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Paris 1874 au Musée d'Orsay : aux origines de l'impressionnisme

Par Antoine Bouchet


Depuis le 26 mars et jusqu’au 14 juillet 2024, le musée d’Orsay rend hommage à la première exposition des artistes impressionnistes, qui s’est tenue il y a 150 ans dans la capitale.


Impression, Soleil levant (1872-1873), Claude Monet © Musée Marmottan Monet

Un retour dans le temps. C’est ce que propose le musée d’Orsay aux visiteurs à l’occasion des 150 ans de la première exposition impressionniste avec Inventer l’impressionnisme. Co-organisé avec la National Gallery of Art de Washington où il doit migrer en septembre, l’événement réunit un grand nombre de toiles présentées le 15 avril 1874 en marge du Salon.


Outre la qualité des œuvres impressionnistes – certaines ont été prêtées temporairement comme l'Impression, soleil levant de Monet par le musée Marmottan –, la mise en perspective des productions dissidentes avec celles sélectionnées au Salon interpelle. Cette démarche novatrice permet de mieux comprendre les différences revendiquées par les impressionnistes avec les critères académiques de leur temps, mais rend en même temps compte des similitudes qui coexistent pourtant entre les deux.


L’exposition s’attache d’abord à poser le cadre historique dans lequel naît l’impressionnisme. Alors que se forme dans les années 1860 une bande composée de Claude Monet, Alfred Sisley, Auguste Renoir, Edgar Degas, Camille Pissarro et Frédéric Bazille, la guerre de 1870 avec la Prusse interrompt brutalement le projet d’exposer en marge du Salon, la référence depuis deux siècles.


Les anciens ateliers de Nadar au 35 boulevard des Capucines à Paris, où exposent les impressionnistes en 1874. © musée d'Orsay

En avril 1874, plus de 200 œuvres réalisées par 31 artistes sont finalement présentées pêle-mêle au public dans les anciens ateliers du célèbre photographe Nadar. L’exposition de la « Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs, graveurs » est inaugurée deux semaines avant le Salon, où sont réunies 4000 œuvres à titre de comparaison. Les descriptions de l’époque évoquant des murs brun-rouge en toile de fond, la même couleur a donc été choisie pour les murs des salles d’Orsay.


Avec 3500 visiteurs et seules quelques toiles vendues, l’expérience est un échec commercial. Néanmoins, elle ouvre une voie nouvelle pour les artistes refusés du Salon. Certains artistes exposent même dans les deux lieux. À noter que la pertinence de rejoindre les impressionnistes ne frappe pas l’ensemble des refusés, et que certains, comme Édouard Manet, préfèrent plutôt tenter de faire évoluer le Salon plutôt que de s’y soustraire.


Évidemment, l’exposition souligne cependant les particularités artistiques des impressionnistes : goût prononcé pour les paysages – un genre jugé mineur à l’époque –  et les scènes de la vie quotidienne, prépondérance de la lumière au détriment de la restitution fidèle de la réalité, peinture en extérieur… Plusieurs remarques de critiques d'art émaillent la visite. Emile Zola, qui exerce alors cette profession, dira du Salon « Des tableaux, toujours des tableaux » et ne cache pas son ennui devant la sélection proposée cette année-là. Castagnary, un autre critique, déplore l'absence d'une « œuvre capitale » qui deviendrait « une date dans l'histoire de l'art ». Les goûts évoluent, l'époque est au changement.


Cet «Éros, Cupido» peint en 1873 par Jean Jules Antoine Lecomte du Nouÿ était exposé au Salon de 1874.© Coupe-File Art.

Outre l’édition inaugurale de 1874, l’exposition s’attarde sur celle de 1877, revendiquée cette fois comme « impressionniste ». Elle montre la force du mouvement, qui s'affine cette fois autour de 18 artistes. Parmi eux, Marie Bracquemond et Mary Cassatt, dont les œuvres étaient présentées au Salon en 1874. Preuve qu’en trois ans, le rendez-vous académique a perdu en autorité. La dernière exposition impressionniste se tient en 1886.


Tout l’intérêt de Paris 1874 : Inventer l’impressionnisme réside dans sa capacité à retracer l’émergence des impressionnistes dans son contexte historique et artistique. À travers la double exposition des toiles impressionnistes et de celles du Salon, le visiteur comprend que la séparation n’est pas si franche qu’il pouvait le croire avant de rentrer au musée d’Orsay.


Un soir avec les impressionnistes


Une fois l’exposition terminée, les curieux peuvent se laisser tenter par la visite en réalité virtuelle. Intitulée Un soir avec les impressionnistes, elle promet de « rejoindre la soirée d’inauguration de la toute première exposition impressionniste », le 15 avril 1874. Coupe-File Art s’est prêté au jeu.


© Excurio - GEDEON Experiences - musée d'Orsay

Concrètement, la visite s’effectue dans une salle dédiée de 550 mètres carrés, à l’abri des regards du public du musée. Pour remonter 150 ans en arrière, vous enfilez un casque qui vous plonge dans le Paris de la fin du XIXe siècle. Bien que le personnel du musée prenne la peine d’en expliquer le fonctionnement, l’expérience n’en reste pas moins difficile à appréhender les premières minutes.


Une fois le casque enfilé, vous évoluez en effet en trois dimensions dans les rues de la capitale en 1874. Concrètement, vous ne voyez plus les véritables murs du musée d'Orsay, ni votre propre corps. Le casque vous immerge complètement dans la reconstitution virtuelle. Cette perte de repères peut s’avérer déboussolante, mais heureusement les murs réels du musée ainsi que les autres visiteurs sont matérialisés pour éviter les accidents. Si vous vous sentez mal, vous pouvez bien sûr arrêter l’expérience à tout moment.


La visite en réalité virtuelle se conçoit comme une promenade, tout d’abord à travers les rues de Paris. Elle commence devant l’opéra Garnier, inauguré en 1875, dont des photos de la construction sont exposées dans la première exposition Inventer l’impressionnisme. Là, vous suivez Rose, une jeune femme qui vous guide jusqu’au premier salon des impressionnistes dans les anciens ateliers de Nadar.


Au fil de votre promenade, qui dure 45 minutes, plusieurs lieux sont recréés : le port du Havre tel que perçu par Claude Monet dans son Impression au soleil levant. La gare Saint-Lazare, où vous prenez un train pour l’île de la Grenouillère à Bougival, dans les Yvelines, où vous retrouvez Monet et Renoir. Et enfin les falaises normandes d’Étretat.


La vue sur le port du Havre est un moment fort de la visite. © Excurio - GEDEON Experiences - musée d'Orsay

Plus que par la précision et la netteté des graphismes, qui paraîtront dépassés aux amateurs de jeu vidéo, Un soir avec les impressionnistes enchante par sa capacité à faire voyager le visiteur au moyen de plusieurs de ses sens. Le toucher, puisqu’il faut sans cesse se déplacer pour suivre Rose et progresser dans le parcours. La vue bien sûr, et enfin l'ouïe. Des dialogues très pédagogiques entre les peintres impressionnistes que vous rencontrez au bruit des calèches parisiennes et du clapotis de l’eau, la qualité de l’environnement sonore parachève une expérience unique, qui ne laissera pas indifférents ceux qui se laisseront tenter. Prix du voyage dans le temps –  qui inclut également Inventer l’impressionnisme – : 32 euros.


 

Paris 1874

Musée d'Orsay - Esplanade Valéry Giscard d'Estaing - 75007 Paris

Jusqu'au 14 juillet 2024

Tarif plein : 16€ pour Inventer l'impressionnisme et 32€ pour Un soir avec les impressionnistes.

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