit imaginaire et les noms des personnages fictifs, je ne peux pas croire que le sujet de ce roman ne soit pas fondé sur quelque événement réel. L’auteur semble fréquemment, et sans dessein particulier, décrire des lieux bien précis : La chambre, dit-il, qui se trouve à droite ; la porte qui s’ouvre sur la gauche ; la distance qui séparait la chapelle de l’appartement de Conrad… De tels passages permettent de penser avec quelque raison que l’auteur avait en l’esprit un château bien déterminé. » [6]


Ce roman gothique, est unique au XVIIIème siècle. Walpole, en est fier mais est inquiet de ses possibles répercussions négatives suivant sa publication auprès de ses contemporains du fait de son originalité. Il s’inquiète de perdre son influence et son rayonnement personnel. Il invente ainsi une magistrale supercherie. Il greffe à son roman une préface dans laquelle il s’abrite derrière une traduction fantoche d’un manuscrit ancien, provenant d’un auteur italien l’étant tout autant, du nom d’Onuphrio Muralto. Ce n’est que dans la deuxième édition de son roman que Walpole révèle la supercherie au grand jour et lève l’anonymat dans une seconde préface, publiée un an plus tard.


« C’est dans la bibliothèque d’une très ancienne famille catholique du nord de l’Angleterre que cet ouvrage fut découvert. Il avait été imprimé à Naples en caractères gothiques, au cours de l’an 1529. Il est impossible de savoir depuis combien de temps le livre était écrit ». […] « Le style est de l’italien le plus pur. Si l’histoire a été écrite peu de temps après l’époque où elle est censée avoir été vécue, on doit la situer entre 1095, date de la première croisade, et 1243, date de la dernière, ou dans la période qui suit immédiatement. » [7]


Illustration de Théodore et Isabelle, The Vyne Estate © National Trust / Kathryn Allen-Kincross
Illustration de Théodore et Isabelle, The Vyne Estate © National Trust / Kathryn Allen-Kincross

Horace Walpole, en quête de son idéal gothique se remet au travail après l’élaboration de sa demeure. Conscient de l’impossibilité pratique de son idéal en architecture il se rabat sur la littérature. Celle-ci lui permet plus de libertés encore. Walpole souhaite recréer un « climat » gothique au sein de la littérature. Il invente un terme représentant cette atmosphère si caractéristique emprunte du Moyen Âge : le « gloomth », un nom décrivant cette grandeur des anciens monuments gothiques, associé au sentiment de mélancholie. En écrivant Le Château d’Otrante, Walpole retranscrit ses rêves. Il rêve d’ailleurs et d’un monde des possibles. Il se cherche lui-même par la même occasion. Ses rêveries prennent forme dans son roman de l’imaginaire.


« I never felt myself so much in the Castle of Otranto. It sounded as if a company of noble Crusaders were come to sojourn with me before they embarked for the Holy Land. » [8]


Une influence créatrice shakespearienne sur Walpole est visible, notamment sur le respect des règles néoclassiques de la tragédie ainsi que la liberté du recours à des éléments surnaturels, à la vengeance et à une prophétie. Il a structuré son récit en cinq chapitres, telle une pièce de théâtre composée de cinq actes. Son univers, est également empreint de théâtralisation, d’énigmes et de secrets. Le Château d’Otrante évoque ainsi le Château d’Inverness rattaché à la tragédie Macbeth. Cependant, Walpole sans pourtant imiter intégralement Shakespeare, abouti à une histoire originale autant par la forme que par le fond du récit.


« That great master of nature, Shakespeare, was the model I copied.» [9]


Le roman pose les fondations principales des caractéristiques du genre gothique en littérature. Le Château en tant que lieu principal du récit renferme des secrets enfouis. Les différents couloirs sombres et souterrains, semblables à des labyrinthes, sont le terrain de jeu de courses poursuites nocturnes. Des éléments surnaturels surgissent de manière impromptue et surprennent. L’apparition de spectres bouscule le réel et oblige les personnages ainsi que le lecteur, à questionner la réalité. Ces apparitions irréelles peuvent être perçues comme des manifestations d’un passé qui hante les personnages. Ces éléments hors-du-commun ne sont donc pas accessoires et soutiennent l’atmosphère du roman, ceux-ci participant pleinement au sublime.



Illustration présente dans l’édition anglaise de 1824.
Illustration présente dans l’édition anglaise de 1824.



« Tout commence par un événement aussi extraordinaire qu’inexplicable : alors qu’il s’apprête à épouser Isabella, le prince héritier Conrad est écrasé par un gigantesque casque tombé du ciel. » [10]







Cette notion de sublime est remise à l’honneur par le philosophe Edmund Burke (1729-1797) dans son essai « A Philosophical into the Origin of Our Ideas of the Sublime and Beautiful » en 1757. Il y explique que la notion du beau se différencie de la notion du sublime. Le beau provoquerait un plaisir positif en apaisant l’âme, tandis que le sublime provoquerait un plaisir négatif qualifié de « delightful horror », une « horreur exquise » provoquant un ravissement immédiat. Le sublime vient de pair avec les espaces vastes et lointains plongeant vers l’infini de l’horizon, accompagnés de lignes verticales (des murs et des ruines ainsi que des arbres) donnant une impression de vertige. Selon Burke, le sublime est l’art de la suggestion laissant planer le mystère, « on croit voir », donc l’imagination s’emballe et la notion de réalité s’estompe. Ainsi Walpole, en refusant toute symétrie dans la construction de Strawberry Hill, elle-même inspirant le Château d’Otrante, mène le lecteur à découvrir le sublime.


Illustration de Salvador Dali, le Château d’Otrante, 1964.
Illustration de Salvador Dali, le Château d’Otrante, 1964.

Pour y parvenir, Walpole procède à la personnification de son château, il en a même donné le titre à son roman. Car dans celui-ci le vrai héros n’est pas un personnage mais le Château d’Otrante. En effet le roman du XVIII-ème siècle porte traditionnellement le nom du héros éponyme. Dans ce roman, celui-ci est bien le Château qui est à la fois le décor et le protagoniste. Cette liberté artistique casse les codes littéraires et inaugure de nouvelles façons d’appréhender le genre romanesque. L’hôte de Strawberry Hill fait dialoguer les pierres. Ainsi, l’expression « les murs ont des oreilles » n’a jamais eu une signification aussi forte que dans son roman. En tant que personnage à part entière, le Château est témoin des secrets des vivants aussi bien que des secrets des défunts. Libre à lui de continuer à hanter les personnages en ses murs et ses souterrains faisant parfois figure de dédale, ou de les libérer, ceci au prix de la résolution d’une malédiction.


Illustration de Johann Wilhelm réalisée en 1794 à partir d’une édition Allemande du Château d’Otrante.
Illustration de Johann Wilhelm réalisée en 1794 à partir d’une édition Allemande du Château d’Otrante.

C’est ainsi, qu’initialement bâtisseur du renouveau gothique dans l’architecture, Horace Walpole se mue avec succès en romancier. Il assume pleinement l’interconnexion de l’architecture et de la littérature en accolant au titre la mention : « A Gothic Story » lors de la deuxième édition du Château d’Otrante. Que ses châteaux soient de stuc ou d’encre, ils ont tous deux laissés un important héritage au monde en réhabilitant une âme gothique. Le « petit château gothique » Strawberry Hill eût un rôle majeur pour l’évolution du goût sur ses contemporains. Elle fut parfois même qualifiée de « Strawberry Hill Gothic», preuve d’une importance historique et d’un style à part entière. Puis, vint « le Château d’encre », figure de proue du roman gothique et roman « shakespearien », un roman déroutant et éblouissant par son originalité. Le Château d’Otrante et Strawberry Hill sont tous les deux imaginés sous le signe du rêve. Ils fusionnent dans l’esprit de son inventeur qui reprend des éléments du passé non pas pour le répéter mais afin de le réécrire.


Walpole fait résolument rayonner l’esprit gothique que cela soit dans l’architecture ou dans la littérature en édifiant un monument littéraire. Ce dernier inspira directement des auteurs anglais tels : Ann Radcliffe et Walter Scott. Le sublime et le charme romantique des ruines inspira, de la même manière de nombreux romantiques Français comme Théophile Gaultier et Victor Hugo. Ce dernier formulait, moins d'un siècle plus tard, dans son monument littéraire : Notre-Dame de Paris, la corrélation qu’entretient l’architecture avec la littérature, attestant indirectement sa filiation intellectuelle avec l’hôte de Strawberry Hill. En publiant son roman, Hugo, contribua, comme Walpole à éveiller le public quant aux richesses du Moyen-Âge et ses vestiges.


« La pensée humaine découvre un moyen de se perpétuer non seulement plus durable et plus résistant que l'architecture, mais encore plus simple et plus facile. Aux lettres de pierre d'Orphée vont succéder les lettres de plomb de Gutenberg. » [11]

Notes :


[1] HUGO Victor, Notre Dame de Paris, Livre V, Chapitre 2 : Ceci tuera cela, Paris, 1832, p.142.


[2] WALPOLE Horace, Lettre à Sir Horace Mann, 27 avril 1753.


[3] DUROT-BOUCE Elizabeth, L’autre voix/e, Horace Walpole, L’Arlequin de Strawberry Hill, Rennes : TIR, 2020, p. 84.


[4] LEVY Maurice, Le roman « gothique » anglais 1764-1824, Paris : Albin Michel, 1995, p. 83.


[5] LEVY Maurice, Le roman « gothique » anglais 1764-1824, Paris : Albin Michel, 1995, p. 81.


[6] Préface de la première édition du Château d’Otrante.


[7] Préface de la première édition du Château d’Otrante.


[8] Lettre de Walpole à Lady Ossory.


[9] Préface de la seconde édition du Château d’Otrante.


[10] Résumé de la quatrième page de couverture du Château d’Otrante éditions Corti, 2024.


[11] HUGO Victor, Notre Dame de Paris, Livre V, Chapitre 2 : Ceci tuera cela, Paris, 1832, p.148.


Bibliographie :


DUROT-BOUCE Elizabeth, L’autre voix/e, Horace Walpole, L’Arlequin de Strawberry Hill, Rennes : TIR, 2020.


HONOUR Hugh, Writers and Their Work: No.92, Horace Walpole, London: Longmans, Green & CO, 1957.


HUNTING SMITH Warren, Horace Walpole, Writer, politician, and connoisseur, Essays on the 250th Anniversary of Walpole’s Birth, New York: Yale University Press, 1967.


LEVY Maurice, Le roman « gothique » anglais 1764-1824, Paris : Albin Michel, 1995.


MACHINAL Hélène (dir.), Otrante, Art et littérature fantastiques, Châteaux, Paris : éditions Kimé, 2002.


WALPOLE Horace, Le Château d’Otrante, Paris, Rien de commun, éditions corti, 2024.

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