• Alexis Consigny

Zao Wou-Ki : L'espace est silence



Au début, l'espace est silence au Musée d'Art moderne de la ville de Paris, qui avait déjà accueilli en 2003, du vivant de l'artiste, une rétrospective de son œuvre. Depuis le 1er juin 2018, le peintre est à nouveau à l'honneur, et c'est son rapport au format qui est cette fois-ci mis en avant. Arrivé en France en 1948, l'artiste se lie très vite au poète Henri Michaux, puis rencontre Edgar Varèse grâce à lui en 1954, année où le compositeur crée sa pièce Désert au Théâtre des Champs-Élysées. La poésie et la musique vont énormément influencer le peintre qui réalise en 1956 la première œuvre de l'exposition, Traversée des apparences, qui correspond au moment où Zao Wou-Ki choisit d'employer une expression "abstraite".


Zao Wou Ki, Hommage à Edgar Varèse, 1964

L'exposition suit un ordre chronologique. Le spectateur est ainsi témoin de fragments de la vie de Zao Wou-Ki : En mémoire de May rappelle la douleur de la perte de sa seconde épouse, Hommage à André Malraux évoque l'amitié entre le peintre et l'écrivain, et l'Hommage à Claude Monet met en lumière l'influence de l’impressionniste.

C'est au cours d'un voyage aux États-Unis que son ambition de peindre sur de plus grands formats se manifeste. Il pourra assouvir cette envie en 1959, lorsqu'il installe son atelier dans un ancien entrepôt du XIVe arrondissement.

Néanmoins, je ne comprenais pas ce titre : L'espace est silence. Au début, l'espace est en effet silence, mais chacune des œuvres de Zao Wou-Ki est vibrante, bourdonnante. Et à mesure que chacune se révèle, la salle s'emplit d'un son étouffé et distant. Puis, au dessus de ses lithographies, accrochés aux murs, les mots de Michaux m'apportent la réponse : "L'espace est silence. Silence comme le frai abondant tombant lentement dans une eau calme." Les œuvres de Zao Wou-Ki ne sont pas silence, elles sont bruit contenu. C'est du tonnerre en bouteille, dont seules émanent les vibrations. L'amitié entre le peintre et le compositeur Edgar Varèse apparaît alors comme une évidence.

Zao Wou-Ki se consacre à l'encre de Chine au détriment de la peinture au moment du décès de May, en 1972. Il avait abandonné cette pratique à son arrivée à Paris en 1948, refusant d'être catalogué en tant qu'"artiste chinois". Lorsqu'il se remet à peindre, son art est transformé par son expérience de l'importance du vide et des nuances de l'encre. Lorsqu'il se passionne pour les très grands formats au début des années 80, ses encres sur papiers prennent d'impressionnantes dimensions. Ce retour aux origines culmine avec la dernière œuvre de l'exposition : Le temple des Han.

La découverte de l'art de Zao Wou-KI est une expérience très sensorielle. J'invite les lecteurs de coupe-file à venir déambuler au Musée d'Art moderne de la ville de Paris, et ressentir l'art de cet artiste vibrant.


Alexis Consigny


 
  • Instagram
  • Facebook
  • Twitter

©2020 Coupe-File Art - ISSN  2647-5871