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MaƮtres anciens et graveurs contemporains, les trois nouvelles expositions de la Fondation Custodia

  • 1 mars 2020
  • 5 min de lecture

DerniĆØre mise Ć  jour : 30 nov. 2021

Par Antoine Lavastre & Nicolas Bousser


Dans la prĆ©face du catalogue Le dessin italien dans les collections hollandaises (1962), Frits Lugt, grand historien de l’art hollandais et fondateur de la fondation Custodia, prĆ©sentait l’acte de dessiner comme une Ā« confession involontaire Ā» par laquelle nous surprenons le peintre dans ses recherches et ses rĆ©flexions. Regarder un dessin non destinĆ© Ć  ĆŖtre œuvre, c’est en effet regarder l’esprit de l’artiste au travail. C’est le voir se tromper, se reprendre, changer d’avis et parfois, souvent mĆŖme, trouver. En somme, voir un dessin c’est voir l’homme. Plus qu’un portrait, le dessin ne ment jamais. La fondation Custodia prĆ©sente ainsi, depuis le 15 fĆ©vrier et jusqu’au 10 mai, un ensemble choisi parmi sa trĆØs riche collection de dessins italiens. Cette exposition s’accompagne, comme toujours, d’une rĆ©ponse contemporaine, ici Ć  travers les figures des graveurs Anna Metz et Siemen Dijkstra.


Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino (Cento 1591 – 1666 Bologne), Ɖtude du dos d’un homme assis, vers 1619
Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino (Cento 1591 – 1666 Bologne), Ɖtude du dos d’un homme assis, vers 1619

Studi & Schizzi - Dessiner la figure en Italie 1450 – 1700, tel est le nom de cette exposition consacrĆ©e au dessin italien qui permet au public de dĆ©couvrir plus de 80 feuilles issues du corpus de 550 dessins italiens que conserve la Fondation Custodia. Lippi, Del Sarto, Carrache ou encore Guerchin s’exposent ainsi sur les cimaises blanches de l'hĆ“tel LĆ©vis-Mirepoix. Cette exposition s’accompagne de ce que les chercheurs et amateurs de dessin espĆ©raient depuis longtemps dĆ©jĆ  : la mise en ligne d’une base de donnĆ©es regroupant pour le moment l’ensemble des dessins italiens de la fondation. Nous ne pouvons que saluer cette initiative qui permettra une meilleure connaissance des trĆ©sors qu’abrite l’immeuble de la rue de Lille.


Filippino Lippi (Prato v. 1457 – 1504 Florence), Trois Ć©tudes d’un jeune homme portant un manteau

Si toutes les feuilles prĆ©sentĆ©es dans l’exposition ne se valent pas en qualitĆ©, il est toujours intĆ©ressant pour le public d’admirer des dessins rarement exposĆ©s pour des raisons de conservation. On retiendra tout de mĆŖme un certain nombre de piĆØces qui a elles seules valent un regard attentif sur le corpus entier. En se confrontant en effet Ć  l’ensemble, l’évolution de l’art italien apparaĆ®t Ć©vidente. La figure s’affirme, prend de l’importance, de la masse presque. Des figures frĆŖles et Ć©lĆ©gantes de Lippi, encore hĆ©ritiĆØres du gothique international, nous passons Ć  la puissance baroque des corps du Guerchin.


Admirer ces dessins, c’est aussi voir les questionnements auxquels pendant plus de deux siĆØcles les artistes vont tenter de rĆ©pondre par la plume, la pointe ou le fusain. Comment organiser sa composition ? Comment rendre les ombres ? Comment crĆ©er des relations entre les personnages ? Comment marquer les volumes ? Toutes ces questions posĆ©es par le dessin sur la feuille amĆØnent, selon les artistes, Ć  des rĆ©ponses diffĆ©rentes qui se retrouveront sur la toile ou le panneau peint et crĆ©eront ainsi ce qu’on appelle communĆ©ment le style. En regardant la draperie de Lorenzo di Credi, nous pouvons ainsi sentir le regard vers LĆ©onard, vers Verrocchio mais aussi quelque chose de propre dans le rendu creusĆ© des plis par un travail d’ombre appuyĆ©. Avec ce travail de jeunesse, c’est la maniĆØre du peintre qui commence elle aussi Ć  se sentir.


L’exposition prĆ©sente Ć©galement des dessins plus aboutis. L’esprit de l’artiste se retrouve maintenant cachĆ© derriĆØre l’apparat. Le style est dĆ©jĆ  prĆ©sent dans son entier. Il n’y a plus de reprise, plus d’essais. Tout est en place, comme dans une peinture signĆ©e. PrĆ©fĆ©rĆ© du public, ce type de dessin s’offre volontairement Ć  l'œil. C’est ainsi que le parfait Portrait de la belle-fille de l’artiste, Maddalena par Ottavio Leoni est au premier coup d’œil admirable, presque dĆ©jĆ  romantique.


Ottavio Leoni, Portrait de la belle-fille de l'artiste, 1617

Comme aime Ć  le rappeler Ger Luijten, l’art sur papier ne s’inscrit pas nĆ©cessairement dans un lointain passĆ©. Aujourd’hui encore, des artistes gravent, produisent eaux-fortes et lithographies. C’est pourquoi vous trouverez, en parallĆØle de cette prĆ©sentation de dessins italiens, la rĆ©trospective de deux graveurs nĆ©erlandais contemporains. Faire cĆ“toyer la production contemporaine et les maĆ®tres anciens, cela est d’usage Ć  la Fondation Custodia. Au premier Ć©tage de l’hĆ“tel Levis-Mirepoix, deux salles sont consacrĆ©es aux eaux-fortes d’Anna Metz, nĆ©e Ć  Rotterdam en 1939.

Anna Metz, Narration (II) : Marionnette chutant, vers 1984 (tirage 1990) Eau-forte et aquatinte. – 177 Ɨ 150 mm Collection de l’artiste

Si cette artiste commence Ć  graver dĆØs son jeune Ć¢ge, ce n’est vĆ©ritablement que dans les annĆ©es 1990, passĆ© l’âge de 50 ans, qu’elle trouve sa voie. MarquĆ©e par la maternitĆ©, elle compare sa pratique de la gravure Ć  l’éducation des enfants : Ā« Mieux on prĆ©pare le terrain, plus on aura de possibilitĆ©s. Il n’y a aucune diffĆ©rence entre Ć©lever des enfants et rĆ©aliser une gravure. On part de ce qui se prĆ©sente. Souvent, on a des surprises. Ca va peut-ĆŖtre Ć  l’encontre de vos rĆØgles, mais c’était le but. Certaines rĆØgles sont faites pour ĆŖtre enfreintes. Pourtant, elles ont formĆ© la base qui vous a permis de commencer. Ā» De ses premiĆØres gravures dans les annĆ©es 1960 aux eaux-fortes polychromes de paysages rĆ©alisĆ©es l’étĆ© dernier, sa carriĆØre est explorĆ©e dans son ensemble. Une Ć©tendue d’eau, une clĆ“ture, un buisson, de vieux vĆŖtements: autant de sujets presque anecdotiques mais qui constituent le cœur de l’œuvre en perpĆ©tuel mouvement d’Anna Metz, qui suffisent Ć  donner naissance Ć  une estampe.


Au sous-sol, les Ć©quipes de la Fondation dĆ©voilent les dessins et gravures sur bois en couleurs de Siemen Dijkstra. NĆ© en 1968, cet artiste vit et travaille dans le village de Dwingeloo aux Pays-Bas. Il s’attelle depuis plusieurs annĆ©es Ć  Ā« capturer sur papier l’expĆ©rience spatiale d’un paysage Ā». Ses gravures en fisheye de landes et tourbiĆØres authentiques, regorgeant d’une vĆ©gĆ©tation luxuriante, induisent une douce lumiĆØre et des couleurs harmonieuses: c’est un coup de cœur.

Bois de chĆŖnes et de bouleaux, 2008 - 32,3x68 cm

L’atmosphĆØre calme et brumeuse berce la visite. Dijkstra vous fait voyager au cœur des paysages de la Drenthe, rĆ©gion dans laquelle il vit. Pour ses rĆ©alisations, il utilise un procĆ©dĆ© de gravure dit Ā« Ć  bois perdu Ā», qui donne son nom Ć  l’exposition. Chaque aplat de couleur est taillĆ© individuellement dans une matrice de bois unique, et imprimĆ© successivement sur le papier. Ses plus grands tirages se composent parfois de 10 Ć  18 couches de couleurs. Outre les Ć©poustouflants paysages de l’artiste, l’exposition donne Ć  voir quelques-uns de ses dessins d’animaux, Ā« un hommage Ć  la vie Ā» explique-t-il.

De Bork, 2017 - Gravure sur bois en couleurs, 32 x 82 cm

La Fondation Custodia offre donc, Ć  travers ses trois nouvelles expositions, une vĆ©ritable plongĆ©e dans le monde du dessin, passion premiĆØre de son fondateur Frits Lugt, et de la gravure. Les dessins italiens prĆ©sentĆ©s, rarement exposĆ©s, sont tĆ©moins du goĆ»t d’une fondation et de l’évolution d’une Ć©cole. Anna Metz et Siemen Dijkstra, graveurs de notre temps, offrent un contrepoint contemporain absolument qualitatif. Vous avez jusqu’au 10 mai pour vous rendre Ć  l’HĆ“tel Levis-Mirepoix, rue de Lille, et ainsi flĆ¢ner entre Italie et Pays-Bas.


Studi & Schizzi. Dessiner la figure en Italie 1450-1700 Anna Metz. Eaux-fortes Siemen Dijkstra. ƀ bois perdu


Expositions du 15 fƩvrier au 10 mai 2020 Ơ la fondation Custodia

Tous les jours sauf le lundi de 12h Ć  18h

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