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Max Linder à la Villa du temps retrouvé


Ouverte en 2021 à Cabourg, ville qui inspira à Marcel Proust la ville de Balbec où se déroule une grande partie d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs, la Villa du temps retrouvé propose depuis le 4 mars 2023 une exposition temporaire sur un pionnier du cinéma burlesque : Max Linder.


La Villa du temps retrouvé a pour ambition, depuis son ouverture, de proposer un double parcours à la fois autour de Proust et de ses contemporains, ainsi qu'autour d’une exposition temporaire qui s’inclut également dans la temporalité de l’auteur, à savoir la Belle Époque. Le visiteur déambule donc dans plusieurs salles reconstituant un intérieur de villa du début du XXe siècle, agrémenté de prêts d’œuvres dont il faut reconnaitre la pertinence et la richesse, à l’instar des deux portraits de Jean Cocteau peints par Jacques-Émile Blanche. Le pari de ne pas conserver de collection intrinsèque à l’institution, s’il est osé, donne ici la possibilité d’un renouvellement et de profiter d’œuvres parfois rarement exposées dans leur musée d’origine.


Jacques Émile Blanche, Portrait de Jean Cocteau, 1913, musée des Beaux-Arts de Grenoble et Jacques-Émile Blanche, Etude pour le portrait en pied de Jean Cocteau, 1912, musée des Beaux-Art de Rouen


Une partie plus moderne du bâtiment permet quelques libertés scénographiques pour l’exposition temporaire. Après Fantômas qui occupait l’espace à l’ouverture de la Villa, c’est donc au tour de Max Linder de prendre place sur les cimaises et les écrans.


Largement oublié en dépit de son importance à son époque, Gabriel-Maximilien Leuvielle, dit Max Linder, est né le 16 décembre 1883 (il a donc douze ans de moins que Marcel Proust). Il commence sa carrière au théâtre après un passage au conservatoire de Bordeaux puis est engagé en 1905 chez Pathé, où il est repéré par Ferdinand Zecca, réalisateur attitré de la firme. Il apparait pour la première fois sur les écrans dans Première sortie d’un collégien, sorti la même année, qui est tourné en une journée. En effet, en 1905, le cinéma a des airs d’industrie bien huilée. Le but est l’efficacité et il n’est pas rare que des petits chefs-d’œuvre éclosent en moins d’un jour de tournage. L’arrivée de celui qui prendra le nom de Max Linder est un tournant pour Pathé. Le jeune homme perçoit aisément les possibilités données par l’écran et rompt avec les films à sketchs classiques de l’époque, qui s’approchent de la gestuelle circassienne.


Le personnage de Max n’est créé qu’en 1910, dans un film comique au titre presque autobiographique : les Débuts de Max au cinéma, narrant l’entrée catastrophique d’un jeune homme bien mis (haut-de-forme et petite moustache) dans le milieu du 7e art. Le succès du public ne fait que s’accroître, en témoignent les affiches de l’époque (dont de très belles sont exposées dans le parcours) sur lesquelles le nom de Max Linder apparait presque aussi gros que le titre du film. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, il tourne plus de 500 courts-métrages et possède le contrat le plus élevé de tous les acteurs de Pathé. D’acteur, il devient également scénariste (bien que le terme n’existe pas à l’époque) et réalise ensuite lui-même ses propres comédies.


©Ville de Cabourg

Reformé du front après avoir été gazé, il interrompt pendant un temps sa carrière, ​puis signe en 1916 un contrat avec Essanay à Chicago, le studio que vient de quitter Charlie Chaplin. Il y réalise trois burlesques, dont Max part en Amérique. Encore traumatisé de la guerre et dépressif, il préfère revenir en France afin de tenter de se soigner.



En 1919, il tourne avec Tristan Bernard Petit café qui rencontre un franc succès pour son retour à l'écran. Il part la même année à Hollywood, et tourne trois autres films(,) notamment L'Étroit Mousquetaire qu'il jugera tout le reste de sa vie être sa meilleure œuvre. Ecrans, affiches, figurines, Max Linder est alors l’une des premières stars internationales, et voit son image démultipliée sur différents supports. Durant sa carrière hollywoodienne, l'acteur français rencontre les grandes stars, comme Charlie Chaplin, qui lui confie avoir été beaucoup inspiré par son travail (il l’écrit d’ailleurs dans une dédicace d’une photo, exposée dans les salles), ou Douglas Fairbanks, autre célébrité de renommée mondiale.


Malheureusement, la dépression le rattrape, et malgré son mariage avec Hélène Peters en 1921, Linder décide d'interrompre sa carrière. Il tente une première fois de se suicider et de pousser sa femme, alors enceinte, à se tuer avec lui, mais celle-ci le sauve une première fois. Le 31 octobre 1925, les deux corps inanimés des époux sont retrouvés dans leur appartement parisien. Il semble que Linder ait forcé Hélène à prendre du barbiturique, avant de l'imiter et de taillader leurs deux veines. Ce drame accablant, qui laisse la jeune Maud orpheline, entraine une période d’oubli de l’acteur pour le grand public, que sa fille tente pourtant toute sa vie de contrer en cherchant les films de son père (seule une centaine est conservée aujourd’hui).


L’exposition, si elle omet quelque peu de rappeler la responsabilité de Linder dans la mort de sa femme, propose des documents particulièrement intéressants et précieux concernant la carrière chez Pathé et américaine de celui qui inspira Charlot. Avec de très beaux prêts de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et de la Roy Export SSA qui possède certaines archives de la période états-unienne de Linder, le visiteur perçoit quelle importance que celui-ci avait aussi bien en France qu’à l’international. Des films projetés dans les salles reflètent bien ce changement qui s’opère dans le cinéma comique à l’époque, et qu’incarne cet homme à la moustache et au chapeau droit.



 

La Villa du Temps retrouvé

4 mars - 12 novembre 2023


Exposition temporaire

Max Linder, le génie comique qui inspira Chaplin


Horaires

Fermé le mardi et le 1er mai

De 11h à 13h et de 14h à 18h

De 11h à 19h en juillet et août

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