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[Podcast] Suzanne Valadon et ses amitiés artistiques, d'un côté et de l'autre de la toile


Le musée d’Arts de Nantes présente, jusqu’au 11 février 2024, une vaste exposition consacrée à Suzanne Valadon, initiée dans un premier temps par le Centre-Pompidou Metz. Cette réunion de 120 œuvres témoigne du retour en grâce de cette artiste originale, qui fut dès son plus jeune âge au coeur de foyers artistiques montmartrois. Cela nous a donc donné envie de poser notre regard sur les relations artistiques intenses de Valadon, de modèle à peintre elle-même, d’un côté et de l’autre de la toile.


Marie-Clémentine Valadon est une enfant de la butte. Elle grandit dans la débrouille et devient modèle dès l’âge de 15 ans, en 1880, après avoir dû renoncer à une carrière d’acrobate. Assez mal vue, du moins jugée peu convenable mais pourtant répandue - un marché de modèles se réunit ainsi tous les dimanches à Pigalle - cette profession a néanmoins un intérêt : elle est rémunératrice. Marie-Clémentine change alors de nom et devient Maria. Durant presque 7 ans, elle pose très régulièrement, entrant par ce biais dans l’atelier de peintres reconnus comme Jean-Jacques Henner, Augute Renoir ou encore Pierre Puis de Chavannes, mais aussi d’artistes plus confidentiels installés à Montmartre. Elle marque de son sourire les compositions de Toulouse-Lautrec ou encore du catalan Santiago Russignol qui la peint en 1894 riante, accoudée de manière décontractée à une cheminée (un tableau aujourd’hui conservé au musée national d’art de Catalogne à Barcelone). Entre temps, elle donne naissance en 1883 à son fils, qui deviendra lui-même un célèbre peintre montmartrois, Maurice Utrillo

Durant toutes ses années, Valadon n'oublie pas de dessiner, sans doute que ses multiples rencontres artistiques la stimulent. Trois ans après le début de sa carrière de modèle, elle réalise ce qui constitue sa première oeuvre connue, un autoportrait au pastel. Elle prend alors le nom de Suzanne Valadon, à la suite d’une blague de Toulouse-Lautrec à son sujet, l’associant au personnage biblique de Suzanne, épiée par des vieillards dans son bain. De la même manière que les autres ont pu la peindre, elle fait de même avec ses amis dès ses débuts. A l'orée des années 1890, lorsqu’elle fréquente le compositeur Erik Satie qui habite comme elle rue Cortot, elle lui tire le portrait. Lui-même la croque abondamment sur du papier à musique. Cette petite peinture à l’huile précoce de Suzanne, où pour la première fois elle n’est plus modèle et peint un autre artiste, montre tout son goût pour la couleur, qui fait ressortir les traits du visage et le sourire malicieux du compositeur. Hélas, cette amourette ne dure qu’un temps et ils se séparent six mois plus tard. Profondément touché, Satie composent Véxations, une composition délirante où le motif doit être répété 840 fois et peut donc durer jusqu’à 24h.


Alors que sa renommée en tant que peintre voit le jour au seuil de l’année 1894, sa production de portraits se poursuit, dont certains sont de véritables commandes. Les effigies peintes par Suzanne Valadon témoignent d’un entourage où se mêlent les liens familiaux, amicaux et professionnels. Elle se plait à en faire le cœur de ses expérimentations plastiques. Rencontré en 1909, son second époux, André Utter, sera croqué et peint à plusieurs reprises par sa femme artiste. Viennent ensuite ses marchands comme Berthe Weill, ses amis comme Nora et Georges Kars ou encore les collectionneurs comme le médecin Robert Le Masle et même Louis Moysés, le fondateur du célèbre Bœuf sur le toit : en somme c’est tout un écosystème qu’elle couche sur la toile, toute une époque. Cultivant les amitiés, se faisant reine des soirées montmartroises avec ses camarades artistes, Suzanne Valadon laisse un grand vide à son décès en 1938, alors même que l’effervescence s’est déplacée depuis un moment à Montparnasse Elle est enterrée sur la butte en présence de Picasso, Derain, Rouault. Quelques semaines plus tard, le même Picasso accompagné de Maurice de Vlaminck et Raoul Dufy publient dans Beaux-Arts une lettre s’insurgeant contre des ragots colportés à propos de Suzanne et son fils par Paris-Soir. Preuve, s’il en fallait encore une, de l’attachement profond qui liait ces artistes à Suzanne Valadon, incontournable figure du Montmartre de la fin de siècle.


Episode de notre podcast Brève d'art à écouter ici

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Ecriture et réalisation : Nicolas Bousser

Voix : Nicolas Bousser et Antoine Bouchet

Musique et pistes sonores : Julien Bousser

Avec la participation de Sophie Lévy, directrice du musée d'Arts de Nantes


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